Chroniques de la Byrsa: Le Kram, ou les paradoxes d’une gestion

Voilà plus d’un an que nos communes fonctionnent sans conseils municipaux. Fin janvier 2023, en effet, un décret présidentiel publié dans le Journal officiel de la République tunisienne est venu mettre fin au mandat des conseillers élus en 2018 à trois mois de la fin de ce mandat. Cette fin de mission en queue de poisson est frustrante à plus d’un titre. En particulier, elle n’aura pas permis aux électeurs de demander des comptes aux élus et d’apprécier à sa juste valeur le bilan des uns et des autres et d’en tirer des leçons pour l’avenir. Mais, au vu de l’état dans lequel se retrouvent nos communes, il est loisible de procéder à  une estimation quant aux résultats enregistrés ici ou là, même s’il est vrai que, depuis, nous sommes entrés dans une autre logique de l’exercice du pouvoir au niveau local. 

A l’échelle de la banlieue nord de la capitale, nous savons que les élections de 2018, les premières depuis la chute du régime de Ben Ali, ont été menées par des listes menées par le parti Nida Tounès (à La Goulette et à Carthage, notamment), par des «indépendants» (à La Marsa et à Sidi Bou Saïd), Ennahdha, et en dépit de ses piètres résultats en nombre de voix, étant parvenu à enlever la commune du Kram grâce à des dissensions au sein du camp «moderniste».

Sans entrer dans le détail des réalisations effectuées par chacun de ces conseils, on peut observer à l’œil nu que la commune du Kram peut se prévaloir de performances nettement supérieures à celles de ses voisins, à l’exception de La Marsa. Le maire, Me Fathi Laâyouni, pour ne pas le citer, mu par des considérations idéologiques et partisanes plus que contestables, s’est employé, plus que ses voisins et rivaux, à vendre un type de gestion susceptible d’élargir la base électorale de son parti.

Une invite à une halte de réflexion sur le rôle que peuvent jouer les partis à l’échelle locale

Tout en s’employant à instaurer une caricature de modèle religieux de gouvernance (interdiction du mariage d’une musulmane avec un non musulman, mise en place d’un fonds zakat, arabisation des plaques de rues, encouragement de l’enseignement dit coranique qui a été hautement instrumentalisé à des fins politiques, glorification de la résistance islamique en Palestine, etc.), le maire ne s’en est pas moins appliqué à améliorer la gestion du patrimoine foncier de la municipalité en engageant des travaux de réaménagement des espaces publics, en particulier l’immense parc municipal du Kram ouest, l’aire de jeux pour enfants jouxtant la voie ferrée, plusieurs ronds-points dont il a rationalisé la conception et amélioré l’esthétique. On lui doit également la réorganisation et l’harmonisation flanc marchand de l’avenue Bourguiba à hauteur de la gare et derrière le passage à niveau.

D’aucuns s’interrogeraient sur le pourquoi de ce « panégyrique ». Tout d’abord, ce n’en est pas un, de panégyrique, dans la mesure où ce bilan n’est pas dissocié de l’arrière-plan idéologique et politique qui l’inspire. Ensuite, il s’agit ici d’une invite à une halte de réflexion sur le rôle que peuvent jouer les partis lorsqu’ils encadrent l’action des politiques. A méditer.

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