Croissance – Egalité sociale : Réduire les inégalités par l’inclusion financière

 

La lutte contre l’exclusion financière figure aujourd’hui parmi les priorités de l’Etat en raison de son important impact sur le développement économique. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’un projet de loi relatif à l’inclusion financière et la facilitation de l’accès au secteur financier a été adopté récemment par le gouvernement.

Le taux d’inclusion financière en Tunisie semble avoir progressé au cours de la dernière décennie. Cette amélioration est le fruit des récentes initiatives menées par les autorités, mais le taux de bancarisation demeure assez limité. En cause, plusieurs facteurs dont en particulier un écosystème qui a été longtemps trop sélectif et qui conséquemment a favorisé la marginalisation d’une large partie de la société au point même qu’en 2014 le taux d’inclusion financière ne dépassait pas les 27%.

Il est vrai que ces dernières années, le gouvernement a multiplié et varié les décisions visant à renforcer l’inclusion financière, ciblant en particulier les populations à moyen et faible rendement.  En dépit des 12 millions de comptes bancaires et postaux recensés, on estime que 30 à 40 % de la population adulte (soit 2,5 à 3,5 millions de personnes), et plus de la moitié des entreprises en Tunisie (soit entre 245 000 et 425 000 entreprises déclarées) ont peu ou prou accès à la finance traditionnelle, avait déjà alerté la Banque mondiale en septembre 2015.

Le réseau d’agences bancaires s’est, quant à lui, consolidé en passant de 1992 agences à 2031 à fin 2022, soit une agence pour 5 812 habitants, contre une agence pour 5 906 habitants une année auparavant, selon le rapport annuel sur la supervision bancaire publié par la Banque Centrale de Tunisie (BCT) 2022. 

Accès limité au secteur financier traditionnel

L’analyse de la bancarisation montre que le nombre de comptes bancaires a évolué dans notre pays, sur les 5 dernières années, de 1,7% par an pour dépasser les 10 millions de comptes à fin 2022. Le nombre de cartes bancaires émises à fin 2022 s’élève à 6,6 millions de cartes, soit une évolution annuelle moyenne de 9,4% sur la période 2018-2022. Parallèlement, le nombre de DAB/GAB a augmenté en moyenne de 3,1% annuellement pour s’établir à 3 039 unités à fin 2022, d’après la BCT.

Ainsi, le nombre de comptes bancaires et postaux est-il estimé à environ 12 millions, selon la Banque mondiale, environ 30 à 40 % de la population adulte (soit 2,5 à 3,5 millions de personnes), et plus de la moitié des entreprises en Tunisie (soit entre 245 000 et 425 000 entreprises déclarées) ont peu ou prou accès au secteur financier traditionnel.

Quelles en sont les causes ?

« Le manque de confiance envers les institutions financières, le coût des services et le niveau limité d’éducation financière figurent parmi les principales barrières à l’inclusion financière », d’après un rapport élaboré en 2022 par des instances financières internationales en coopération avec la BCT, se rapportant à l’inclusion financière en Tunisie.

Dans sa déclaration à notre journal, l’expert économique et professeur d’université, Ridha Chkoundali, revient sur les causes impactant le taux de bancarisation en Tunisie, les qualifiant de prime abord de multiples.  A ce titre, il cite l’absence totale de confiance à l’égard des institutions bancaires, les charges élevées des opérations bancaires, d’autant que le taux d’inflation s’est situé en mars dernier à 7,5%, ce qui est de nature à maintenir la pression sur les frais bancaires dont l’augmentation a été de l’ordre de 13,8%.

Parmi les autres facteurs, notre expert évoque  la crainte d’éventuelles poursuites en cas de déclaration des revenus, notamment en ces moments où l’Etat livre une chasse aux biens mal acquis et à la corruption. Ceci sans oublier la nette progression de l’économie informelle dans le pays aux dépens du secteur formel. La fermeture de certaines d’entreprises pour des raisons liées à des difficultés financières ne fait que confirmer cette donne.

