Avec la disparition de notre Président, nous tous Tunisiens, de tous bords, perdons un grand homme qui a eu le mérite de convoyer les grands moments vécus par notre pays depuis 1956.
Le Président Béji Caied Essebsi  vient de nous quitter en ce 25 Juillet 2019. Inclinons-nous! Qu’exprimer d’autre, dans l’immédiat sinon l’immense tristesse de voir disparaître un grand homme au parcours et à la stature exceptionnels! Nos condoléances vont à la famille du disparu, ainsi qu’à tous les citoyens tunisiens qui ont, aujourd’hui, connu une grande perte!

Une vie consacrée à l’Etat. Une vie marquée du sceau de l’Etat. Un homme présent aux grands rendez-vous de la République Tunisienne, depuis sa promulgation en juillet 1957, jusqu’à ce 25 Juillet 2019, où la mort, qui avait décidé de l’emporter, a tout de même pris soin de choisir la date ! Pas n’importe quel jour, non, mais ce 25 juillet, date anniversaire de la République Tunisienne ! C’était la moindre des politesses que l’histoire pouvait présenter à un homme qui a contribué à bâtir l’Etat Tunisien. Au passage, saluons les institutions de l’Etat qui ont permis que l’annonce publique du décès du président ait lieu moins d’une heure après sa mort effective et que, deux heures plus tard, le président de l’Assemblée déclare publiquement qu’il occupe désormais le poste de chef de l’Etat.

Dans la bouche du défunt, le mot Etat résonnait souvent. C’est que Si Béji croyait dur comme fer en l’Etat, en ses institutions, en sa pérennité ! Compagnon de Bourguiba, il était présent aux grandes heures de la fondation de la première République. Après juillet 2011, il a œuvré de toutes ses forces pour le maintien de l’Etat. D’abord comme Premier ministre, puis, à partir de décembre 2014, comme Président de la République. Laissons de côté les vicissitudes, les récentes turbulences, les critiques faciles. L’heure est au recueillement et à l’hommage… hommage aux qualités de l’Homme : fin politicien, joignant une lucidité aiguisée à un pragmatisme qui lui venait de sa longue expérience de la vie et des êtres. Si Béji était un homme aussi jovial que malicieux ; il aimait sourire et faire sourire ses vis-à-vis.  Ses déclarations publiques étaient souvent émaillées de « petites phrases assassines », amusant les uns, faisant grincer des dents beaucoup d’autres… L’homme était bon orateur et ses propos ont souvent aidé à tranquilliser les citoyens tunisiens, aux heures sombres qu’a connues le pays aux premiers mois de 2011, puis lors des secousses de l’année 2013. Bon orateur, l’homme était servi par une grande culture qui le faisait passer de Saint-Augustin aux leaders politiques du XXème siècle, sans oublier les versets coraniques par lesquels il ne manquait pas de clore ses interventions.

Bien des qualités pourraient être égrenées en hommage au grand disparu : la première est son respect de l’Etat et des institutions, un respect scrupuleux et qui, malgré les atermoiements des dernières semaines, ne s’est pas démenti jusqu’à la fin.  Ce respect transparaissait  dans mille et une situations. L’une d’elles fut la passation de pouvoir exemplaire entre Moncef Marzouki  et Béji Caïd Essebsi en décembre 2014, une cérémonie ayant scrupuleusement respecté les règles dictées par la Constitution.

Seconde qualité : l’homme était profondément moderniste et progressiste. Digne héritier de Bourguiba, dont il se réclamait en droite ligne, il croyait dans les valeurs du progressisme et de la laïcité. Quelles qu’aient pu être les alliances qu’il a contractées avec les islamistes, elles n’étaient pour lui que la meilleure manière d’assurer la stabilité de l’Etat. L’une des preuves du modernisme et de la laïcité dont était pétri le disparu, réside dans les décisions qu’il a prises à l’égard des femmes : l’histoire se souviendra que c’est sous sa présidence qu’une loi a été votée, annulant l’interdiction du mariage des Tunisiennes avec des non-tunisiens, puis une autre loi interdisant toutes les formes de violence à l’égard des femmes.  Dernière et non des moindres : la proposition de loi promulguant l’égalité successorale entre hommes et femmes. Les Tunisiennes n’oublieront pas que c’est Si Béji qui a proposé cette loi sur l’égalité successorale entre les genres, créant une commission, la fameuse « Colibe » qui a étudié, puis élaboré une loi proposée à l’Assemblée nationale. Cette loi n’est pas passée ; elle passera un jour, mais nul n’oubliera que c’est Béji Caïd Essebsi qui a allumé la première étincelle, désireux de parfaire le Code du Statut personnel érigé par Habib Bouguiba.

Avec la disparition de notre président, nous tous Tunisiens de tous bords, perdons un grand homme qui a eu le mérite de convoyer les grands moments vécus par notre pays depuis 1956. L’homme était grand et le restera. Que Dieu aide la Tunisie à supporter cette perte. Puisse cette perte contribuer à aplanir les dissensions et les schismes enfantins et pusillanimes qui fracturent la classe politique. Mais laissons là la politique. Merci Monsieur le Président pour tout ce que vous avez fait pour notre pays ! Merci Si Béji pour le grand homme que vous avez été ! Merci pour votre foi en l’Etat tunisien qui était pour vous l’équivalent d’un sacerdoce. Les Tunisiens ne vous oublieront pas. Allah Yerhamek  wi Naamek !

Azza FILALI

(Photo : Abdelfatteh BELAÏD)

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