Partis politiques en Tunisie:le temps de rendre des comptes

La justice a rendu son verdict suite aux infractions commises par les partis politiques lors des élections législatives et la présidentielle de 2019. Certains ont déjà été frappés de dissolution et d’autres risquent le même sort. Coupés du vécu, usant de langue de bois et s’appuyant sur des financements étrangers, allant jusqu’à confondre alliance et allégeance, ces partis ont perdu toute crédibilité face aux citoyens.   

Désormais, les partis politiques n’auront plus les coudées franches et seront astreints à des restrictions concernant la gestion de leurs finances. Le coup de force du 25 juillet 2021 a sonné la fin de récréation pour la majorité des partis qui, nonobstant les rapports établis par la Cour des comptes à la lumière des contrôles menés sur les campagnes électorales du double scrutin présidentiel et législatif de l’année 2019 qui ont dévoilé des infractions se rapportant aux états financiers des candidats, n’ont  pas  pris en considération ces mises en garde. Pire, et tout le monde s’en souvient, ils ont tenté, suite à l’élaboration de ce rapport, d’exercer une pression sur les membres de la Cour des comptes sur fond d’une campagne d’intimidation et de dénigrement.

La Cour des comptes à l’affût des infractions électorales

Le rapport de contrôle sur les états financiers des partis politiques avait révélé plusieurs infractions, 347 listes candidates aux législatives et 8 candidats à la présidentielle n’ont pas présenté leurs états financiers. La loi électorale, étant inefficace, a contribué à l’opacité du financement aussi bien des partis politiques lors des législatives que des candidats à la présidentielle.  Une violation  flagrante du principe de transparence financière. On se souvient aussi que d’autres infractions graves ont marqué ces élections comme le  recours à des agences d’influence étrangères. Les noms des deux partis Ennahdha et Qalb Tounes et de la candidate Olfa Tarres avaient été cités dans le rapport de la Cour des comptes. Mais les lacunes observées au niveau du Code électoral ont profité aux candidats de ces partis et ont porté atteinte au principe de redevabilité. L’égalité des chances a été aussi bafouée.

Les fonds alloués par les partis politiques pour les législatives ont enregistré une hausse de 87% avait constaté la Cour des comptes, ce qui nous amène à conclure que la majorité des partis et des candidats ont profité de l’argent sale, synonyme d’ingérence dans les affaires intérieures du pays.

Que s’est-il passé entre-temps? La réponse est venue de la  directrice du cabinet du Chef du gouvernement, Samia Charfi Kaddour, qui a dévoilé la semaine dernière, à l’occasion de la séance plénière dédiée au vote parlementaire du budget de la présidence du gouvernement pour l’année 2024, les mesures prises par la justice à l’égard des infractions commises par les partis politiques.

Discrédit et perte d’immunité 

Samia Charfi Kaddour a fait savoir que «l’administration a averti 150 partis sur la nécessité de clarifier leur situation financière», soulignant à cet effet que «la justice avait ordonné la suspension de 97 partis dans le cadre de ces efforts visant à traquer les partis politiques qui n’avaient pas soumis leurs rapports financiers depuis 2018. Les partis en question ne bénéficient plus d’immunité comme ce fut la cas depuis 2011.

«La justice a déjà prononcé des jugements en vue de dissoudre 15 partis, dans le cadre des efforts déployés par le gouvernement pour établir la transparence financière et protéger les partis contre l’argent sale et suspect», ajoute la même source, sans citer les noms des partis concernés. Bien évidemment, on ne peut qu’accueillir favorablement ces mesures susceptibles de mettre fin à la situation chaotique qui a marqué le paysage politique sous l’effet de l’explosion du nombre des partis politiques  après la révolution. Il est toutefois primordial de «réviser fondamentalement le dispositif législatif» dans les plus brefs délais, comme l’a souligné le président de l’Assemblée des représentants du peuple.

Plusieurs dirigeants des principales formations de l’opposition  croupissent depuis des mois derrière les barreaux, dont Abir Moussi (Parti destourien libre), Rached Ghannouchi (Ennahdha), Issam Chebbi (El-Jomhouri), Ghazi Chaouachi ( Attayar), Ridha Belhadj (Ancien membre du Nida), Jaouhar Ben Mbarek (Front de Salut national)  alors que des mandats d’arrêt internationaux ont été lancés à l’encontre de 12 personnes, en fuite à l’étranger, parmi lesquelles figurent  Youssef Chahed, ancien chef du gouvernement. Certaines de ces personnalités politiques ont été arrêtées pour soupçons d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat.

Depuis le 25  juillet 2021, la voix des partis politiques est devenue aphone. Ces derniers  ont perdu toute communication avec les citoyens. Ils ne peuvent aujourd’hui s’en prendre qu’à eux-mêmes. Coupés du vécu, usant de langue de bois et s’appuyant sur des financements étrangers, allant jusqu’à confondre alliance et allégeance, ces partis ont perdu toute  crédibilité face aux citoyens. Les Tunisiens se rappellent cette sombre période où le président du parti Ennahdha, Rached Ghannouchi, a fait basculer l’ARP dans la violence verbale et les agressions physiques, donnant lieu à une ambiance de foire en poigne, où les attentes et aspirations des citoyens sont reléguées au second plan.

Certes, il est hors de question de construire une démocratie sans la participation de partis politiques, mais devant l’affaiblissement des partis et courants traditionnels, il est inévitable pour nos partis politiques de se réinventer et de se mettre au diapason du citoyen.

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