Fuite des cerveaux : Faut-il taxer les pays de destination ?

 

L’économiste indien Jagdish Bhagwati suggère de taxer les travailleurs qualifiés expatriés au bénéfice de leurs pays d’origine. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le capital humain du pays « émetteur » s’accroît avec un phénomène de « Brain gain ».

La fuite des cerveaux, particulièrement celle des ingénieurs et des médecins, continue de poser un défi majeur pour de nombreux pays en développement et notamment la Tunisie. Face à cette problématique, une question émerge : faut-il imposer une taxe aux pays de destination, afin de compenser la perte de talents cruciaux.

Souvent appelée en anglais le « brain drain »,  la fuite des cerveaux est le phénomène où les professionnels qualifiés, tels que les ingénieurs et les médecins, quittent leur pays d’origine pour chercher des opportunités à l’étranger. Bien que cette migration puisse être bénéfique pour les individus, elle laisse souvent les pays émetteurs affaiblis en termes de compétences et de ressources humaines.

Une taxe de 10%

Certains experts soutiennent qu’imposer une taxe aux pays de destination pourrait être une mesure justifiée pour compenser les pertes subies par les pays émetteurs. Ainsi dans un article publié en 1972, l’économiste indien Jagdish Bhagwati suggère de taxer les travailleurs qualifiés expatriés au bénéfice de leurs pays d’origine.

L’économiste fixe même cette taxe à 10% sur une dizaine d’années en forme d’aide au développement. D’autres estiment que l’imposition d’une taxe pourrait entraver la mobilité des professionnels et freiner l’innovation. « C’est déjà assez difficile de s’installer dans un nouveau pays. Une taxe supplémentaire pourrait dissuader les talents de partir à l’étranger, limitant ainsi les opportunités d’échange et de collaboration », pense Anis, jeune ingénieur en informatique.

Certains d’autres experts avancent une approche plus nuancée. En effet, des statistiques sérieuses effectuées par des économistes expliquent que le phénomène de fuite des cerveaux, au-dessous d’un certain seuil (aux alentours de 20%), pourrait avoir des répercussions positives pour les pays « exportateurs » de cerveaux.

En décembre 2023, Mounir Kharbi, directeur général de l’Office des tunisiens à l’étranger (OTE), a révèlé  que les transferts en devises des Tunisiens résidant à l’étranger (TRE) frôlent les 7 mille millions de dinars jusqu’à octobre 2023. Selon lui, ils couvriraient 65% de la dette extérieure à payer pour la Tunisie en 2023. Les réserves en devises, selon les chiffres de la Banque centrale de Tunisie, sont composées à 50% de transferts de TRE.

Effet de mimétisme

Par ailleurs, contrairement à ce que l’on pourrait penser, le capital humain du pays « émetteur » s’accroît avec un phénomène de « Brain gain ». En effet, outre les transferts de fonds opérés par les Tunisiens résidents à l’étranger (TRE), particulièrement en temps de crise, on assiste à des phénomènes de « mimétisme ». Les jeunes Tunisiens, souhaitant eux aussi partir à l’étranger, vont fournir davantage d’efforts pour réussir leurs études, et par conséquent, le pays d’origine, ici la Tunisie, gagne en capital humain nouveau. Les chercheurs appellent cela « une augmentation du rendement espéré de l’éducation ».

Il faut toutefois noter, que, dans des secteurs aussi sensibles que celui de la santé, la fuite des compétences peut être problématique à court terme. Au moment où le système de santé est appelé à s’améliorer, la Tunisie aura besoin de l’ensemble de ses compétences.

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