ESQUISSE | L’extraordinaire mécanicien de la Byrsa

 

La conjoncture est, certes, difficile. De larges franges parmi ceux qui nous entourent en sont réduites à la débrouille pour survivre au jour le jour. Et les expédients sont très variés. Cela va de la mendicité —y compris celle, déguisée, sous forme de «vente» de paquets de mouchoirs en papier— au braquage, terme français aujourd’hui devenu parmi les plus récurrents dans notre parler au quotidien. J’en ai indirectement fait l’expérience via mon petit-fils, à peine âgé d’une dizaine d’années, qui a été victime d’un tel forfait lorsqu’un couple de solides gaillards, sous la menace, l’a fait descendre de son vélo tout neuf pour s’enfuir avec. Il en a été quitte pour la cicatrice qu’il gardera toute sa vie de cette première agression violente que lui inflige la société. Mais il faut bien vivre, me feront remarquer les plus compréhensifs. Soit.

Et que dire de ceux qui, sans bouger le plus petit paquet de mouchoirs en papier, demandent à l’Etat, de longues années durant, qu’il leur fournisse de l’emploi au prétexte qu’ils ont effectué des études supérieures. Pas moins que les pauvres hères qui attendent qu’on leur fournisse maison et subsides au prétexte qu’ils sont nés tunisiens, ceux-là aussi se classent dans la catégorie des candidats à l’assistance publique. Compter sur soi ? Connaissent pas. Recyclage dans des métiers demandeurs de compétences ? N’en veulent pas.

Mais tout ça n’entre pas dans le cadre de cette rubrique généralement consacrée à une figure qui retient l’attention, me fera-t-on remarquer. Justement si. Car mon propos est d’évoquer le cas d’un jeune mécanicien des deux roues motorisées. Son métier consiste à réparer les bécanes du quartier et d’au-delà, tombées en panne. Qu’y a-t-il d’extraordinaire à cela ? Le réparateur lui-même.

En effet, ce «jeune homme de la Byrsa» que je ne nommerai pas parce que j’ignore son identité et que je vois en passant non loin de son «atelier» démonter des moteurs et les remonter à longueur de journée, est infirme. Atteint d’un mal que je ne saurai désigner, il traîne la jambe droite et, surtout, souffre du même côté d’une main qu’un mal neurologique maintient recourbée vers l’arrière. Cela vous étonne ? Eh bien, étonnez-vous encore : son atelier n’est autre qu’un bout de trottoir à l’abri d’un imposant eucalyptus au pied duquel il a installé un petit meuble de récupération dans lequel il range son matériel. Les précipitations de ces derniers jours et le froid l’ont obligé à «fermer boutique» mais il ne fait guère de doute qu’il rouvrira son «atelier» avec le retour du beau temps. En attendant, il sera chaque jour rentré chez lui avec la fierté d’avoir dignement gagné sa vie.

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