DOCOMOMO-Tunisie : Il faut sauver El Menzah

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On avait, depuis longtemps, et avec un certain succès, entrepris des campagnes de sauvegarde de la Médina. La municipalité de Tunis et la jadis très active ASM s’y étaient engagées, suivies d’initiatives privées qui reprirent le flambeau et ont fait de la Cité antique un lieu attractif tant au niveau culturel que touristique.

Puis des initiatives, timides d’abord, puis de plus en plus fédératives s’intéressèrent à la ville européenne, aux témoignages d’arabisance ou d’art déco. Des galeries, des ateliers d’artistes, offrirent une visibilité à ces quartiers oubliés.

Mais jusqu’à il y a peu, le mouvement architectural moderne était plus ou moins négligé. Il y eut bien une levée de bouclier quand on parla de détruire l’hôtel du Lac, mais pas davantage.

Aujourd’hui, à El Menzah, une maison d’architecte, représentative du Mouvement de l’architecture moderne, a été saccagée, provoquant une vague de réactions et de protestations.

Ce qu’il faut savoir, c’est que c’est durant l’après- guerre, quand il s’est agi de reconstruire et de bâtir la Tunisie moderne, que le Mouvement moderne a été le plus prolifique. Production qui se poursuivra jusqu’aux années 70, et qui déclinera une multitude d’expressions allant du régionalisme abstrait au style international puriste, ou au brutalisme. Ce legs du passé, cette architecture moderne, conforme à une tendance internationale, avec, cependant, une spécificité tunisienne singulière, a souvent été ignorée, non reconnue, et est aujourd’hui fortement menacée.

La triste démolition de la maison conçue par l’architecte Cyrille Levandowsky en 1952 a été le détonateur pour rappeler l’urgence de la préservation de ce patrimoine récent.

C’est pour cela qu’a été créé Docomomo-Tunisie—Documentation et conservation des édifices et sites du mouvement moderne—association animée par des architectes qui œuvrent pour la valorisation et la protection de l’architecture, de l’urbanisme et des paysages du XXe siècle en Tunisie.

Puisque c’est à El Menzah, anciennement appelé Crémieuxville, et construit entre 1945 et 1953, première opération pilote de quartier péri-urbain, qu’a eu lieu cette triste démolition, c’est là qu’allait se faire la première opération d’information et de sensibilisation.

Le collectif d’architectes qui anime Docomomo découvrit, au cours de visites du quartier, une villa emblématique: la villa Frida, prototype de villa duplex conçu par Jason Kyriacopoulos et Simon Taïeb dès 1960 pour le compte de la Snit. Cette demeure, fort heureusement conservée par son propriétaire, est aujourd’hui une résidence d’artistes appelée Mouhit, et accueillera symboliquement la journée de sensibilisation «El Menzah 1945-1970» le samedi 10 juin prochain.

Au programme de cette journée qui sera riche en événements : une exposition de documents graphiques et de maquettes, une exposition d’artistes-peintres, de photographes et d’illustrateurs, des conférences et des débats.

Une magnifique occasion pour les habitants de ce quartier, mais aussi pour les autres, de mieux connaître El Menzah.

Un commentaire

  1. Ftouh

    04/06/2023 à 09:11

    Notre histoire et notre patrimoine fou le camp par manque d’intérêt de l’ensemble des responsables de l’état et des collectivités locales.
    Malgré certains projets réalisés dans la vieille ville de Tunis beaucoup reste à faire.
    Le manque de propriété, et l’entretien de certaines bâtisses qui risquent de s’écrouler du jour au lendemain.
    La Tunisie ne manque pas de cite datant de l’époque carthaginoise romaine ou tout autres époques à mettre en valeur quand ces derniers ne sont pillés par des trafiquants de tous genres.
    A chaque citoyens de sauver son pays et son histoire, nous avons tous beaucoup à faire….

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