Le pain à la poubelle : Une dérive d’un système peu organisé

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Le pain est devenu un produit malmené, dans la mesure où plusieurs citoyens n’hésitent pas à le jeter, à en faire un aliment pour les animaux, et certains boulangers le réchauffent pour le vendre dans des sachets à prix élevé.

Le pain est l’aliment le plus consommé par les Tunisiens. Son prix n’a pas changé depuis belle lurette, et ce, pour protéger le pouvoir d’achat des consommateurs et, notamment, ceux à revenu limité. Mais tout le monde en profite, et c’est bien. C’est pourquoi, dans le cadre de la réforme de la compensation, l’Etat compte pratiquer progressivement le prix réel, en accordant une subvention aux ménages pauvres et à revenu limité pour qu’ils puissent acheter leur pain et d’autres produits jadis compensés sans subir les effets des augmentations.

Cependant, on constate que le pain est jeté ici et là, sous les arbres et dans les bennes en grandes quantités. On estime que le nombre de baguette jetés dans la nature avoisine les 400.000, ce qui constitue une perte sèche pour l’Etat qui importe annuellement des tonnes de blé destinées à la fabrication du pain. Cette situation dure depuis des années sans que personne n’a osé changer le cours des choses. A noter également que plusieurs éleveurs de poules et de vaches utilisent le pain qui leur revient beaucoup moins cher et est disponible partout pour l’alimentation de  leurs animaux.

Rationaliser la consommation

Le secteur du pain souffre donc de plusieurs maux qui n’ont pu être résolus jusqu’à maintenant. Jadis, les boulangers confectionnaient plusieurs types de pain, dont le grand  qui était très prisé par les consommateurs, vu la quantité et la qualité qui le caractérisaient. De nos jours, il est rare de voir le grand pain. Il semble que les boulangers préfèrent fabriquer les baguettes dont le poids a fortement baissé. Certains boulangers diversifient leurs produits en proposant des pains améliorés dit « complets », de campagne, et du pain rural qui sont vendus au prix fort. Les boulangers du système parallèle sont entrés en lice et proposent, eux aussi, du pain « fait maison » vendus dans la rue, exposé à la poussière et aux impuretés. Ce genre de pain est également visible dans les épiceries et son prix dépasse tout entendement, puisque une petite « tabouna » est proposée à 350 millimes. Les fabricants en cachette ont trouvé dans ce commerce une activité juteuse. En effet, plusieurs consommateurs préfèrent acheter ce pain en laissant de côté leur baguette habituelle. Les conditions de fabrication de ce pain ne répondent pas aux règles d’hygiène et de propreté. Quoi qu’il en soit, le secteur du pain a besoin d’être restructuré à tous les niveaux. D’abord, au niveau des boulangers, qui doivent être organisés par leur structure professionnelle pour éviter l’entrée des intrus qui peuvent porter atteinte à la bonne marche de l’activité. Ensuite, il est nécessaire d’organiser les lieux de vente du pain qui se fait parfois de façon anarchique. Dans certaines épiceries, les consommateurs ont facilement accès au pain qui passe par diverses manipulations.

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