Milieu environnemental en dégradation : Comment se débarrasser des déchets médicaux ?

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La problématique de la gestion des déchets médicaux en Tunisie se pose avec acuité depuis des années.  Dans plusieurs hôpitaux, la gestion des déchets est un véritable problème difficile à résoudre. En effet, la chaîne de ramassage ne respecte pas toujours les normes en vigueur. Conséquence : ces déchets sont jetés à tour de main dans le milieu réceptif, ce qui constitue un risque pour la santé humaine ainsi que pour l’environnement.

Pour avoir plus d’informations au sujet des déchets médicaux, nous avons contacté M. Yassine Mchirgui, président de l’Association de protection de l’environnement et développement social qui nous a révélé, qu’à la décharge contrôlée de Béni Nafaa de Bizerte, on a aperçu des déchets médicaux provenant de plusieurs établissements sanitaires public et privé. A Mateur, on enfouit les déchets médicaux dans des sacs jaunes avant de les placer dans des sacs noirs de poubelles qui sont ramassés par les bennes-tasseuses. Cette opération est totalement interdite, car elle a des effets néfastes sur la santé et peut causer une difficulté de respiration. Le constat est amer : les déchets ne sont pas gérés dans les règles de l’art.

Pour M. Yassine, certains types de déchets médicaux sont dangereux. Ces déchets sont de diverses natures. On distingue les déchets d’activités de soins à risques infectieux et assimilés (DASRI); les déchets d’activités de soins à risques toxiques et chimiques (DASRCT); les déchets inflammables ou explosifs (DIE); les déchets d’activités de soins à risques radioactifs (DASRR); les pièces anatomiques, placentas, les embryons et fœtus mort-nés (PA/P/E/FMN); les déchets de type ménager et assimilés (DMA).

Risque de maladie au contact des déchets

Ces débris médicaux d’activités de soins ont des risques infectieux et assimilés. Ils sont connus sous le vocable général de DASRI. Ils contiennent des micro-organismes viables ainsi que leurs toxines qui, en raison de leur nature, de leur quantité ou de leur métabolisme, peuvent causer une maladie chez l’homme ou chez d’autres organismes vivants susceptibles de contaminer l’homme. Ces mots font penser directement aux notions d’infection, de contamination et d’épidémie à savoir les bactéries et les virus.

Selon M. Mchirgui, les déchets liés aux soins de santé constituent un moyen d’infection des patients hospitalisés, du personnel de santé et le grand public. Les déchets et les sous-produits peuvent également causer d’autres effets néfastes sur la santé. Parmi les risques liés aux DAS, on peut citer les risques traumatiques et psycho-émotionnels. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime, qu’en l’an 2000, des injections effectuées avec des seringues contaminées ont été responsables de 21 millions de cas d’hépatite B, 2 millions de cas d’hépatite C et au moins 260 000 cas d’infections à VIH.

Ainsi, 92 cliniques privées, 116 centres privés de dialyse génèrent 80% des déchets d’activités sanitaires dangereux. Le traitement et l’élimination des déchets liés aux soins peuvent entraîner indirectement des risques pour la santé en raison du rejet d’agents pathogènes et de polluants toxiques dans l’environnement.

M. Mchirgui a confirmé que la Tunisie a signé et ratifié la Convention de Stockholm. Elle est tenue d’interdire toute production des Polluants organiques persistants (POP). Le décret d’application n°2745 en date du 28 juillet 2008 a été promulgué pour fixer les conditions et modalités de gestion des déchets DAS. A cela, un arrêté conjoint du ministre chargé de l’Environnement et celui chargé de la Santé du 23 juillet 2012 relatif au manuel de procédures-cadre de la gestion des DAS dangereux a été promulgué.

Par la suite, l’arrêté conjoint des ministres chargé de l’Environnement et de la Santé du 6 juin 2014 fixant les prescriptions obligatoires contenues dans la convention conclue entre l’établissement sanitaire et l’entreprise de gestion des DAS. Le dossier de la pollution due aux déchets médicaux devient de plus en plus compliqué. Et tout le monde se pose cette question qui n’a pas trouvé jusqu’ici une réponse convaincante : Comment faire face à ce fléau pour éviter la dégradation du milieu réceptif ?

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