Abdelaziz Meherzi, metteur en scène de «Sayda Manoubya», à La Presse : «J’ai voulu donner à cette grande dame sa vraie valeur»

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Abdelaziz Meherzi vient de présenter sa nouvelle création «Sayda Manoubya» en ouverture de la Semaine du théâtre municipal. Son pari n’était pas facile face à la richesse et la complexité d’un tel personnage. Entretien.

Pourquoi le choix de Sayda Manoubya pour le théâtre ?

En lisant le livre de Mohamed Bouamoud, j’ai découvert une grande dame ! J’ai découvert une Sayda Manoubya différente de celle que j’ai connue dans les récits populaires. J’ai découvert une icône qui a combattu et fait face à une société patriarcale en menant sa propre révolte. C’est aussi une femme soufie dans le bon sens du terme. Et même si elle avait des dons de guérisseuse, elle a refusé de faire l’intermédiaire entre le destin des créatures et le Dieu créateur. Elle refusait même l’autoritarisme du pouvoir, ce qui lui a valu des tortures et des tentatives d’assassinat. J’ai été vraiment fasciné par ce personnage et j’ai voulu lui rendre hommage dans le cadre de cette Semaine du théâtre municipal. C’est aussi une dame qui a été parrainée par Sidi Belhassen Chedhly qui lui a donné le statut d’imam et elle était la première femme à conduire la prière des hommes.

Vous avez également évité dans la mise en scène la présence du côté folklorique, notamment avec les «bendirs» et l’aspect Hadhra…

C’est justement pour donner à cette grande dame sa vraie valeur humaine et spirituelle et ne pas l’emprisonner dans le côté folklorique. Autrement, le spectateur va s’attacher à ce côté visuel et sonore et se détourner de la profondeur du personnage. Je n’ai pas voulu effectuer une mise en scène commerciale.

Pourquoi avez-vous évité une mise en scène commerciale ?

Après une expérience de 50 ans, et à mon âge je ne cherche pas l’appât du gain ! J’ai voulu participer ne serait-ce que d’une once à lui donner sa vraie valeur.

Vous estimez que vous avez tout dit sur Sayda Manoubya dans ce spectacle ?

Pas du tout ! Ce n’est qu’une partie au fait, sinon la pièce risque d’être interminable mais Sayda Manoubya mérite mieux. C’est pour cela d’ailleurs que je l’ai proposée sous forme de feuilleton à la télévision tunisienne l’année dernière pour le mois de Ramadan mais le projet n’a pas été malheureusement accepté.

Dans le choix de vos dialogues on a cru comprendre que c’est aussi une pièce qui dénonce la violence faite aux femmes

Absolument ! C’est un choix que j’assume parce que je suis engagé dans ce combat. La pièce décrit aussi une femme jetée en pâture à une société qui ne pardonne rien.

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