71e anniversaire de l’assassinat du leader Farhat Hached : Commémoration du martyre et quelques messages politiques

 

En commémoration du 71e anniversaire de l’assassinat du leader national et syndical Farhat Hached, un grand rassemblement a été organisé, hier, sur l’emblématique Place Mohamed Ali-Hammi, à Tunis, en présence de plusieurs centaines de syndicalistes. Aux drapeaux tunisiens, se sont mêlés ceux de la Palestine et de l’Ugtt, ainsi que des banderoles et pancartes affichant le soutien indéfectible de la centrale syndicale à la cause palestinienne.

Au début de son discours prononcé à cette occasion, le secrétaire général, Noureddine Taboubi, a rendu un vibrant hommage aux militants tombés en martyrs sous le colonialisme à Sfax, Enfidha, Borg Cédria, Jebel Jeloud et dans les mines. Il a également rendu les honneurs aux martyrs du 26 janvier 1978 et ceux des émeutes du pain en 1983. Il a nommé les grands leaders qui ont payé de leur vie pour écrire l’histoire du mouvement ouvrier tunisien dont Ali Hammi, Ahmed Tlili et Habib Achour.

«Cette commémoration survient dans un contexte exceptionnel marqué par la résistance palestinienne contre l’occupant sioniste soutenu par les forces colonialistes », a souligné le secrétaire général. Par ailleurs, il a annoncé que l’inauguration du siège de l’Ugtt, après sa rénovation, aura lieu le 20 janvier prochain, et que la prochaine célébration du 72e anniversaire de l’assassinat de Farhat Hached sera donc célébrée à la Place Mohamed Ali-Hammi, emblème de la liberté et de la résistance.

Un musée consacré à la mémoire de Farhat Hached à Kerkennah

Par la même occasion, Noureddine Taboubi a annoncé que l’Ugtt vient de signer un accord historique avec la famille du leader Farhat Hached qui consiste à faire don à l’Ugtt de la maison de la famille Hached à Kerkennah, en plus d’une parcelle de terre sur laquelle sera être érigé un musée à la gloire de ce leader qui a marqué l’histoire du pays.

Taboubi n’a pas manqué de saluer le militantisme maghrébin et les actions communes menées aussi bien contre l’occupant, notamment durant la guerre d’Algérie, que dans le cadre de la lutte pour les libertés syndicales. Aujourd’hui, il est question de préserver cette lutte et de transmettre le militantisme syndical aux générations futures. « L’Ugtt restera debout et militera en faveur des libertés, de la démocratie et contre les inégalités sociales, en dépit des campagnes de répression la ciblant, des tentatives de son asservissement, des procès visant ses militants à Sfax », a-t-il martelé, en appelant à l’annulation du décret-loi n° 2022-54 du 13 septembre 2022, qui vise à museler les voix libres.

Calculs politiques et manque de vision créative 

 « On sera toujours fidèle à l’identité sociale de l’Etat, aux droits des régions au développement et on œuvrera pour améliorer le pouvoir d’achat des travailleurs, pour la réforme du système fiscal, l’augmentation du salaire minimum. Nous luttons également contre le travail précaire et l’application des accords du 6 février 2021 (relatifs aux conventions sectorielles et de lois fondamentales qui n’ont pas encore été entièrement ou partiellement mises en œuvre). Ainsi que les accords du 15 septembre 2022, portant sur les augmentations salariales de l’ordre de 3,5% pour les agents du secteur public durant les trois prochaines années.

Noureddine Taboubi a déclaré dans son allocution prononcé depuis le célèbre  balcon de la maison syndicale, que la centrale soutient l’approche de l’Etat relative au refus de la levée des subventions, et contre les monopoles, rappelant les critiques de l’Ugtt à l’endroit des politiques libérales des gouvernements qui se sont succédé au pouvoir, sauf que cette approche n’a pas été accompagnée de législations et de mesures concrètes, selon ses dires. « La loi de finances 2024 est commanditée par des calculs politiques et par un manque de vision créative », a-t-il critiqué. Il a ajouté : «la puissance d’un Etat se mesure à sa capacité de promouvoir la justice et l’équité sociale, la protection des droits et des libertés et la garantie d’une justice équitable et indépendante et par l’application de la loi à tous sans exception aucune »

A maintes reprises, le discours du S.G. a été entrecoupé d’applaudissements nourris et de slogans de soutien scandés par les centaines de syndicalistes visiblement heureux de retrouver la Place Mohamed-Ali après tant d’absence.

Une marche vers le mausolée du martyr

Tradition oblige, une importante marche a été organisée au terme du rassemblement. Des centaines de militants ont défilé dans les rues de la capitale en direction du mausolée à La Kasbah (Tunis) où repose Farhat Hached.

Une nuée de drapeaux tunisiens et palestiniens avaient envahi en quelques minutes les rues de la capitale. « Travail, liberté et dignité… le droit à la liberté d’expression est une obligation », ont scandé les manifestants, avec à leur tête Noureddine Taboubi. Ils se sont même arrêtés devant le tribunal de Tunis, pour réclamer haut et fort « une justice indépendante » avant d’atteindre le monument funéraire.

Au terme de cette marche, le S.G. de l’Ugtt et Noureddine Hached, fils aîné de feu Farhat Hached, ont déposé une gerbe de fleurs sur la tombe du martyr et récité la Fatiha à sa mémoire, en présence de plusieurs invités et de syndicalistes.

Dans une succincte déclaration aux médias, Noureddine Taboubi a expliqué que cette commémoration vient marquer une étape cruciale de l’histoire de la Tunisie, que plusieurs leçons doivent être tirées en pareille occasion puisque Farhat Hached et tant d’autres militants avaient payé de leur vie pour que la Tunisie accède à l’indépendance.

« Ceci dénote le plus haut degré du patriotisme et incite à l’union nationale pour le bien du pays, et pour relevers les défis et sauvegarder la souveraineté nationale », a-t-il conclu.

Né le 2 février 1914 à el Abassia (Kerkennah), Fahat Hachad a été lâchement assassiné le 5 décembre 1952 près de Radès, par la brigade armée « La Main Rouge ». Un crime qui demeure impuni à ce jour.

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