Comme je ne descends pratiquement plus à Tunis — sauf pour quelques affaires —, mon ami Habib, le taxi-driver, m’a emmené faire un tour après les emplettes (en prévision de l’Aïd où il n’y en aura que pour le mouton), histoire de m’aérer un coup : «tchem lahwa», comme si je vivais dans une chambre à gaz, ce qui est un peu vrai avec cette chaleur ! ha-ha-ha-ha… Et, du coup nous nous sommes retrouvés sous le pont de Tunis, du côté des travées repeintes, après que Madame la maîresse, qui est sans doute iconoclaste, avait fait disparaître totalement les premières peintures, souvenirs d’un pop art à la tunisienne, lors des balbutiements de la révolution de la Brouette.
Bien sûr, ces nouvelles images, que j’avais déjà vues sur facebook, «ont paru plus belles, quoique moins spontanées que les premières (venues du cœur des artistes à travers les élans fougueux que l’on sait, et filmées par les médias du monde entier).
Et qui plus est, concernant ces nouvelles expressions artistiques, à travers la perspective de ces travées, elles font non seulement le bonheur des piétons qui aiment les photographier ou les filmer, mais aussi des conducteurs de passage qui roulent au ralenti pour mieux les apprécier, les bus touristiques notamment.
Mais le résultat de ces travaux, avec des médiums qui ne s’écaillent pas de sitôt (il existe une nouvelle génération de peinture acrylique de haute qualité et pas chère) malgré la pollution, m’est apparu comme quelque chose de surfait et loin de la spontanéité des tagueurs ou des peintres de la première floppée.
L’art Pop, qui est né au cours des années 60 aux Etats-Unis et au Québec, avait trouvé dès le début une certaine indépendance et originalité admises et même encouragées par leur système, avec une certaine fierté et, évidemment, un business formidable dans le domaine de l’art, de la littérature, du cinéma. Sans compter l’influence qu’il avait provoquée en Europe et ailleurs.
Mais cela n’a jamais été le cas dans les pays du tiers-monde et particulièrement dans ceux des pays arabes où les relents de dictature font bon ménage avec l’éthique religieuse à l’exception peut-être des pays hautement civilisés des rives de l’Euphrate et du Tigre. Un exemple? L’Irak aujourd’hui ravagé à travers ses sites anciens comme dans ses élans de modernité à nuls autres pareils.
Mais qu’est-ce que l’art Pop, au juste?
Plusieurs ouvrages et reportages ont paru sur ce genre où l’on trouve tour à tour le Tag, les peintures murales, le Street art, l’art dans la rue, pour mettre des couleurs dans les grandes cités et du baume au cœur des riverains qui en ont bien besoin.
Le vocable de Pop est pluriel autant dans ses options thématiques, que dans ses implications de critique sociale (ou politique comme ce qui s’est fait il y a presque neuf ans en Tunisie).
Et autant, aussi dans ses tactiques publicitaires à l’heure des technologies modernes, au service des journaux électroniques qui ont pris la place des journaux papier.
En Amérique, depuis longtemps, de grands artistes ont fait la renommée de l’art Pop, à travers une gamme étourdissante et innovante, dans le domaine des arts plastiques.
Warhol, bien sûr, et Rauschenberg, Lichtenstein, Oldenburg, Indiane, Rosenquist, Segal, etc.
Voilà ce que m’ont rappelé ces travées effacées et repeintes comme pour avertir les artistes que la «récréation» était terminée et que la révolution du «Printemps arabe», tuée dans l’œuf, n’était qu’un prétexte à duper la jeunesse tunisienne aujourd’hui désemparée…

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