« Les hirondelles sont de retour » de Moncef Taleb: «Seul le silence est grand !…» 

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Au cinéma, rares sont ceux qui ont prêté attention à la vie sonore du confinement. Le sound designer tunisien, et des plus en vue, Moncef Taleb a tenté de le faire à travers son dernier court métrage « Les hirondelles sont de retour ».


Voici un court métrage de 17 minutes qui nous apprend à tendre l’oreille ou, pour mieux dire, qui réveille notre sens de l’audition si bafoué et si asservi et dilué par l’image. L’expérience de ce cinéma sonore est presque absente en Tunisie et « Les hirondelles sont de retour » de Moncef Taleb lance cette réflexion sur le son qui nous permet (et c’est très instructif pour nos oreilles) de regarder les films d’une autre manière beaucoup plus fouillée. Le son est aussi une écriture concomitante avec l’image et qui relève cette dernière à un statut supérieur… Pour ne pas dire tout simplement que le son est le manipulateur de l’image.  Le chercheur français Michel Chion, auteur de « Un art sonore, le cinéma », souligne le terme «audio-vision», ce qui signifie que  la vision et le son sont importants lorsqu’ils sont combinés. Ce terme d’audiovisuel supprime la question de savoir quel élément est le plus important car ils s’influencent de toute façon. Il n’y a pas de «plutôt que» dans ce champ, c’est comme les autres champs où plusieurs éléments sont combinés.

« Les hirondelles sont de retour »,  produit par Inside, est donc une réflexion sonore sur le confinement où on a vu beaucoup d’images et entendu trop de paroles sur cette terrible période vécue par l’humanité… Mais rares sont ceux qui ont prêté attention à la vie sonore du confinement. Le film décrit une journée sonore. Il commence à l’aube et il finit au crépuscule.     

« Même si le film sonore est très développé ailleurs, il est très rare en Tunisie», dit Moncef Taleb.

L’idée est de réaliser un témoignage sonore par rapport au confinement. J’ai remarqué que pendant des années, nous n’avons pas prêté l’oreille à la nature. Ce confinement m’a permis de le faire. Il n’y a plus ni avions  ni voitures qui circulent… La nature a reconquis ses droits. L’oreille entend tous  les détails en pleine ville, même les mouettes qui passent dans le ciel. Les détails du quotidien : le bruit d’une marmite sur le feu ou le ronronnement d’une chaudière. Ce confinement a permis de perfectionner notre attention à tous ces détails sonores. Mais un autre point d’écoute dans le film. Si on tend bien l’oreille dans le film, on va découvrir que le son est cyclique :  le point de départ est le même que le point de chute. Parce que la nature a la même respiration sonore aussi bien au début de la journée qu’à la fin».

Et, en effet, il y a une vie sous la vie et le cinéma nous la fait découvrir. C’est aussi l’une des fonctions du 7e art…  Il est bien de faire le silence autour de soi pour découvrir d’autres battements. « Seul le silence est grand, tout le reste est faiblesse », écrivait Alfred de Vigny.

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