Le Nida Tounès historique que feu le président de la République s’est appliqué à réunifier jusqu’au bout, jusqu’à son dernier souffle, ne semble pas avoir pu régénérer ses troupes.

Cependant, Hafedh Caïd Essebsi a su, malgré la douleur, rétablir de fait une forte autorité sur de nombreuses personnalités de la direction historique de Nida Tounès ainsi que Selma Elloumi, Sofiène Toubel et Néji Jalloul.

Cette volonté de réunifier le parti de 2014 qui ne faisait plus illusion s’est imperceptiblement reconstruite autour de la douleur de tout un peuple hanté par les craintes de l’avenir et les divisions menaçantes du présent.

Nida Tounès avait tout de même tenté, tant de fois, de se rétablir et de récupérer ses cadres historiques. De passer des compromis avec ses différents groupes et courants, d’agir à rassembler ses nuances en conflit. Rien n’y fit. Le sentiment unitaire n’y était plus et l’enthousiasme s’était effrité. Les promesses du Congrès électif ont été vite trahies, faisant de la convergence une vaine symbolique illusoire.

Le décès du président Béji Caïd Essebsi a brusquement et profondément changé la donne.

C’est de la profonde douleur des Tunisiens, du deuil qu’ils ont sincèrement partagé, de la solidarité patriotique non feinte ayant atteint toute la nation, rassemblant les courants politiques les plus discordants et les options les plus divergentes, portées par les personnalités les plus contradictoires autour de la patrie et de l’intérêt national, autour du départ du chef de l’Etat, que les faits se sont reconstruits.

Et puis se sont faites pressantes les «dernières recommandations» du président de la République, du leader du mouvement national, du sage de la révolution, de l’expérimenté rassembleur de tous les courants patriotiques.

Certes, c’est dans un désordre empreint de douleur et de désarroi que les remises en cause se sont effectuées, et les réconciliations les plus inattendues, mais chacun s’était bien assagi et considérait les choses bien autrement.

Car tous les militants des divers courants semblaient pris dans un tourbillon de profondes remises en cause qui avaient démarré depuis la première alerte ayant conduit Bajbouj à l’Hôpital militaire.

Et puis la crainte de nouveaux désaccords, conflits et polémiques rendaient les diverses personnalités sensibles et dubitatives. Attentives aux moindres risques.

Et ce fut la crainte et les regrets, la remémorisation des attitudes passées, des hésitations et des entêtements porteurs de risques et d’affrontements, finissant en regrets amers, en coups de fils de dénégation et en tristes coups de volant. Pour sauver la mise et corriger le tir. Car la situation n’est pas conforme aux vœux du défunt Président. L’héritage de BCE n’aura pas abouti au projet souhaité : le vrai Nida et ses légitimes concurrents.

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