Tunisie-FMI: Qu’est-ce qui bloque ?

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Le Président de la République appelle à l’activation des mécanismes de réconciliation pénale comme alternative à l’endettement extérieur. Mais cette initiative saura-t-elle sauver la situation économique du pays, d’autant plus que les procédures semblent longues et interminables ?

L’accord entre la Tunisie et le Fonds monétaire international (FMI) fait l’objet d’une grande polémique. La situation est tellement compliquée que des forces étrangères estiment indispensable de signer cet accord afin d’éviter «l’effondrement de la Tunisie».

Livrée à une crise économique sans précédent, la Tunisie fait face à d’innombrables pressions étrangères pour signer cet accord qui traîne depuis plusieurs mois. Si, à un certain moment, nous avons pensé au dénouement, actuellement la situation est marquée par un blocage et la Tunisie risque gros, selon les économistes.

Autant dire que cet accord ne fait pas l’unanimité à l’intérieur du pays. Le Président de la République semble refuser plusieurs engagements dans le cadre de cet accord, dont notamment la question de la privatisation des entreprises publiques et la levée des subventions.

Pourtant, ce sont les engagements présentés par le gouvernement Bouden et sur leur base qu’un accord préliminaire avait été trouvé avant que le FMI ne fasse machine arrière et exige ouvertement de nouvelles conditions.

Entretemps, des forces étrangères maintiennent la pression sur la Tunisie, mais aussi sur le FMI pour «sauver le pays de la faillite et de l’effondrement de son système économique». En effet, l’Union européenne presse un accord entre les deux parties et l’engagement des différentes réformes. «La Tunisie est un partenaire très proche et est un voisin de l’Union européenne, et les développements dans le pays ont un impact immédiat sur l’Europe en termes d’instabilité en Méditerranée», souligne le conseil des Affaires étrangères européen dans un communiqué.

Le Conseil a exprimé «sa volonté constante de soutenir le peuple tunisien, mais souligne l’urgence d’aborder la question de l’Etat de droit et du respect des droits de l’homme dans le pays».

Les chefs de la diplomatie de l’Union européenne ont pressé les autorités tunisiennes à «procéder aux réformes structurelles et à finaliser le programme déjà convenu avec le Fonds monétaire international». Autrement, «le pays risque l’effondrement», selon les Européens.

Plus encore, le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, a alerté sur la nécessité pour la Tunisie de trouver un accord avec le FMI, sans lequel «l’économie du pays pourrait s’effondrer».

Ces propos ressemblent à ceux de Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne, selon lesquels «l’Union européenne s’inquiète de la détérioration de la situation politique et économique en Tunisie et redoute un effondrement du pays». Il avait indiqué que «l’UE redoutait un effondrement de la Tunisie et les conséquences que cela pourrait avoir sur le Vieux continent, en l’occurrence les flux migratoires et une instabilité dans la région».

Aram Belhaj : «Il est peu probable que le FMI signe l’accord de prêt avec la Tunisie»

Début mars, nous avons tous cru au dénouement d’autant plus que les dirigeants de cette institution financière évoquaient un accord imminent et un déblocage de la situation. «Les progrès accomplis par la Tunisie en matière de réformes qui s’inscrivent dans le cadre de l’accord avec le FMI au titre du mécanisme élargi de crédit (Medc), d’un montant d’environ 1,9 milliard de dollars, devraient lui permettre d’encaisser la première tranche du prêt avant la fin du deuxième trimestre 2023», estimait, d’ailleurs, l’Agence de notation financière internationale, Fitch Ratings.

D’après la même source, le programme de financement actualisé devrait permettre à la Tunisie de recevoir plus de 5 milliards de financements extérieurs provenant, essentiellement, de l’Europe et des pays du Golfe. Cette enveloppe constitue environ 65% des besoins de financement du gouvernement en 2023, soit environ 16,9% du PIB.

Cependant, la situation est actuellement marquée par un blocage. Le constat est fait par l’Italie qui confirme la suspension des discussions entre les deux parties. En effet, lors d’un briefing au parlement italien, la présidente du conseil des ministres d’Italie, Giorgia Meloni, est revenue sur la situation en Tunisie. La haute responsable italienne s’est inquiétée de la situation dans notre pays estimant que l’effondrement de la Tunisie exposera l’Italie à de grands problèmes. Elle a affirmé que le Fonds monétaire international a suspendu ses discussions avec la Tunisie chose qui aggraverait davantage la situation. «Nous aurons des problèmes multidimensionnels en cas d’effondrement de la Tunisie», a-t-elle alerté.

Et pour confirmer ce constat, l’expert en économie, Aram Belhaj, a estimé qu’il était peu probable que «le FMI signe l’accord de prêt avec la Tunisie, les jours qui viennent, sauf si les conditions qu’il impose sont respectées».

Belhaj a assuré que le FMI attend «le feu vert» du Président Kaïs Saïed. Il a expliqué que «le discours de Saïed a fait reculer le FMI, qui attend un changement de ce discours et l’acheminement vers le dialogue avec les partenaires sociaux, et la programmation des grandes réformes ».

Kaïs Saïed catégorique

Le Président de la République semble catégorique dans sa démarche et s’oppose à tout accord qui met en péril la souveraineté du pays, mais aussi le rôle social de l’Etat. D’ailleurs, selon ses dires, «il est hors de question de céder les entreprises publiques, de même, toute levée de la subvention est rejetée».

C’est pour cela que Kaïs Saïed appelle à l’activation des mécanismes de réconciliation pénale comme alternative à l’endettement extérieur. Mais cette initiative saura-t-elle sauver la situation économique du pays d’autant plus que les procédures semblent longues et interminables ?

2 Commentaires

  1. Niels Petersen

    24/03/2023 à 21:33

    Saied a fait un choix que tout le monde doit respecter. Par contre, la Tunisie n’aura pas d’aide financière extérieure et devra se débrouiller toute seule en conséquence. Et le prrésident devra assumer sa décision

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  2. Ftouh

    26/03/2023 à 07:50

    Sans aller contredire la pensée du président, nous devrions savoir à qui les entreprises publiques doivent elles être céder et à quel pourcentage…..
    Concernant les produits subventionnés ne faut-il pas trouver un moyen de remplacement pour une certaine catégories sociales, aulieu de se prendre la tête à chaque fois.
    D’un autre côté revoir la maîtrise des prix et la récolte de la transaction qui échappe par millions aux caisses de l’état.

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