Kaligula 2 De Fadhel Jaziri: Une représentation bien réussie qui n’a presque rien retenu de Camus

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La deuxième version de Caligula, que Fadhel Jaziri n’a pas tiré cette fois-ci de la version d’origine d’Albert Camus, est une œuvre de génie bien servie par un groupe de comédiennes et comédiens bien menés par un grand comédien, Mohamed Kouka, au point où il déclame que la version Kaligula avec un grand K est due à lui, Kouka.

Mais ceci est une anecdote que Fadhel Jaziri, interrogé, ne partage point. De quoi s’agit-il alors ? Deux ou trois citations, ou déclamations, relèveraient du texte original de Camus. Le reste (grande partie) du texte est réinventé par Fadhel Jaziri. Donc, l’on est très loin du texte de Camus. Pourquoi ? Fadhel Jaziri ne répond qu’à demi-mot. Fantaisie ou recréation, rien n’est moins sûr. De toute manière, le texte délivré, réinventé est d’une grande sublimité.

Les comédiens dans leur va-et-vient répétitif sur scène le servent bien, surtout que leurs mimiques sont bien expressives.

D’abord, c’est une pièce qui se passe de costumes de théâtre et de décors remplissant la scène. Les comédiens et comédiennes jouent, tout au long de la pièce, en sortie de bain blanche qui révèlent bien les beautés de leurs corps aussi bien femmes qu’hommes. Ce qui les obligeait de faire très attention à leurs mouvements sur les planches de la scène de la salle du 4e Art.

Parfois, seulement deux ou trois fois, des parties intimes de leurs corps se découvraient au public.

Quant aux décors, ils sont réduits à leur simple expression : quatre tabourets se transforment tantôt en chaises tantôt en banc ou en lit. Si bien manipulés par les comédiens. Quant à l’autre accessoire des décors, il consiste en un petit coussin que les comédiens trimballent par ci par là et qui servira en fin de pièce à étouffer jusqu’au décès de ou des personnages que l’on décide selon le déroulement du texte et des situations à faire disparaître.

De quoi s’agit-il finalement dans ce texte recréé de Kaligula ?

Les personnages portent des noms connus : Sidi El-Béhi (Mohamed Kouka), personnage central, poète, homme de culture, jouant avec un « livre rouge » à la main dont il ne se sépare pas, et quand il le perd il crie au secours et fait tourner la pièce en drame, puis Mohamed Salah Harakati (le nom du musicien connu) joue aux comptables, mais un comptable malmené par son patron et surtout par les sbires du patron. Les autres femmes (Amel, Nourhène, Imen…) sont à la fois victimes expiatoires, chacune de son mari à la fois bourreau ou ange maléfique, se disputent quand même les maris de leurs égales… Prises chacune dans ses moments répétés de tourments excessifs. Tout y passe, gestes obscènes malencontreux ou propos diffamatoires et mal placés.

Tout ce monde tourne autour de la recherche du patron insaisissable et des clés de sa trésorerie introuvables, puis subitement retrouvées pour disparaître de nouveau selon la nature des demandes exprimées et réclamées par les autres personnages des alentours et leurs exigences mal tues et souvent difficiles mais impossible à satisfaire.

Dans ces situations saugrenues et mélodramatiques, Baba al-Behi (Mohamed Kouka) s’efforce à trancher pas tout à fait en faveur des personnages mécontents et menaçants, et encore moins au profit du patron fort despote que ses sbires protègent si bien jusqu’à faire disparaître ses opposants. Que de crimes et de drames commis et mal supportés par les épouses des disparus.

La révolte gronde et se fait menaçante bien que vite étouffée dans son premier mouvement et ses premiers soubresauts. Quel excellent jeu de comédiens, de bien jeunes comédiens réunis autour du grand Mohamed Kouka et que Fadhel Jaziri a su très bien diriger.

Mais de quoi s’agit-il finalement ? L’on continue à s’interroger parmi le public, en osmose, dont une poignée, apparemment acquise aux auteurs de la pièce, s’exclame par des applaudissements continus à la fin de chacun des intermèdes, oh ! combien nombreux, partagés entre des scènes plutôt dramatiques que bouffonnes.

Certes, la pièce, du genre du théâtre total, est à inscrire dans le répertoire des pièces théâtrales très bonnes à voir.

Dans le cadre de cette 23e session des JTC notre théâtre, le théâtre tunisien, est bien portant.


Ali Ben Larbi

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