Avec la multiplication des académies – Le foot est-il devenu un sport de riches ? | Un football qui tend à coûter très cher pour ses pratiquants 

 

Les coûts de plus en plus exorbitants de la pratique du football par les enfants et les jeunes le rendent de plus en plus inaccessible, d’autant que les clubs mettent la barre haut pour les parents. Conçu pour les pauvres, le football devient un sport « élitiste » donc inaccessible. Un sport de riches.

Par essence, le football est un sport conçu pour les pauvres, pour toutes ces strates de la société qui n’ont pas accès à d’autres « hobbies ». Dans les quartiers, sur les plages, dans les cités des banlieues, le football avait toujours ce charme d’être un sport populaire non seulement pour ceux qui le suivent (assistance et sur les médias), mais surtout pour sa pratique. Et même si le coût de la vie a terriblement augmenté partout dans le monde, les pays développés ont, jusque-là, investi dans les stades de quartier, et dans le football amateur pour permettre aux jeunes et aux moins jeunes d’accéder au foot avec le minimum de coûts. Malheureusement, notre football tend (à l’image des pays sous-développés où le sport ne compte pas comme un secteur stratégique) à fuir les pauvres et la classe moyenne pour être de plus en plus dédié et accessible aux familles aisées et aux riches tout court. Il suffit d’aller aux clubs et dans les académies de foot pour jeunes pour s’en convaincre : les enfants démunis viennent pour regarder derrière un grillage, avec la frustration et le dépit dans les yeux, d’autres enfants moins talentueux mais dont les parents sont aisés, jouer et monter en grade. Le phénomène s’accélère davantage : les clubs censés présenter une offre de sport gratuit ou limite gratuit (frais symboliques d’inscription), ne le font plus pour diverses raisons. Ils n’ont plus les moyens d’investir dans les sections des jeunes, se contentant du strict minimum, ils se tournent vers les parents pour « financer » les charges (salaire de l’entraîneur, déplacements, hébergement…), et cela crée une injustice de fait. Les parents aux moyens financiers confortables sont là pour donner de l’argent et pour, bien sûr, permettre à leurs enfants de jouer et d’avoir une chance qu’un enfant plus doué n’en a pas, parce que ses parents ne sont pas aisés. On va encore plus loin. Les clubs sont en grande partie en difficulté financière parce qu’ils orientent leurs ressources vers les séniors, et n’ont plus de quoi habiller et équiper leurs jeunes joueurs. Et là, comment un parent même de la classe moyenne pourrait subvenir à ces coûts terribles des chaussures sportives, des maillots et de tout ce matériel de pratique de football ?

Les académies de foot comme tendance

Venons-en aux académies de foot qui ont fleuri d’une manière spectaculaire ces dernières années. Une offre payante d’un football de jeunes pas gratuit et où l’on paye une cotisation et des frais du matériel et des accessoires pour que son enfant joue au foot. Ces académies se trouvent dans des gammes différentes : il y en a les populaires à prix raisonnables (où l’on joue sur le nombre pour être rentable), et il y a les luxueuses et donc inaccessibles pour des parents issus de la classe moyenne. Là, les entraîneurs, les terrains, les vestiaires, l’ambiance sont de bonne qualité et permettent à l’enfant de s’épanouir et d’apprendre le foot (on ne l’apprend de moins en moins dans le quartier ou dans le club). Encore une fois, un accès réservé à une couche sociale privilégiée ; et le rêve de jouer au foot devient de plus en plus une chimère pour un enfant « pauvre » qui rêve de devenir un grand joueur.

Il n’en demeure pas moins que ce phénomène s’accentue vite au gré des problèmes économiques de la société tunisienne. Le football n’est pas une priorité pour des parents qui s’échinent à satisfaire les besoins de scolarité, de nourriture. etc. et qui n’ont ni l’argent, ni le temps nécessaires pour mettre leurs enfants dans un club, beaucoup moins dans une académie. La magie, le charme du football est en train de mourir dans le cœur de milliers de jeunes et d’enfants qui n’ont plus le pouvoir de le pratiquer et de devenir un jour une star. On se retrouverait un jour avec l’étiquette « sport de riches » collée au football comme ce fut le cas pour le tennis par exemple. L’intervention de l’Etat à ce sujet est salutaire pour rééquilibrer les choses et aider à trouver les terrains et le financement pour que la pratique du foot redevienne démocratique et équitable.

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