A la Cinémathèque tunisienne Mizoguchi : Du scénario à la mise en scène

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Le public est venu en force à la salle Sophie el Golli pour assister à la master class de Daniel Serceau sur Kenji Mizoguchi, organisée par la Cinémathèque tunisienne et le Cnci. Du scénario au découpage dans les films de ce cinéaste japonais, tel était l’intitulé de la rencontre.

Une master class qui s’inscrit dans un cycle consacré au cinéaste japonais Kenji Mizogushi, et que Ikbal Zalila présente comme suit : «En trente-trois ans de cinéma, Mizoguchi n’aura de cesse de sonder la souffrance humaine dans le Japon médiéval et contemporain (…) La rétrospective que nous proposons sera l’occasion pour les cinéphiles tunisiens de découvrir en compagnie du professeur Daniel Serceau huit des dix derniers films de Mizoguchi, tournés entre 1951 et 1956. C’est pendant cette période et à la faveur de films comme «Contes de la lune vague après la pluie» (1953) «L’intendant Sancho» (1954) et «Les amants crucifiés» (1954) que Mizoguchi est vu et reconnu en Europe comme l’un des cinéastes majeurs de notre temps».

Qu’est-ce que la mise en scène ? Comment passer du scénario au film ? «Pendant l’époque du cinéma muet, les cinéastes devaient partir de l’image et il fallait être extrêmement inventif, dit Daniel Serceau, ceux qui ont fait le cinéma parlant ont intégré les acquis du cinéma muet. Puis, c’est l’époque de la télévision où l’image s’affaiblit. Avec Mizoguchi, on peut voir le travail sur les décors, sur les physionomies, sur les scénographies, sur l’emplacement dans l’espace et les jeux de lumière».

Ainsi, Daniel Serceau proposera une séance avec des extraits de films du cinéaste japonais, mais aussi des scénarios qui peuvent aboutir à un film ou à de multiples films. Il démontrera ensuite que Mizoguchi, à travers des scénarios écrits par Yoda, va créer des mises en scène à partir d’un travail extrêmement précis et qui ne peut exister que par le film. Car un scénario comporte en général des failles. Dans le dossier de présentation, Serceau a écrit : «Certains théoriciens considèrent que le scénariste accomplit l’essentiel du travail. Rien n’est moins vrai, du moins lorsque nous avons affaire à des réalisateurs de talent».

Dans «L’intendant Sancho» (1954), un scénario de Yoda, le personnage doit choisir pour son maître une femme avec des caractéristiques précises à travers 70 femmes. Voici l’exemple et l’extrait choisis. Comment alors mettre cette idée en scène sans être obligé de filmer 70 femmes ? Là, on découvrira la mise en scène ingénieuse de Mizoguchi qui a composé son cadre selon une ligne diagonale partant de l’intendant pour filmer quelques femmes en profondeur de champ et cela donnait cette impression de plénitude. Le cinéaste a aussi placé ces quelques femmes à l’extérieur et pas dans un intérieur pour dénoncer également une société qui traite ses femmes comme du bétail à vendre.

Ce qui est aussi important, souligne Serceau, c’est de trouver exactement le mot d’où partira précisément la scène et ne pas être dans l’imitation du scénario, mais dans son inversion. Les exemples vont se multiplier avec les analyses de ce professeur à l’Université de Paris 1 qui a écrit plusieurs ouvrages sur Kenji Mizoguchi. Des analyses qui ont mis en valeur l’art de la mise en scène d’un cinéaste très exigeant qui compose ses plans avec beaucoup de minutie et qui libère en quelque sorte l’image des jougs que les scénarios imposent parfois.

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