Aquaculture en Tunisie : Le poisson dans tous ses états

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Une visite au marché central de Tunis, un dimanche, nous a donné une idée de ce que représente le poisson pour les Tunisiens qui en sont friands. Restent les prix qui rebutent plus d’un.

Le 13 décembre dernier, l’Institut tunisien des études stratégiques (Ites) avait préconisé, au niveau de l’orientation générale,  la nécessité d’explorer toute  l’opportunité qu’offre le domaine maritime qui est une source de croissance économique.

Un spécialiste en la matière a bien voulu nous préciser  que «le littoral tunisien s’étend sur près de 1.570 km. Si l’on y ajoute les îles, îlots, ports et autres, ce linéaire avoisinerait les 2.300 km et plus de 96 mille km2 d’espaces maritimes.

Augmentation sensible

La Tunisie dispose d’atouts extrêmement importants, en termes de «patrimoine naturel marin» et de ressources marines vivantes et non vivantes pouvant, en cas d’exploitation efficace, permettre au pays de renforcer ses capacités de développement».

Une visite au marché central de Tunis, un dimanche, nous a donné une idée de ce que représente le poisson pour les Tunisiens qui en sont friands. Restent les prix qui rebutent plus d’un. Certains, faute de moyens, achètent par pièce pour satisfaire leur envie. C’est ainsi.

La qualité, comparativement aux prix (il manque beaucoup d’étiquettes !), le type de poisson qu’on propose, la fraîcheur de ce qu’il y a sous la première couche de laquelle le poissonnier, doigts lestes et agiles, tire  quelques unités qui ont vécu une meilleure fraîcheur, sont des éléments qui demandent bien des précisions. Comme le poisson congelé qu’on omet de le préciser et que l’on vend au prix du frais. Ou encore du poisson d’eau douce exposé dans la catégorie du… mérou. D’autres portent des noms dont on n’a jamais entendu parler, auxquels on accole le nom d’une région. Vrai ou faux, c’est aux responsables des lieux de veiller au bon ordre des choses.

Pour avoir quelques indications, il fallait en demander au vétérinaire de service ou au responsable du marché. Les bureaux étaient vides. Un gardien nous avait précisé «qu’ils effectuaient une tournée d’inspection». De guerre lasse, nous avons abandonné.

Un jeune poissonnier, l’air dégourdi, a bien voulu nous confier que « la Tunisie exporte beaucoup de poissons. Il y a des pays qui achètent à l’avance notre production, quelle que soit sa qualité. N’était l’élevage, le poisson aurait atteint des seuils inacceptables».

Ils sont bien au courant ces jeunes et ils n’ont pas essayé de nous fourguer les jérémiades habituelles des aliments et des intrants. Et c’est bien vrai.

Certes, il y a des augmentations de prix qui ont anormalement progressé, après les histoires du Covid-19 qui a tout ralenti, mais pour un produit tunisien, c’était trop brusque et cela a considérablement réduit la quantité vendue.

Un substitut idéal

Le Tunisien, d‘après les statistiques, consomme près d’une douzaine de kilos/an en moyenne. Cela dépend des lieux bien entendu. A Kerkennah, dans certaines villes côtières où la production est assez importante, cette moyenne augmente. Bien entendu, elle n’atteint pas la moyenne mondiale qui tourne autour d’une soixantaine de kilogrammes avec des pointes pour les Japonais (35 kg) et les Sud-coréens (55 kg).

Considérant l’augmentation des prix des viandes rouges et accessoirement des viandes blanches qui enregistrent de temps à autre des virées surprises vers le haut, le poisson pourrait alléger le coût du  panier des consommateurs. Cholestérol en moins et protéines, calcium, acides aminés vitamines A, B, D…, zinc, autres minéraux, etc. C’est un  substitut tout trouvé pour allier apport utile et coût moindre. A condition, bien entendu,  d’en produire plus.

Indépendamment du fait que le poisson, source primaire de protéines, peut être d’un apport certain pour rapporter des devises étrangères dont le pays a besoin. D’après les derniers chiffres, les exportations se sont hissées à 22,5 mille tonnes, pour une valeur de 497 MD, à fin août 2023, alors que les espèces les plus prisées à l’étranger sont les poissons (9,7 mille tonnes), les crustacés (6 mille tonnes), les conserves et les semi-conserves (5.000 tonnes).

Doubler la production

Autre avantage, la sécheresse n’a pas de prise, pour le moment. Les changements climatiques, qui semblent s’acharner sur toute la planète, même si, à la longue, cela finira par agir sur la température de l’eau de mer, en précipitant la fonte des glaciers et  en provoquant des phénomènes assez conséquents. Pour ce qui nous intéresse, les espaces où l’on pourrait élever du poisson sont là et il suffit de s’y mettre.

D’après le jeune poissonnier qui  travaillait dans un centre d’aquaculture et qui s’est converti en vendeur de poissons pour exploiter l’autorisation ou la location de l’étal laissé par son père décédé, «nous pouvons doubler la production actuelle». Et de poursuivre, «la Tunisie est capable de doubler sa production aquacole d’ici les deux prochaines années, si elle parvient à lever les obstacles entravant le développement de ce secteur».

L’infrastructure est là

L’aquaculture en Tunisie est une activité très ancienne qui remonte à l’époque romaine, comme l’attestent les mosaïques exposées au musée du Bardo. L’expérience tunisienne dans ce domaine remonte aux années 1960. Initiée par le secteur privé, elle a débuté avec l’élevage de la moule méditerranéenne, de   l’huître sur tables fixes à Bizerte.

Les installations ont été transférées à l’Office national des pêches (ONP) qui a continué ces activités et a commencé la construction d’étangs dans les lagunes de Monastir et de Tunis et a débuté conjointement avec l’Instop (Institut national scientifique et technique d’océanographie et de pêche, Instm actuellement), l’alevinage de certaines retenues de barrage par les alevins de diverses espèces et leur exploitation par la pêche (carpe commune, mulet à grosse tête, mulet, etc).

A partir de 2003, une nouvelle activité aquacole a vu le jour, avec  l’adoption de nouvelles techniques d’élevage.  L’expansion de l’élevage en cages flottantes et submersibles du loup et de la dorade.

Alevins et aliments se font principalement par importation de l’étranger (France, Italie…). C’est là où nous devrions effectuer des recherches pour alléger les charges et agir sur les prix.

La Tunisie ne manque pas de talents

Une start-up tunisienne «AquaDeep» vient de remporter le prix de l’innovation dans la recherche aquacole de la FAO et la Cgpm. Un prix de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et de la Commission générale de la pêche en Méditerranée (Cgpm) qui récompense l’innovation régionale dans le domaine de la pêche et de l’aquaculture. «La start-up tunisienne a développé un système de comptage des larves et de suivi des populations d’élevage du jour zéro jusqu’à la fin de leur cycle de production».

De ce fait et considérant des éléments extrêmement positifs qui ont été mis en relief par bien des responsables depuis un bon bout de temps déjà, la production de poissons est en mesure de doubler et de couvrir très avantageusement les besoins de la consommation locale et d’accroître les quantités destinées à l’exportation. Deux alternatives qui intéressent particulièrement un pays qui veut « compter sur ses propres moyens » pour sortir du marasme économique qu’il connaît et qui bloque bien des rouages.

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