WTA — Ons Jabeur dans un moment fatidique: Les bons choix enfin ?

10,280

Après avoir connu l’apogée de sa performance en 2022, et après avoir connu une baisse de régime en 2023, la Tunisienne n’a que deux voies : s’enliser ou se révolter et bien monnayer son talent.


«C’est la défaite la plus douloureuse de ma carrière». C’est avec cette phrase amère pour nous tous que Ons Jabeur a commenté sa sévère défaite à Wimbledon face à Vandrousova. Parce qu’après avoir maté Rybakina et Sabalenka (une victoire digne d’un titre!), Ons Jabeur a fait le plus dur, le plus compliqué avant de tomber dans ses travers en finale. Et cette phrase allait se confirmer à la tournée américaine avec des résultats moyens et une chute vertigineuse. Avec surtout cette blessure et puis cette méchante bronchite à l’US Open qui l’a tant handicapée. A San Diego et à Guadalajara, Ons était loin de ce qu’on attendait. Méconnaissable, fatiguée et pas dans son élément, elle s’est contentée d’une apparition timide, laissant filer beaucoup de points.

Qu’est-ce qui n’a pas marché ?

Qui peut douter ou contester la valeur intrinsèque de Ons Jabeur et l’énorme exploit qu’elle a accompli en atteignant les sommets? Personne. La saison 2022 l’a vue atteindre le pic de la forme avec deux finales de grand Chelem et un  titre à Madrid. En 2023, et hormis le tournoi Charleston, Ons n’a pas évolué sur la même courbe de forme. Son jeu connu de ses adversaires, son service a terriblement faibli et surtout cette précarité physique avec des blessures à répétition et une «mauvaise» programmation (elle devait sacrifier quelques tournois pour conserver sa fraîcheur et pour ménager ses forces), il était normal que les résultats ne suivent plus. Et quand elle a repris ses sensations et livré son meilleur tennis en 2023 à Wimbledon, elle a, en toute surprise, calé le jour de la finale laissant filer un titre qui lui tendait les bras.

En tennis féminin, l’intervalle de «haute performance» (c’est-à-dire le Top 10) tend à diminuer. Ce n’est plus les temps de Serena Williams ou Barty qui dominaient pour de longues années. Le Top 10 change assez vite avec des hauts et des bas. Notre Ons a eu trois finales de grand Chelem qu’elle a perdues en une année ! C’est trop pour une joueuse douée et courageuse, mais qui, comme tout être humain, a des limites. Quand on se sent fort, quand on voit qu’on joue un tennis splendide et assez varié (c’est cette variété qui a fait de Ons ce qu’elle est devenue), perdre et caler à chaque fois finissent par laisser des traces difficiles à surpasser.

Ons est une grande joueuse, mais elle a aussi des faiblesses et des limites qu’elle n’a pas soignées. Courageuse et résiliente oui (ses matches à l’US Open alors qu’elle était malade), mais aussi nerveuse et assez émotive quand son tennis ne répond pas, et le fait de rater ce fameux «grand Chelem» l’a marquée profondément. Pis, ça l’a amenée à jouer mal et non pas sur sa vraie valeur.

Staff, physique et stratégie de jeu

Le tennis de haut niveau est quelque chose «d’éreintant». Ceux qui attaquent ou minimisent ce que Ons a fait depuis 2021 sont profanes ou malintentionnés. Sauf que la Tunisienne a besoin, en ce moment fatidique de sa carrière, d’avoir un petit recul pour décider de son avenir. Pour reprendre un chemin rayonnant et éviter cette descente au classement WTA, elle doit, en premier lieu, réfléchir et voir ce qui doit être fait. Ons n’est pas une joueuse finie, elle a encore beaucoup à vivre. Mais elle doit se reposer, se maintenir en état de forme et éviter de renouer avec cette cascade de blessures.

Changer de staff ? En tennis, c’est le joueur qui le décide. C’est une question de «feeling» et de confiance. Sauf que pour le cas de Ons, elle a besoin sûrement d’un autre point de vue technique, d’un œil d’expert qui peut lui corriger ses imperfections (notamment le service et le nombre élevé de fautes directes quand son physique ne répond pas). C’est à elle de décider si elle veut rester ou non au gotha des meilleures. Quelque chose devra changer, parce que c’est une joueuse au potentiel inouï.

Laisser un commentaire