Le choix du patron de la sélection doit être bien réfléchi pour éviter les erreurs du passé.

Certes, Wadii El Jary, le patron de la FTF, a toutes les raisons de se montrer satisfait (pour ne pas dire comblé) d’avoir atteint l’objectif qu’il s’est fixé et qu’il a assigné au sélectionneur Alain Giresse (soit de franchir la barre et le seuil des quarts de finale en Coupe d’Afrique et de parvenir jusqu’aux demies, quinze ans après 2004). Mais le gros regret de ne pas être allé jusqu’au bout et de n’avoir pas réussi à décrocher un billet pour la finale, ni même la troisième place et la médaille de bronze planera comme une ombre.
A ses yeux et aux yeux de tout le monde, le responsable de cet amer goût d’inachevé et de ce passage à côté d’une belle aventure, voire d’une épopée qui aurait été plus que magnifique pour lui, est Giresse. Pointé ouvertement du doigt, le patron des «Aigles de Carthage», est aujourd’hui assis sur un siège éjectable et on peut même dire qu’il n’est qu’à deux pas de la porte de sortie de la sélection, même s’il est sous protection d’un contrat dont l’objectif est rempli et qui n’expire qu’en 2020.
Il ne reste qu’à trouver la bonne formule de cette sortie à l’amiable pour que la page CAN en Egypte soit tournée avec ses ombres (un premier tour catastrophique) et ses lumières (huitièmes, quarts et demi-finale de qualité face au Madagascar, au Ghana et au Sénégal).
Wadii El Jary, qui a mis le gros paquet pour un parcours sans faute de l’équipe de Tunisie et un titre africain, reconnaît, en privé, que le seul chapitre sur lequel il s’est trompé, c’est celui du staff technique de la sélection, du choix d’Alain Giresse comme chef d’équipe. Les joueurs d’exception, habiles balle au pied, n’ont jamais été et sont rarement de grands entraîneurs sinon des rois comme Pelé, Maradona, Cruyff et Platini auraient pu être les meilleurs coachs du monde et de l’histoire du football mondial. Ce qui n’a pas été le cas notamment pour Michel Platini à la tête des Bleus de l’équipe de France ni de Diego Maradona comme sélectionneur de l’équipe d’Argentine avec laquelle il a eu comme joueur les plus beaux sacres et les moments de joie les plus fabuleux. Le CV d’Alain Giresse comme joueur joue certainement en sa faveur, pas en tout cas sa carrière et son petit et modeste vécu en tant qu’entraîneur à la tête de certaines sélections africaines qui avaient pourtant d’excellents joueurs-cadres et un potentiel technique, humain et physique en mesure de les faire monter sur le podium au lieu de se contenter de frôler l’apothéose. Chose que Wadii El Jary n’a perçue qu’en pleine compétition et qu’en pleine tempête d’une CAN où les limites de terrain du sélectionneur qu’il a choisies, ont été flagrantes et impensables, voire un peu ridicules avec la complicité des autres membres du staff restés à l’écart et qui l’ont mal entouré, mal conseillé, fuyant la plupart du temps sa table de premier responsable technique.
Le métier d’entraîneur a beaucoup évolué par rapport aux années 1980 et même aux années 1990, et le meilleur coach n’est pas forcément celui qui fait la bonne démonstration pratique d’exercice d’entraînement, mais c’est celui qui a le sens de la bonne communication interne et externe avec ses joueurs, de la gestion parfaite des relations avec eux et avec ses adjoints, c’est-à-dire «l’équipe derrière l’équipe», comme le dit si bien l’ex-directeur technique national français Gérard Houiller. Ce sont les qualités humaines, la grande personnalité, avant les qualités techniques et les connaissances qui font la réussite et un bon destin. A la tête de l’équipe d’Argentine qui a remporté la coupe du monde 1986 par 3 buts à 2 face à la RFA (l’Allemagne de Schumacher, Matthäus, Magath dirigée par le Kaïser Beckenbauer), il y avait un certain Carlos Bilardo, un médecin qui a pris la succession de César Luis Menotti, vainqueur lui aussi du trophée mondial en 1978. Celui qui a conduit Liverpool au podium de la «Champions League européenne avec un parcours sublime est Jurgen Klopp, un professeur de mathématiques, joueur moyen comme milieu offensif et attaquant entre 1986 et 2001 avec 325 matches sous le maillot de Mayence, club de seconde division allemande. Le point commun entre le médecin de profession Carlos Bilardo et le prof de maths Jürgen Klopp avec son record de 81 points avec le Borussia Dortmund lors de la saison 2011/2012 et le premier doublé coupe-championnat et un 5 à 2 en finale face au Bayern de Munich, c’est qu’ils sont tous les deux des éminences grises qui jonglent avec les systèmes de jeu qui savent utiliser leurs meilleurs pions sur l’échiquier, tirer le meilleur profit de leurs vedettes et joueurs-cadres ou clés et sont aussi de grands meneurs d’hommes et des motivateurs sans égal, capables de rameuter suffisamment le groupe et d’imprégner à leurs protégés les vertus de l’état d’esprit conquérant et généreux, et le devoir du surpassement dans les postes et les rôles qu’ils leur attribuent.
C’est le profil idéal d’entraîneur qu’on doit chercher dans le tout proche successeur d’Alain Giresse. On ne doit plus cette fois se tromper de profil qu’on ne trouvera pas en faisant machine arrière et en renouant avec l’option et l’expérience entraîneur tunisien quel qu’il soit et coûte que coûte sous prétexte qu’il est le seul à pouvoir dialoguer, communiquer avec les joueurs et apporter cette sérénité et cette cohésion dans le travail.
Un entraîneur, comme Nicolas Dupuis pas très coûteux financièrement qui a fait des modestes joueurs de l’équipe du Madagascar de véritables guerriers sur terrain avec un état d’esprit de vrai commando, peut être une référence pour la réflexion et le choix du futur sélectionneur qui nous fera oublier un Alain Giresse, maillon faible, d’une chaîne qu’on pensait assez solide.
Hédi JENNY

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