Il explique à ce propos que les maux résident au niveau de l’économie formelle et se caractérisent par une fiscalité élevée, une administration qui ne répond pas aux impératifs de l’équité fiscale, ce qui pousse les gens à s’orienter vers l’économie informelle. « Je suis contre l’intégration de l’économie informelle et je préconise plutôt l’assouplissement des procédures bureaucratiques et l’allègement fiscal pour les entreprises et les personnes physiques. C’est à partir de ce moment que les gens tourneront le dos au secteur informel ».  

Quand les banques font du surplace  

Par ailleurs, des disparités en termes d’inclusion financière en fonction du segment, des revenus et de la localisation géographique sont pointées du doigt par les experts, puisque deux tiers des agences bancaires en Tunisies, soit 67%, sont situées dans le Grand Tunis et au Centre-Est, selon la BCT. Et plus de 9% des particuliers et 29% des entreprises n’ont aucun accès aux services financiers. Le niveau d’usage de ces services s’avère primaire pour 40% des particuliers et 51% des entreprises. Les particuliers à bas revenus, les auto-entrepreneurs et les très petites entreprises représentent les catégories les moins incluses financièrement.

Les régions situées hors des grands pôles économiques de l’Est du pays — notamment le Grand Tunis, Sousse, Sfax et Nabeul — semblent par ailleurs défavorisées. Le principal usage des comptes de dépôt pour les particuliers est lié au retrait du cash, notamment suite au versement des salaires, des pensions de retraite et des aides sociales.

Le constat est on ne peut plus clair, la bancarisation gagne du terrain mais d’une manière bien lente avec 9372 comptes en 2018 et 10 031 en 2022 et le nombre de cartes bancaires est passé de 4,6 millions en 2018 à 6,6 en 2022. Les raisons, comme annoncées au début sont en rapport avec le manque de confiance envers les banques lesquelles, à leur tour, semblent faire du surplace et continuent jusqu’à ce jour à entretenir le flou autour des agios, sans compter la piètre qualité des services, la mauvaise humeur du personnel génératrice de tensions dans la plupart du temps au moment où les clients s’attendent à des services financiers moins coûteux, plus simples et surtout plus transparents.  

Le webank offrant la possibilité d’ouvrir des comptes à distance avec une multitude de services (Mastercard, gestion de compte et de carte en ligne sans frais sur les virements émis en ligne et les virements reçus) a boosté un tant soit peu l’inclusion financière en particulier du côté des jeunes. Le taux de bancarisation est de 44% en Algérie. En Tunisie, il est estimé actuellement à 37%.   

Une priorité de l’Etat  

Selon l’analyste financier Bassem Ennaifer, le projet de loi contribuera à augmenter le nombre de comptes bancaires et postaux en Tunisie. En effet, toute personne physique ne sera plus obligée  de présenter un certificat de travail pour ouvrir un compte bancaire ou postal.

Dans la foulée, d’autres textes juridiques ont également été amendés pour être en phase avec le projet de loi, à l’instar du texte de loi n° 35-2016, en date du 25 avril 2016 relatif au statut de la BCT relatifs aux dispositions réglementaires en lien avec l’inclusion financière.

Ce projet de loi porte sur la diversification des services financiers fournis aux catégories à revenu limité, aux très petites, petites et moyennes entreprises, et aux entreprises de l’économie solidaire et sociale pour répondre à leurs attentes. Outre le renforcement du contrôle par les organismes de réglementation compétents et la protection de la clientèle.

La lutte contre l’exclusion financière figure aujourd’hui parmi les priorités de l’Etat en raison de son important impact sur le développement économique. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’un projet de loi relatif à l’inclusion financière et la facilitation de l’accès au secteur financier a été adopté récemment par le gouvernement.

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