Guellala : Les magiciens de l’argile

 

Si la poterie de Guellala est si particulière, c’est parce que les tourneurs d’argile ont réussi à perpétuer les techniques millénaires immuables de leurs ancêtres

Située au sud de l’île de Djerba, Guellala est un village paisible sur lequel le temps ne semble pas avoir de prise. Cette petite cité, à majorité berbère, qui s’appelait Haribus, baigne dans une lumière ocre accentuée par le soleil vif qui darde ses rayons sur les falaises riches en argile. C’est cette matière qui a attiré, il y a plus de trois mille ans, des descendants de la tribu berbère de Koutama qui se sont installés dans cette contrée pour ne plus la quitter, apprenant à maîtriser parfaitement l’art de la poterie rustique, principale activité du village.

Dans des ateliers en pierres creusées dans le sol, des potiers ont pour fidèle compagne l’argile qu’ils manient avec précision et délicatesse  afin de la transformer en divers récipients et ustensiles servant à plusieurs usages dans l’île. Complètement absorbés par leur travail, ils ont très peu de contact avec l’extérieur. Si la poterie de Guellala est si particulière, c’est parce que ces artisans ont réussi à perpétuer les techniques millénaires immuables de leurs ancêtres, repoussant les coups de butoir de la modernité.

Un travail manuel précis et difficile

La réalisation de ce type de poterie, qui semble simple, au premier abord, requiert une technique très précise. Le travail est parfois pénible pour le potier qui doit regrouper les matières premières nécessaires à la réalisation des pièces en poterie, en l’occurence l’argile, le bois et l’eau. La transformation de l’argile se fait en quatre étapes: le concassage, le délayage, le pétrissage et le malaxage.

Après avoir réduit de gros blocs en petits débris afin de faciliter le mélange avec l’eau, l’artisan  élimine les impuretés avant de mélanger l’argile avec de l’eau pour obtenir la fameuse motte de glaise qu’il va pétrir puis malaxer pour ensuite la façonner afin de lui donner différentes formes suivant la dimension et l’usage désirés. C’est devant son tour, constitué de deux plateaux circulaires, que la magie opère. Le tourneur d’argile façonne la motte de glaise qui prend petit à petit forme entre ses doigts agiles de magicien de l’argile. Ce dernier confectionne des pièces que l’on trouve dans tout « houch »  (maison traditionnelle jerbienne) qui se respecte : le Sefri qui est une amphore qui pèse entre 60 et 75 kilos, d’une hauteur de 1 mètre 25 et qui sert à stocker  l’huile d’olive. Il y a aussi le Zir , les Themni  Kbir et Sghir, la Jenba Kbira et le Nocfi (100 litres) qui sont également des jarres en argile de dimension plus petite, mais qui servent au même usage. Les récipients en argile et dont la couleur est blanche ont été confectionnés à partir de l’eau de mer. Ceux ayant une couleur rougeâtre ont été façonnés à partir d’un mélange d’argile et d’eau de puits. Après les avoir mis à l’ombre pour sécher pendant quelques jours, les artisans les font cuire dans des fours primitifs chauffés au bois d’olivier ou de palmier.

Aujourd’hui, ils ne sont plus que quelques dizaines désireux de sauvegarder jalousement un art à l’épreuve de la concurrence de l’industrie moderne.

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