La sécheresse menace: Ce n’est pas un message SMS qui réglera la question !

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«A partir de l’eau, Nous avons constitué toute chose vivante » déclare ainsi la Sourate des Prophètes (v-30). Nous le savons, mais malheureusement nous n’agissons pas en conséquence. Un message tente de nous le rappeler.

«La sécheresse menace notre pays. Economiser l’eau est une garantie pour la vie de nos enfants», c’est le message que la Sonede a envoyé à ses adhérents ou clients. Cela n’a rien de génial et on aurait pu trouver mieux, mais il a le mérite d’avoir été conçu et envoyé. Les responsables de la Sonede ont donc la conscience tranquille. Mais cela n’est pas du tout suffisant.

En effet, quels sont les messages et les recommandations qu’elle a adressés à ses agents, techniciens et autres parties prenantes qui consomment de l’eau, s’occupent de la distribution, assurent la réparation et la mise à niveau du réseau, etc…? C’est le grand point d’interrogation. Ce n’est point le citoyen qui est seulement intéressé par cette campagne qui a une portée autrement plus importante.

C’est le suivi qui manque

A l’adresse des premiers responsables de cette société, a-t-on décidé de suivre de près ce qui se passe au niveau des réclamations touchant les éclatements de conduites, les fuites des compteurs, et autres pannes où l’on met des jours, parfois des semaines, pour intervenir ? S’est-on assuré que dorénavant ces premiers responsables trouveront à leur entrée au bureau une liste de toutes les communications reçues pour signaler ces fuites avec le listing des réparations engagées pour colmater une conduite ou la changer ? C’est au niveau du suivi des travaux que tout se résume. Entre la date de transmission d’une alerte et celle de la décision d’intervenir, combien a-t-on perdu d’eau? En effet, ceux qui reçoivent les réclamations ne sont pas toujours preneurs et on nous a régulièrement signalé que des citoyens contactaient une des agences de la Sonede mais qu’ils s’entendaient dire que ce n’est pas leur secteur et qu’ils se doivent de contacter tel autre secteur pour intervenir. Celui qui donne cette réponse est si sûr que le civisme de ce citoyen est assez ancré dans ses agissements pour le pousser à recontacter une autre agence? C’est une façon de balader celui qui a agi par réflexe tout à fait civique et on ne peut plus lui demander. A l’ère de l’informatique, c’est aux services intéressés de faire en sorte que la prise en charge de la fuite soit la plus rapide possible.

D’un tout autre calibre

Et ce n’est pas toujours le cas. Nous avons appris qu’un citoyen n’a pas arrêté durant des mois à signaler un écoulement assez important dans la partie relevant de la Sonede. Il a fini par faire bricoler quelque chose pour éviter l’écroulement de sa clôture.

Ce n’est donc pas un message SMS qui réglera la question. Ce sont des décisions d’un tout autre calibre qui essaieront non pas de contrôler la situation mais de limiter un tant soit peu la dégradation de nos réserves. Les municipalités, toutes les municipalités, avec notamment celles qui veillent aux destinées de villes touristiques, auront fort à faire pour prendre en main la situation. L’été est à nos portes, les piscines privées ou appartenant à ces unités, vont être sollicitées et la consommation atteindra les sommets. Souvenons-nous des conditions que nous avions vécues l’été dernier et même les précédents. En été, les espaces verts doivent être arrosés. On le fait en dépit de tout bon sens en pleine canicule. C’est de la perte sèche et sans effet pour les plantes qui n’auront jamais le temps d’absorber la quantité minimale. Tout cela pour ne pas arroser la nuit et ne pas payer des heures supplémentaires.

Le devenir de toute une population

Le nettoyage des rues devrait être aussi revu au niveau de la programmation. Le lavage des voitures, que ce soit dans les kiosques ou devant chez soi. Les pays qui ont connu la sécheresse ont réussi à tenir le coup et ont imposé, de par la force de la loi, des dispositions impopulaires certes, mais incontournables. Il s’agit du devenir de toute une population, d’un pays qui est bien obligé de choisir entre des voitures rutilantes et des coupures qui privent des villes et villages de l’eau potable. Les campagnes à engager ne se limitent donc pas à des SMS.

Le phénomène est planétaire

La mobilisation, une mobilisation qui mettrait en branle les forces vives du pays, les moyens d’information, les agents municipaux, la police, les scouts et tous ceux qui sont en mesure d’aider à la gestion de cette passe difficile.

Sans complexe aucun, il faudrait voir ce que d’autres pays ont fait dans ces cas extrêmes et adapter nos moyens humains, financiers, logistiques et autres pour, d’abord avancer plus vite et éviter des frottements inutiles et ensuite saisir cette occasion pour instaurer une nouvelle façon de vivre, car il est vraisemblable que les changements climatiques ne sont plus des phénomènes passagers. Le phénomène est planétaire. Il est devenu un problème géopolitique de première importance. On estime, selon les experts, que les deux tiers de la population mondiale pourraient être exposés à des conditions de stress hydrique.

Pour pousser à l’économie, l’augmentation des tarifs de l’eau potable est insuffisante. C’est une mesure que l’on prend en toute naïveté et en toute facilité, pour soi-disant pousser les consommateurs à éviter de dilapider l’eau, mais sa portée est loin d’être durable. Tant que le citoyen n’est pas convaincu de ce qu’il fait, ce genre d’agissements n’est en rien positif.

S’y mettre sérieusement

Celui qui quitte le dépôt pour aller arroser le gazon des ronds points avec une citerne dont l’eau coule parce que le robinet ferme mal et qui arrive avec seulement la moitié de la contenance ne paie pas de facture. Cela lui est égal puisque celui qui est chargé de contrôler le travail laisse faire et ne bouge pas le petit doigt pour faire réparer l’outil de travail mis à sa disposition.

Tout comme celui qui, dans une station de lavage de voitures, sort pour tirer sur un mégot et qui laisse, le temps de se changer les idées, le tuyau enfoncé dans la grille d’évacuation, par paresse et insouciance. L’eau est payée par le patron des lieux, mais à quoi a-t- elle servi ? Ne parlons pas des questions relevant du ministère de l’Agriculture avec le désordre qui règne au niveau des puits illégaux et le chaos qui domine dans l’exploitation de la nappe phréatique. C’est une toute autre histoire que de reprendre en main ce fatras incroyable et de rétablir l’autorité de l’Etat. Ce n’est point un SMS qui fera changer d’avis et convaincre tout ce beau monde qui a bien profité de la confusion générale et lui faire comprendre que « La sécheresse menace notre pays. Économiser l’eau est une garantie pour la vie de nos enfants». Il est donc nécessaire d’aborder ce problème d’une autre manière et de s’y mettre sérieusement. Maintenant que «nous n’avons connu la valeur de l’eau que lorsque le puits est à sec», il est bien temps de prendre cette situation à bras-le- corps et d’agir, sans tapage ni TV, mais en prenant à témoin sa seule conscience. Les prochaines générations ne doivent en aucun cas payer pour la léthargie de ceux qui ont tardé à agir.

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