Environnement – Du magique au tragique : comment le plastique est devenu l’ennemi de l’environnement

Dans les coulisses du secteur du recyclage plastique en Tunisie, un entrepreneur, fondateur d’une entreprise œuvrant dans ce domaine—préférant conserver l’anonymat— confie au journal La Presse que le secteur du recyclage du plastique en Tunisie souffre d’un manque d’organisation flagrant. Une multitude d’opérateurs illégaux opèrent sans s’acquitter des taxes, souvent sans même détenir de patentes régulières.

Dans les années 1950 et 1960, l’industrie chimique lançait le slogan « Le plastique, c’est magique » pour célébrer l’avènement de ce matériau polyvalent, léger et économique. À cette époque, le plastique était perçu comme une révolution, offrant des possibilités infinies dans la fabrication de produits de consommation, d’emballage et même dans l’industrie automobile.

Cependant, le conte de fées du plastique «magique» a pris une tournure sombre au fil des décennies. Aujourd’hui, le slogan résonne ironiquement, car le plastique est devenu plus « tragique » que magique en raison de ses impacts dévastateurs sur l’environnement. La pollution plastique, les déchets persistants et la difficulté de le recycler ont éclipsé le charme initial du plastique.

L’histoire du plastique, jadis vanté comme une innovation moderne, prend désormais une teinte plus sombre. La surutilisation du plastique a entraîné une crise environnementale mondiale, mettant en lumière la nécessité de repenser notre relation à ce matériau autrefois considéré comme miraculeux.

Créature insatiable, le plastique a tissé ses tentacules à travers chaque recoin de notre environnement. Ses filaments, d’une résilience inouïe, s’accrochent aux branches des arbres, dessinant des tableaux désolants où la nature succombe à l’étreinte dévorante des déchets plastiques.

C’est véritablement un drame qui se joue dans nos rues, une trame urbaine saturée de débris plastiques jetés négligemment à même le sol, semblant défier face à toute tentative de régulation. Les rues, les rivières, les forêts, tous les sanctuaires naturels sont envahis par cette marée d’objets synthétiques qui, une fois abandonnés par l’homme, prennent vie pour étouffer celui qui les a créés.. Le recyclage, lui, souvent négligé, peine à endiguer ce flot ininterrompu de matière plastique.

D’après les données de la WWF (Fonds mondial pour la nature) publiées en 2019, la Tunisie auraut relâché 8.500 tonnes de plastique dans la Méditerranée en 2016, avec 33% de ces déchets revenant sur ses côtes au cours de l’année suivante. Cette pollution plastique se répartit de la manière suivante : 11% s’accumulent dans le fond marin, 33% flottent en mer avant de revenir sur le littoral, et 56% demeurent à la surface de la mer (voir l’article de La Presse du 07/02/2023, «En raison des effets de la pollution plastique : Des pertes de plus de 20 millions de dollars par an»).

Dans les coulisses du secteur du recyclage plastique en Tunisie, un entrepreneur, fondateur d’une entreprise œuvrant dans ce domaine — préférant conserver l’anonymat — confie au journal La Presse que le secteur du recyclage du plastique en Tunisie souffre d’un manque d’organisation flagrant. Une multitude d’opérateurs illégaux opèrent sans s’acquitter des taxes, souvent sans même détenir de patentes régulières.

Fonder une entreprise dans ce domaine, explique-t-il, représente un investissement substantiel, avoisinant les 12.000 dinars. Obtenir l’approbation du ministère de l’Environnement est un processus complexe, impliquant la réalisation d’une étude d’impact, dont l’approbation prend près de 5 mois.

«Le fisc nous classe comme une entreprise classique, ignorant la spécificité de notre secteur. Il exige des factures pour l’achat de plastique avant le recyclage. Or, nos fournisseurs sont souvent des personnes démunies, parcourant les poubelles publiques, les ‘Barbechas’, incapables de fournir une facture conformément aux exigences fiscales », explique notre interlocuteur.  Malgré ces défis, l’entrepreneur souligne le potentiel lucratif du secteur. «Nous vendons nos produits à d’importantes sociétés exportatrices, dont GreenLine, exportant près de 1.000 tonnes de plastique recyclé chaque mois», dit-il. Toutefois, selon cet entrepreneur, pour que le secteur atteigne son plein essor, une meilleure organisation s’impose. Il est impératif de traquer les entreprises de recyclage anarchiques. Cela permettrait aux acteurs sérieux, respectant les normes, de prospérer, et c’est à ce moment-là que nous pourrons réellement parler d’un « secteur florissant».

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