La production céréalière face au stress hydrique : Une menace plane sur la sécurité alimentaire

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Le constat est alarmant. La Tunisie connaît l’une des pires années de déficit pluviométrique, ce qui a entraîné l’endommagement d’une bonne partie de la superficie céréalière. Selon l’Utap, « le manque de pluie n’a pas aidé à terminer la germination des céréales, la plupart des zones étant touchées et s’étendent sur quelque 800 000 hectares ».

L’impact de la sécheresse se fait de plus en plus sentir sur l’agriculture et notre pays, comme par ailleurs beaucoup d’autres dans le monde, subit de plein fouet les effets dévastateurs du stress hydrique. L’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (Utap) vient de sonner le tocsin en indiquant que la sécheresse, dans plus de 70% des exploitations céréalières, a endommagé les cultures dans la plupart des gouvernorats du pays. La menace plane  sur la sécurité alimentaire pour la prochaine saison. Et c’est d’ailleurs pour cette raison que plusieurs observateurs ont appelé ces derniers mois à décréter l’état d’urgence  dans le secteur de l’eau.

Une saison catastrophique ?

Le constat est alarmant car, pour cette année, notre pays connaît l’une des pires années  de déficit pluviométrique, ce qui a entraîné l’endommagement d’une bonne partie de la superficie céréalière au début de cette saison. Selon l’Utap, «le manque de pluie de cette année n’a pas aidé à terminer la germination des céréales, la plupart des zones étant touchées et s’étendent sur quelque 800.000 hectares».

Lors d’une intervention radiophonique, le chargé des grandes cultures à l’Utap, Mohamed Rjaïbia, a annoncé qu’en raison de la sécheresse qui sévit, «l’Union s’attend à une saison catastrophique dans certaines régions céréalières dont Béja et Jendouba», ajoutant qu’environ 70% des zones de cultures céréalières sont concernées par la sécheresse  et, conséquemment, la récolte céréalière chutera de 50%, passant de 7,4 millions de quintaux en 2022 à 3,5 millions de quintaux cette année. Ceci sans compter les dégâts importants dans  les gouvernorats du Kef, Siliana,  Zaghouan, Kasserine et Kairouan, et l’impact grave sur l’alimentation des bovins.

La même source explique que le coût de la perte sera très élevé non seulement pour les agriculteurs mais aussi pour les intervenants dans la chaîne alimentaire, et en particulier les secteurs de l’élevage et de la production laitière. Le pays sera ainsi acculé à s’orienter vers l’importation de grandes quantités de céréales.

Toutefois, et vu le contexte mondial marqué par la guerre en Ukraine, l’un des plus grands exportateurs  de céréales dans le monde et la crise économique qui  sévit dans  notre pays sur fond de surendettement et de pourparlers suspendus avec le FMI, la marge de manœuvre reste limitée.

Face à la situation difficile, le Syndicat des agriculteurs de Tunisie a exprimé dans un communiqué publié ce lundi sa préoccupation. Il  réclame l’accélération de la mise en place d’un mécanisme de soutien et l’activation du versement des indemnisations du Fonds des catastrophes naturelles.

Il a aussi appelé le gouvernement à activer les programmes de recherche de sources d’eaux alternatives et de cultures adaptées à la sécheresse. 

Selon la même source, le taux de remplissage des barrages n’a pas dépassé au total 28,9%, d’où l’impact direct sur l’eau potable et l’eau d’irrigation et la baisse notable des zones couvertes par tous les produits agricoles, en particulier les fruits et légumes pour cet été.

Quid des solutions ?

Le niveau de remplissage des barrages étant au plus bas en raison de la succession des années de sécheresse, il y a lieu donc de s’inquiéter pour la prochaine saison d’autant plus que les possibilités d’action sont limitées et que notre pays importe environ 70% de ses besoins en céréales. «Ce taux pourrait passer à 75% dans les prochaines années avec la poursuite de la sécheresse» selon une note publiée en avril 2022 par l’Observatoire national de l’agriculture (Onagri) qui a toujours insisté dans ses études sur «la nécessité de préparer un plan sérieux de mobilisation future, qu’il s’agisse de contrôler l’eau de la gonorrhée ou de la stocker dans des barrages ou dans les nappes souterraines pour reconstituer ses réserves en prévision d’années de surexploitation et de sécheresse».

Comment éviter, alors, une crise des stocks de blé en relation avec la sécheresse et la guerre en Ukraine qui a conduit à l’augmentation des prix des céréales ? D’après Mohamed Rjaïbia, «les autorités de tutelle doivent gérer de façon appropriée les quantités qui seront recueillies afin de produire des semences pour la prochaine saison ». 

Pour sa part, l’Union de l’agriculture et de la pêche œuvre pour la réalisation d’un inventaire complet des zones concernées par la sécheresse en vue d’annoncer officiellement les dommages, d’engager des procédures liées au rééchelonnement des prêts aux agriculteurs et d’obtenir l’indemnisation nécessaire du Fonds des catastrophes naturelles.

A rappeler que face à  la flambée des prix des céréales, il a été question de renforcer la souveraineté de la Tunisie et d’atteindre l’autosuffisance en blé dur à partir de 2023 avec une production estimée à  12 millions de quintaux.

Le plan comporte l’augmentation des superficies consacrées à la production de blé dur d’environ 30% ainsi que des  capacités de stockage. Un pari difficile mais pas impossible.

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