Lutte contre la migration irrégulière : Dérives sécuritaires en haute mer ?

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Aux côtés d’autres organisations de la société civile tunisienne, le réseau Alarm Phone, une ligne téléphonique d’urgence pour les personnes en détresse en mer, a collecté de nombreux témoignages, photos et vidéos publiés sur les réseaux sociaux mettant en évidence des comportements violents des autorités tunisiennes lors de leurs opérations d’interception en mer, a révélé la même organisation.

La migration clandestine bat son plein en Tunisie. Alors que les questions politiques et la crise socioéconomique semblent monopoliser toute l’attention médiatique, ce fléau est en train de causer de graves répercussions sur le tissu social du pays sous silence des autorités et face à une approche de traitement purement sécuritaire.

Un nouveau rebondissement vient bouleverser davantage la situation et témoigner de la complexité de ce dossier qui devrait être traité comme une question de sécurité nationale. De graves accusations faites récemment par la société civile contre les garde-côtes nationaux brouillent encore plus l’image, provoquant une nouvelle polémique autour de la gestion de ce fléau.

En effet, c’est le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (Ftdes) qui a ouvert ce dossier affirmant que certains garde-côtes tunisiens seraient impliqués dans des pratiques ayant contribué à des naufrages provoqués d’embarcations de migration clandestine. «Alors que l’Union européenne ne cesse de donner davantage de moyens à la Tunisie pour surveiller ses côtes et tenter d’éviter ces drames, de plus en plus de preuves attestent que les garde-côtes tunisiens sont directement impliqués dans des manœuvres dangereuses ayant coûté la vie à de nombreuses personnes migrantes», indique un communiqué du Ftdes.

Aux côtés d’autres organisations de la société civile tunisienne, le réseau Alarm Phone, une ligne téléphonique d’urgence pour les personnes en détresse en mer, a collecté de nombreux témoignages, photos et vidéos publiées sur les réseaux sociaux mettant en évidence des comportements violents des autorités tunisiennes lors de leurs opérations d’interception en mer, a révélé la même organisation.

Sauf que la réponse des autorités tunisiennes n’a pas trop tardé. Le porte-parole de la Garde nationale, Houssemeddine Jebabli, a dénoncé ce qu’il a appelé les «allégations» du Ftdes, affirmant qu’il n’a présenté aucune preuve attestant l’implication de la garde nationale dans ce genre de pratiques.

«La garde maritime n’est pas au-dessus de la loi et elle fonctionne conformément aux législations nationales et internationales pour lutter contre l’émigration irrégulière et secourir les migrants clandestins».

Le responsable a appelé, dans ce sens, toute partie qui détient des preuves sur «l’implication présumée» de la garde maritime dans des pratiques qui représentent un danger pour la vie des migrants clandestins à saisir la justice.

Des chiffres effrayants !

La migration clandestine par voie maritime vers les côtes italiennes bat actuellement son plein en Tunisie. La situation est telle que chaque nuit des dizaines de migrants irréguliers sont interceptés par les garde-côtes. Rien que pour la nuit du 27 au 28 décembre, les autorités tunisiennes ont annoncé avoir déjoué 12 tentatives d’émigration clandestine et sauvé 219 migrants de la noyade.

Selon le porte-parole du Ftdes, Romdhane Ben Amor, l’année 2022 a connu un nombre record de migrants disparus en mer, avec pas moins de 580 migrants depuis le début de l’année. Toujours selon la même source, 37.188 candidats à la migration ont été empêchés de le faire par les autorités tunisiennes, alors que 18.031 ont réussi à atteindre les côtes européennes.

De plus, un nouveau passage vers le vieux continent est né durant cette année. Il s’agit d’une nouvelle filière de migration vers l’Europe, via la Turquie et la Serbie. Cette nouvelle route a enregistré le passage de 5.697 migrants tunisiens, selon des estimations non-officielles.

Il faut rappeler que l’Italie, dont certaines côtes sont à moins de 200 km du littoral tunisien, avait annoncé en mai 2021 un accord avec la Tunisie prévoyant de lui fournir des aides économiques en échange d’efforts accrus de sa part pour empêcher les migrants d’arriver en Europe. Mais depuis, le phénomène n’a pas régressé, pire encore, on assiste malheureusement à une explosion des opérations de migration causant, jour après l’autre, des drames comme cela a été le cas il y a quelques semaines à Zarzis.

Expulsion de migrants

Dans ce même contexte, la société civile a également fait part de son indignation quant à la décision d’expulser des migrants hébergés depuis 2011 à la maison de jeunes de La Marsa. En effet, le gouvernement avait décidé, lors d’un Conseil ministériel vendredi dernier, l’expulsion «dans les plus brefs délais» de migrants hébergés à la maison de jeunes de La Marsa.

Ce groupe occupe l’espace de la jeunesse en question  «entravant ses activités» par «leur refus catégorique de quitter ce lieu», selon un communiqué de la présidence du gouvernement. Plusieurs ONG défendant les droits des migrants, dont notamment le Ftdes et l’Organisation internationale de la migration (OIM), ont dénoncé une décision «inhumaine et répressive». Elles estiment que le renvoi dans leur pays des migrants concernés constitue une menace pour leur vie.

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