Pendant trois jours, dix femmes journalistes féministes de la Méditerranée se sont réunies à Rabat du 25 au 27 juillet. Leur mission : consolider un réseau  méditerranéen pour l’information féministe né il y a un an.


Harcèlement sexuel, féminicide, violences, pauvreté, précarité, discrimination devant la loi, séquences de guerre…les situations d’urgence et les menaces qui pèsent sur les femmes de part et d’autre de la Méditerranée les unissent également. Mais d’autres luttes caractérisent des territoires spécifiques : la bataille pour l’égalité successorale en Tunisie et la lutte des femmes algériennes pour la liberté et l’égalité totale dans un contexte de hirak (mouvement révolutionnaire). Or, cette histoire des femmes en mouvement et ces actualités, luttes et récits de femmes, y compris lorsqu’elles accèdent au rang de success stories, ne sont pas toujours mises en évidence dans les médiasmainstream. Ici et ailleurs, leur visibilité et leurs mouvements féministes restent en deça de leur dynamique et de leur courage. Voilà ce qui a inspiré au Fonds pour les femmes en Méditerranée (FFMed), une ONG française créée il y a dix ans pour soutenir financièrement les associations féministes, l’idée de mettre en place une plateforme de journalistes féministes des deux rives de mare nostrum. Une plateforme qui répond à un besoin d’accéder à une information sur le genre crédible, équilibrée et exempte de misogynie, de fake news et de discours de haine.

Un nom déjà : Med FemiNiswiya

L’idée a commencé à prendre forme l’été dernier en Italie, lorsqu’une vingtaine de femmes journalistes et activistes féministes de dix-huit pays différents se sont rencontrées à Caranzano, dans la région piémontaise, pour esquisser les premiers traits de ce réseau. Là un nom a été trouvé : «Med FemiNiswiya» et un slogan est né : «Notre mer, nos voix». Bien que sérieusement rêvés, des projets aussi ambitieux se perdent souvent en cours de route. Or celui-là semble appelé à grandir au fil des mois et des années. Le 8 mars dernier, une collecte des articles sur les célébrations du 8 Mars dans les divers pays a donné lieu à un premier essai de la plateforme. A Rabat (Maroc), où le groupe de femmes journalistes de Med Femi Niswiya vient de se réunir du 25 au 27 juillet, des amitiés naissantes se sont consolidées et le projet a pris forme. Il s’est structuré autour d’une équipe multigénérationnelle et composée de dix journalistes faisant partie des diverses sous régions de la Méditerranée : le Maghreb, le Moyen-Orient, l’Europe et les Balkans. Celles-ci ont décidé de doter ce réseau des valeurs de l’inclusion, de la rigueur, de la laïcité, de l’éthique journalistique, de la créativité, de l’empathie et de la distance. Ce sera « la voix des sans-voix », ont-elles décrété. Celles qui n’ont pas droit au chapitre : les petites paysannes sans terre, les précaires, les discriminées pour cause d’une sexualité non conventionnelle…

Un contenu crédible et attractif

Le public, cible de la plateforme, est plutôt large. Il ne se limite aucunement aux féministes ou aux journalistes. Mais veut s’adresser aux jeunes, aux utilisateurs des réseaux sociaux, aux chercheurs, aux étudiants, aux ONG, aux décideurs politiques, ainsi qu’aux femmes éloignées de l’information féministe et vivant dans les zones rurales. C’est autour d’une matière très diversifié que les discussions ont eu lieu à Rabat. Un contenu attractif alliant la qualité  à l’originalité. A côté des investigations, dossiers, analyses, portraits  et reportages, des vidéos et des séquences radiophoniques sont prévues. L’audiovisuel allié à l’écrit reflète parfaitement bien le profil des femmes journalistes présentes la semaine passée à Rabat : des spécialistes de la presse écrite et des expertes dans la vidéo et la radio. De retour chez elles, elles continueront probablement à imaginer une suite à ce projet. Une initiative  tellement utile aujourd’hui dans un monde où règnent  les discours conservateurs dont le principal dessein est la négation des libertés d’un pan entier de la société : les femmes.

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