Retour sur les décisions de la nouvelle ministre de l’Education: Une occasion pour un dialogue apaisé

Dès sa prise de fonction, la nouvelle ministre de l’Education a pris des mesures d’apaisement à l’égard des enseignants.
La réaction des syndicats concernés est restée mitigée, ne cherchant même pas à leur accorder un quelconque crédit.

Parmi ces mesures on cite celles qui ont trait à l’annulation de certaines décisions de suspension de quelques agents du ministère. L’autre décision touche au déblocage des salaires de quelque 4.000 enseignants. Pour rappel, la retenue des salaires du mois de juillet 2023 est liée à la non-remise des notes des élèves par ces enseignants.

Déballage de linge sale

Cette attitude officielle de la part de la première responsable d’un département aussi important que celui de l’Education n’a pas manqué de soulever des vagues. Le départ de l’ancien ministre a été salué comme une libération de la part de la Fédération générale de l’enseignement de base (Fgeb).

Un déballage de linge sale, en bonne et due forme, est en cours sur les réseaux sociaux. Ses auteurs, qui se réclament de la Fgeb ou d’autres structures de base, prétendent dévoiler les abus du ministre de l’Education partant. Des dizaines et des dizaines d’affaires ou de ce qui sont considérés comme des scandales y sont énumérés avec une “délectation” incroyable.

Après avoir déroulé une série interminable de soi-disant dépassements, les détracteurs en arrivent même à formuler des accusations de favoritisme à l’encontre de l’ancien ministre ou de son épouse et d’autres responsables qu’il aurait nommés à des postes jugés immérités. De tels propos ne sont pas dignes de responsables syndicaux. C’est à la justice de formuler de telles accusations sur des bases solides.

Mais aller se venger sur un responsable “déchu”, parce qu’il a fait ce qui lui semblait bon à faire, relève d’actes gratuits. D’ailleurs, cela affecte encore plus le peu de crédibilité qui reste aux syndicalistes incriminés. Par contre, il y a mieux à faire que de gaspiller tant d’énergie à diaboliser une personnalité qui a accompli une mission dont elle était chargée et la vouer à la vindicte populaire parce qu’elle ne s’était pas soumise comme beaucoup de ses prédécesseurs aux diktats des syndicats. C’est pour cette raison qu’on cherche à la châtier doublement : soit en tant que responsable politique et comme camarade syndicaliste ayant quitté les rangs.

Colère des parents

Pourtant, les nouvelles conditions qui s’offrent aujourd’hui à l’action syndicale devraient ouvrir de nouvelles voies et permettre d’envisager de nouvelles perspectives. Or, avec ces offensives franchement injustifiables, les responsables qui sont à la tête des structures syndicales ne donnent pas l’impression qu’ils ont saisi ces signes d’apaisement.

Toujours est-il qu’il reste encore un peu d’espoir chez les parents. Surtout qu’il est possible d’avancer et que ces syndicalistes comprendront un jour qu’ils doivent évoluer. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils ne détiennent pas la vérité et qu’ils ne doivent pas se croire au-dessus de tout le monde.

Une fois ces évidences admises, le travail sera plus aisé. C’est ce à quoi tous les Tunisiens s’attendent. Il suffit de lire certains de leurs commentaires sur les réseaux sociaux où ils expriment, justement, leur colère et leur exaspération contre les attitudes des responsables syndicalistes. Les parents et les élèves ne veulent plus entendre parler de ces futilités soulevées à chaque fois que l’on surmonte un obstacle. La question du refus par la Fédération générale de l’enseignement secondaire de saisir les notes des élèves venait  empoisonner le climat général.

En effet, on ne comprend pas pourquoi cette fédération demande aux professeurs de boycotter cette opération. Elle ne relèverait pas des prérogatives de l’enseignant, prétend la Fges. A cela, leur répond un internaute (enseignant tunisien depuis 17 ans dans les pays du  Golfe) qu’il s’agit là d’un travail routinier pour l’enseignant, tant dans le primaire que le supérieur en passant par le secondaire. Quant à l’argument de la sécurité, c’est un faux problème. Les notes ne sont pas des comptes bancaires et les lois existent au cas où il y aurait manipulation.

Rappelons que les enseignants ont commencé ce travail de saisie sur ordinateur depuis plus de vingt ans. Et il n’y a pas eu ce tollé. Si c’est vrai que ces syndicalistes ne sont pas contre le progrès comme ils le disent, il n’y a pas de raison qu’ils s’acharnent à demander son boycott.

Place au dialogue ?

A quoi, donc, devons-nous nous attendre dans les prochains jours, particulièrement, avec cette main tendue et inespérée venant de l’autorité de tutelle ? D’après une source syndicale, une rencontre avec la nouvelle ministre pourrait avoir lieu au courant des jours à venir.

Il nous semble que la balle, maintenant, est dans le camp des deux fédérations de l’enseignement. C’est, exclusivement, à eux de saisir cette occasion et d’inaugurer une nouvelle étape de partenariat fructueux basé sur le respect des lois et des personnes.

Car tout dialogue obéit à des règles et des normes qui doivent être strictement suivies par les parties en présence.

Il n’y a pas de place pour ces débats stériles ou ces dialogues de sourds qui ont fait perdre de longues années à notre pays. Tout ce temps perdu a causé bien des préjudices à de nombreuses générations et fragilisé le système éducatif. On en ressent les effets chaque jour.

Si ces syndicats se montrent vraiment plus disposés au dialogue, ils ont intérêt à concrétiser cette volonté. Il n’est pas question de chercher à imposer ses propres lubies aux dépens d’une stratégie et de choix nationaux. Le dialogue suppose qu’il y a, au final, un compromis si les protagonistes ne parviennent pas à une entente. Autrement, à quoi bon demander un dialogue ?

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