Cahiers compensés: Traiter le problème à la racine

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On a annoncé que, pour faire face à la demande insatisfaite en matière de cahiers à base de papier compensé, l’on a injecté quatre millions d’unités sur le marché. Très bien, mais pourquoi pas dix, huit, trois ou deux millions ?

Nous continuons à agir loin de tout bon sens et nous devons absolument essayer d’aller au fond du problème pour trouver des solutions en prévision des prochaines années.


Comment se présente le problème du papier compensé qui sert pour la confection des cahiers et pour les manuels scolaires ? Ce papier est, en majeure partie, fourni par l’usine de fabrication qui se trouve à Kasserine. Elle est la seule à en produire. Et lorsqu’elle s’arrête, tout est bloqué. Que devrait-on faire dans ce cas ? Certainement ne pas pleurer sur les ruines de notre manque de prévoyance.

Un produit stratégique

Mais tout simplement agrandir cette unité de production ou lancer une autre pour éviter que nous soyons en rupture de stock. Que l’Etat le fasse s’il veut garder la main sur ce produit, ou qu’il encourage les privés à le faire. C’est son affaire, mais cela urge. En tout état de cause, une remise à niveau de l’usine existante serait aussi bien appropriée qu’urgente. En attendant la décision de mise en place des moyens pratiques pour renflouer la production, il n’y a rien de génial à imaginer et seule la lenteur de prise de décision et d’exécution est responsable de ce qui se répète à chaque rentrée scolaire. Avec une production suffisante, il est possible de réduire l’importation du papier qui, sur le marché international, coûte de plus en plus cher.

De toutes les façons, il nous semble que cette affaire de papier est pour ainsi dire stratégique. Garder la main sur une source de production d’un produit de première importance n’est pas une mauvaise idée, mais il faudrait avoir une direction active, rigoureuse et qui suive le cours du temps, en ayant une gestion prospective, rigoureuse et moderne. L’Etat n’a pas à colmater les brèches qu’occasionnerait une éventuelle mauvaise gestion.

Un choix difficile, car les conséquences de l’abandon du secteur stratégique comme le lait par exemple aux seuls privés a laissé des traces. Les unités de production qui ont pris la suite galopent à bride abattue. Ils en ont fait un moyen de pression politique et des dérivés du lait des produits de luxe. Il y a sans doute des gamins qui n’en ont jamais goûté.

Deuxième problème, pour revenir à cette affaire de cahiers compensés, la révision du matériel de production qui ne devait jamais être effectuée aux dépens de l’arrêt de l’usine. C’est d’ailleurs l’aspect positif de posséder de quoi s’éviter d’être sous la menace que constitue l’existence d’une seule source d’approvisionnement.

Le choix de la période de révision

Nous le constatons à chaque fois qu’il y a une panne ou que l’on doit procéder à ces révisions. Nous ne posons pas la question à propos du miracle que constitue le choix d’une période de révision en pleine campagne et au moment où on devrait au contraire renforcer la production…

Le bon sens dicterait d’opter pour les périodes les plus propices à l’effet d’éviter la rupture des stocks. Est-ce au prix de nouveaux investissements? C’est possible, mais il faudrait, dans ce cas, trouver le moyen de le faire pour ne plus revivre ces semaines difficiles qui se répètent à chaque rentrée.

Reste le moyen de réduire la consommation de ce papier compensé. Là, il est nécessaire d’unifier les efforts et de prendre en compte la situation du pays et des familles qui ont recours à ces cahiers compensés.

Nous avons demandé à un libraire l’autorisation d’observer et de noter les montants à payer par la clientèle. Nous y avons renoncé au bout d’une demi-heure. Les totaux étaient horribles, surtout que, faute de cahiers compensés, les parents se résignent à acheter ceux qui reviennent beaucoup plus cher. A signaler que les «recommandations» d’éviter ce qui est superflu, sinon ce dont on peut se passer sont tombées dans l’oreille d’un sourd. A croire que certains de ceux qui les demandent n’ont pas d’enfants ou acquièrent gratuitement les fournitures de leurs progénitures.

Une liste officielle

Les établissements scolaires devraient remettre à chaque élève la liste des manuels et des fournitures dont l’élève a besoin. Un point c’est tout! Les parents, pour ne pas être pris de court, ont tendance à devancer les demandes et de se présenter dans les librairies avant la rentrée pour acheter des lots de cahiers dépassant de loin, ce dont leurs enfants ont besoin. C’est une charge pour eux et une entame de pénurie qui dérègle complètement le marché.

Avec une liste officielle, il n’y a plus moyen de le faire et les libraires ne seront pas exposés à des «refus de vente» ou à des situations difficiles à résoudre. Indiquer le nombre et le type de cahiers, les couleurs des stylos, des protège-cahiers et de tout ce dont a besoin l’enseignant pour encadrer efficacement ses élèves n’a rien de génial.

Mais laisser libre cours pour demander souvent des choses qui coûtent cher et que l’on n’utilisera qu’à moitié est de la perte d’argent pour des personnes qui, souvent, font la manche pour payer les montants exorbitants des listes des fournitures exigées.

Aider les familles

Il devient possible pour les responsables de calculer, avec une marge d’écart raisonnable, ce dont nous avons besoin. Ces injections de cahiers par millions servent les intérêts des spéculateurs. Les services de contrôle font un très bon travail, débusquent des contrevenants. Mais en ayant une liste à arrêter avec l’accord des enseignants cela aiderait les familles et mettrait un terme à ces envolées lyriques qui marquent toutes les rentrées, au grand désespoir de ceux qui passent à la caisse. Nous avons vu de nos propres yeux des personnes sortir des boîtes métalliques, des bourses de fortune, ou des sachets pour en extraire des pièces pour payer. Inutile de préciser comment se sont-elles procuré toute cette monnaie… Et lorsque nous voyons en fin d’année scolaire tous ces cahiers au tiers inutilisés déchirés et jetés à même la chaussée, cela veut tout dire.

Un vieil enseignant nous a affirmé : «De mon temps, l’histoire et la géographie, par exemple, étaient dans un même cahier. Lorsque je suis devenu enseignant je l’ai appliqué pour mes élèves. Un cahier de 48 ou de 72 pages suffit largement». Au niveau des livres, il faudrait essayer de réduire au maximum les manuels à trous que les élèves remplissent au stylo et rendent définitivement réutilisables. C’est également une perte d’argent et de papier à moins d’utiliser un support spécial sur lequel l’écriture est effaçable. Cela coûtera un peu plus cher, mais réduira les besoins en papier et en argent et est économique. On le fait à l’étranger où l’on trouve des exercices sur ce genre de supports.

On pourra, dès lors, passer livres et cahiers d’exercices au frangin l’année d’après, tout en sachant que «le fait de réécrire un exercice est toujours profitable pour un élève», nous a précisé cet enseignant.

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