La guerre des ventres creux

Editorial La Presse

Pour faire pression sur le Hamas, Israël a choisi d’affamer la population. Les civils palestiniens ne cherchent plus seulement à s’abriter des bombes, mais à trouver de quoi calmer la faim qui les tenaille. Près de 2,2 millions de Palestiniens, soit la quasi-majorité de la population, sont menacés de faim. Selon un rapport du Programme alimentaire mondial et de l’OMS, « la faim et la maladie sont une combinaison mortelle. Or, près de 90% des enfants palestiniens de moins de cinq ans sont touchés par les maladies infectieuses ». 

Pour avoir une idée sur l’étendue de cette catastrophe humanitaire d’un côté, et sur les pratiques des Israéliens de l’autre, avant la guerre, près de 500 camions acheminaient par jour les diverses denrées alimentaires. A partir du 7 octobre, s’installe un blocus total. Ensuite, à l’issue des négociations et de ses maigres résultats, près de 200 camions chargés ont commencé à affluer quotidiennement vers l’enclave. Très en deçà de la demande. A mesure que les jours avancent, les chefs israéliens, enragés de n’avoir pas atteint les objectifs annoncés de la guerre, serrent davantage la vis, en exerçant une cruelle vengeance sur les civils. Mercredi 21 février, seulement 98 camions d’aide ont pu être acheminés depuis le passage de Rafah, au sud. Les routes totalement impraticables empêchent l’aide d’avancer vers le nord de Gaza où la catastrophe humanitaire s’est aggravée.

La Seconde Guerre mondiale, conflit armé le plus vaste par l’ampleur des destructions, le nombre de morts, par les traumatismes collectifs subis par l’humanité à l’échelle planétaire, a poussé à la création d’instances internationales pour empêcher la réapparition de ce type de guerre. Se dotant de garde-fous, la communauté internationale espérait mettre un frein à la folie meurtrière des hommes, du moins encadrer les conflits armés quand ils éclatent.

Or, depuis sa création, Israël s’est affranchi de toutes les conventions internationales et chartes contraignantes sans jamais être inquiété, ni rappelé à l’ordre, protégé par le véto américain et ses alliés inconditionnels. Résultat, en 2024, ce qu’il se passe à Gaza nous ramène à l’horreur de la guerre mondiale encore appelée guerre totale. Un concept précis qui signifie la disparition des frontières séparant les cibles militaires des civils.

Le bilan des frappes indiscriminées, après 140 jours de pilonnage quasi ininterrompu, fait état de plus de 30 mille tués et plus de 70 mille blessés, majoritairement des civils. Le nombre de cadavres coincés sous les décombres n’a pas encore été évalué avec précision.

Aujourd’hui, les enfants palestiniens, ceux épargnés par les bombes, sont en proie à la faim. Chétifs, les visages terreux, les yeux cernés et les lèvres sèches, brandissent devant le monde des casseroles vides. Ceux qui parviennent à les remplir à moitié d’une improbable soupe aux lentilles, plutôt de l’eau diluée qu’une soupe, sont considérés comme chanceux.

L’horreur de la Seconde Guerre mondiale est innommable. Ce qui est en train de se produire à Gaza, avec la permission, en leur âme et conscience, des décideurs occidentaux, l’est tout autant.

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