Contrôle sanitaire des produits importés : La partie visible de l’iceberg..!

 

La dynamique de l’import injecte moult produits étrangers dans le marché tunisien, lequel regorge déjà de produits agroalimentaires provenant de plusieurs pays, séduisant ainsi le consommateur tout en lui mettant la puce à l’oreille…

L’on s’interroge, souvent, sur la fiabilité des aliments et produits importés de par leurs compositions. Sont-ils conformes aux normes nationales et celles européennes ? Présentent-ils des risques sur la santé ? Sont-ils soumis au contrôle sanitaire et par quelle partie officielle ce contrôle est-il effectué? Le cas du lait concentré malaisien, objet dernièrement d’une vive polémique, en est un exemple édifiant.

En juillet 2022, l’Instance nationale de la sécurité sanitaire des produits alimentaires ( Insspa) avait démarré son activité qui consiste à garantir le contrôle sanitaire des produits alimentaires, tant made in Tunisia que ceux importés. Dans notre pays, les normes relatives à l’agroalimentaire sont fixées conformément aux standards contenus dans le Codex Alimentarius. Aussi, garantir la sécurité sanitaire des produits alimentaires — y compris ceux importés — acquiert-il une importance majeure. Tout se joue, en fait, entre les trois maillons de la chaîne : le prestataire des services, soit le producteur, l’importateur et le commerçant, l’Instance chargée du contrôle de la sécurité sanitaire des produits, ainsi que le consommateur.

Pour le premier maillon, assurer la bonne qualité des produits représente un devoir qu’il convient d’effectuer en toute transparence. «Tout importateur est redevable à l’Instance d’un dossier exhaustif sur le produit qu’il envisage d’introduire sur le marché. Ledit dossier sera examiné avec minutie, en prenant soin de dénicher les éventuelles contraintes, propres au pays d’origine », explique M. Mohamed Rebhi, président de l’Insspa. Et de poursuivre : «Le diagnostic intégral du produit comprend aussi les caractéristiques de l’emballage, lequel doit, inéluctablement, être autorisé et contrôlé par le pays producteur».

Le verdict

A cette première étape de contrôle sanitaire s’ajoutent d’autres. Des analyses, réalisées par certains laboratoires dont la fiabilité est reconnue, permettent de faire ressortir les « hics » du produit en question, en se référant à une série d’indices de sécurité sanitaire. L’objectif étant de dénicher les éventuels contaminants spécifiques, comme les moisissures par exemple, qui risquent d’infecter les produits stockés dans de mauvaises conditions. Les analyses trahissent aussi les contaminants biologiques, microbiens et même chimiques. «D’autant plus qu’elles permettent de cerner les concentrations des métaux lourds, lesquels obéissent normalement à des seuils bien déterminés à ne point excéder », renchérit le responsable. M. Rebhi tient également à souligner que tout produit, local ou importé, jugé selon les résultats des analyses comme étant non conforme aux normes, est systématiquement interdit à la commercialisation. La marchandise rejetée sera ou bien renvoyée au pays d’origine ou bien détruite.

Le consommateur face aux produits douteux !

Il est, toutefois, à noter que les produits de contrebande n’obéissent pas aux actions de contrôle sanitaire, et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, il n’est point aisé pour les agents de contrôle économique et sanitaire de localiser ces produits et encore moins de parfaire leur mission comme c’est le cas pour les produits réglementaires. D’autant plus que les documents relatifs à leur provenance font généralement défaut. « Seul le consommateur, qui représente l’un des trois principaux maillons de la chaîne, doit y faire face en optant pour l’abstinence car il y va de sa sécurité alimentaire et de la préservation de sa santé. D’ailleurs, même si ces produits sont parfois conformes aux normes, en apparence, les suspicions trouvent leur fondement dans les mauvaises conditions de transport et de stockage. Et cela ne concerne pas uniquement les produits de contrebande, mais aussi ceux, locaux, produits d’une manière clandestine. Les producteurs anarchiques, avouons-le, ne seront aucunement regardants sur la qualité des matières premières et leur validité », poursuit M. Rebhi.

La sécurité sanitaire des produits alimentaires, voire agroalimentaires risque, dans certains cas, d’être affectée par des pratiques de fraude. Importer des produits périmés, ou qui ne tarderont pas à le devenir et camoufler l’étiquette initiale par une autre, plus rassurante car mensongère. Telle est la pratique à laquelle certains s’adonnent pour gagner de l’argent au détriment de la santé d’autrui. «De telles pratiques demeurent limitées à des cas isolés. Nous interdisons, je le rappelle, toute importation de produits non conformes aux normes sanitaires», souligne le responsable.

Vers un cadre juridique spécifique

Si l’Insspa détient l’exclusivité du contrôle sanitaire, cela en dit long sur la liste des dossiers qui lui sont remis pour validation.

Ces dossiers ne sont pas tous été examinés jusqu’à présent ! Ce retard ne revient point au laxisme des agents, mais au manque de l’effectif. Seuls 13 contrôleurs ont été désignés pour assumer cette mission, alors que le nombre des contrôleurs sanitaires relevant du ministère de l’Agriculture frôle les 70.

Cela dit, et en dépit des contraintes, l’Instance avance à pas sûrs. En moins de deux ans d’activité, elle a franchi des étapes importantes en matière de modernisation du traitement des dossiers. « Nous avons réussi à informatiser la base des données relative aux dossiers du contrôle technique.

Nous élaborons tout un système de contrôle à l’exportation, lequel ne tardera pas à être fin prêt. Nous avons démarré le programme de qualité qui aura pour référence la certification ISO 2001- 17025.

Par ailleurs, poursuit M. Rebhi, « nous nous penchons sur l’élaboration d’un cadre juridique spécifique aux prérogatives de l’Instance. Entre-temps, tous les textes juridiques, réglementant ce secteur sont de vigueur. Ainsi, pas de vide juridique propice au désordre ».

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