« En matière de féminisation du pouvoir local, la Tunisie est une exception dans le monde. Un cas qu’on étudie à l’université américaine de Harvard »…

A l’occasion de la fête nationale de la Femme, célébrée mardi dernier 13 août, le ministère des Affaires locales et de l’Environnement a organisé hier à Tunis le premier forum des mairesses pour débattre des enjeux de l’accès de la femme aux postes de décision dans la gouvernance locale. L’événement étant placé sous le thème « une année après les élections municipales » et organisé en partenariat avec l’Union Européenne et l’ONG Cilg Vng International. Le débat a été inauguré en présence de l’ambassadeur de l’Union Européenne en Tunisie Patrice Bergamini et le ministre des Affaires locales et de l’Environnement, Mokhtar Hammami.

Un taux de maires femmes qui dépasse la moyenne européenne

Dans son allocution d’ouverture, Patrice Bergamini a affirmé que la Tunisie a fait des avancées considérables dans le processus de féminisation du pouvoir politique, notamment à l’échelle locale. Il a rappelé, à ce sujet, que depuis la révolution l’on a noté que  la Tunisie mise sur deux sujets importants, à savoir la promotion de la démocratie et la femme. Bergamini a fait savoir qu’en tant que partenaire de la Tunisie, notamment dans son processus transitionnel, l’Union européenne a mobilisé 175 millions d’euros en guise d’appui à la décentralisation et le développement local, durant les six dernières années. Une enveloppe similaire sera encore allouée à la Tunisie, en vue de l’aider à réussir sa transition démocratique. 

Au sujet de la féminisation du pouvoir politique local en Tunisie, l’ambassadeur de l’Union Européenne a affirmé qu’avec la réalisation d’un taux de mairesses qui avoisine les 19%, la Tunisie est un pays avant-gardiste, non seulement par rapport à la moyenne régionale mais de surcroît, en comparaison de la moyenne européenne qui est égale à 16%. Il a expliqué que ces réalisations ont été atteintes grâce notamment à l’instauration d’un cadre juridique qui stipule l’égalité horizontale et verticale pour les élections municipales. « Plus de femmes dans la politique est bénéfique pour la cité, la démocratie et le développement local. L’Union Européenne sera toujours présente pour aider la Tunisie en matière de financement et d’expertise, en l’occurrence dans la validation des textes juridiques ainsi que la formation des compétences féminines afin de la mener à bon port », a conclu Patrice Bergamini.

Quelles vertus de la féminisation de la vie politique ?!

Pour Mokhtar Hammami, l’enjeu de la parité dans les postes de gouvernance locale, réside en un « rééquilibrage dans les conseils municipaux ». Il a affirmé, à cet égard, que la participation de la femme à la prise de décision aide à « moraliser la vie politique » étant donné que les femmes sont beaucoup moins « corruptibles » que les hommes d’autant plus qu’elles contribuent à « adoucir » le climat du travail et apaiser « les comportements brutaux ». Par ailleurs, il a noté que l’intégration de la parité horizontale et verticale dans la loi électorale des municipales était un défi de taille caractérisé par une forte résistance, en l’occurrence à la clause relative à la parité horizontale. « La parité horizontale était une ligne rouge surtout dans les régions. Les autorités ont travaillé en collaboration avec la société civile pour sensibiliser les foules et les convaincre de l’importance de ce choix », a asséné le ministre des Affaires locales et de l’Environnement. Par ailleurs, et en évoquant les résultats des sondages sur la disparité sociale entre les sexes, Hammami a précisé que la femme occupée supporte 40% de plus des charges familiales par rapport à l’homme. Aussi, plus de 50% des femmes du corps électoral ne connaissent pas les partis, de surcroît les femmes s’intéressent moins à la chose publique, soit 3 fois moins que l’homme. Il a ajouté que la femme employée consacre 8 fois de plus de son temps dans la recherche de l’emploi en comparaison de la femme au foyer (elle y passe 3 minutes seulement). « Ces chiffres démontrent qu’il y a du pain sur la planche. On peut y travailler dans le cadre de réseaux que la gent féminine peut intégrer pour lutter contre ces disparités. Nous sommes certains que la Tunisie changera de visage d’ici 5 voire 6 ans», a noté le ministre des Affaires locales et de l’Environnement.

Un chemin plein d’embûches

La directrice générale du CILG VNG International et spécialiste de la gouvernance locale, Neila Akrimi a affirmé qu’en matière de féminisation du pouvoir local la Tunisie est désormais  une exception dans le monde. Un cas qu’on étudie à l’université américaine de Harvard, souligne-t-elle. Elle a parlé du processus de féminisation qui a été déclenché en 2011. Un chemin semé d’embûches, notamment avec la réticence voire la résistance des autorités d’alors, mais qui a été, au final, concluant. Les taux réalisés dans les municipalités en témoignent. Akrimi a, en outre, souligné que la Tunisie doit maintenant miser sur un cadre juridique qui préserve ces acquis. 

Un panel sur la participation de la femme élue dans les postes de décision a été également tenu où il était question de débattre des difficultés rencontrées par les élues, en l’occurrence des violences et du harcèlement qu’on leur a fait subir, et ce, en présence des représentantes éminentes de la société civile actives dans le domaine des droits politiques de la femme.

  

Marwa SAIDI

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