Fraude au baccalauréat: Un phénomène qui s’amplifie

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Le phénomène de fraude aux examens de baccalauréat revient chaque année sur le devant de la scène éducative. Plusieurs cas de tricherie ont été signalés au cours de la première session de ce concours national. Malheureusement, la fraude a tendance de se propager malgré les mesures prises par le ministère de l’Education et les campagnes de sensibilisation. Chaque année ce climat de méfiance et de suspicion généralisé est source de stress pour les enseignants et les candidats. Il domine les débats pour mieux comprendre les causes de cette pratique illégale.

Le taux réel des fraudes ne peut pas être connu, puisque les élèves utilisent des équipements de plus en plus sophistiqués et moins détectables. Ainsi, avec l’évolution des technologies, les subterfuges lors des examens ont aussi changé. On est, donc, loin des pratiques traditionnelles, en utilisant des bouts de papier. Aujourd’hui, la pratique de la fraude est florissante, regroupant les équipements technologiques sophistiqués (kits, oreillettes, mini-caméras, mini-micro…) et des réseaux se sont constitués pour assurer les informations aux fraudeurs.

Mieux comprendre le phénomène

La question qui se pose : pourquoi les élèves trichent-ils bien que la sanction soit très lourde et dissuasive ? Pour comprendre le phénomène, nous avons fait appel à M. Safwen Trabelsi, un sociologue. « Ces dernières années, la société tunisienne a subi beaucoup de mutations. Malheureusement, ce changement a bouleversé nos valeurs. Il s’agit d’une dévalorisation totale. Et cette déviation a touché notre système éducatif. Les cas de fraude se sont multipliés. Et même des enseignants sont impliqués. Chez certaines personnes, tous les moyens sont tolérés pour atteindre leur objectif. Réussir son baccalauréat est le but à atteindre quels que soient les moyens. Cette culture est très répandue dans la société tunisienne. Elle mène à ces dérives », explique le sociologue.

Dans son intervention sur les ondes d’une radio privée, Mme Salwa Abbassi, ministre de l’Education, a indiqué : «Tous les gouvernorats du pays sont désormais concernés et cela devrait nous alerter (…) Nous avons besoin de la coopération des sociologues pour lire les chiffres, contrer ce phénomène et mener la bataille pour sauver le secteur éducatif et le développer… Les enseignants impliqués dans ce trafic sont une honte pour le secteur et ceux qui utilisent les réseaux pour la fraude auront à répondre de leurs actes et à assumer leurs responsabilités. Il nous est arrivé de trouver la copie d’un élève dans le sac d’une enseignante, afin de l’échanger par une copie qu’elle aurait préparée. Ce sont des cas rares mais ils existent, nous y consacrons la plus grande attention et les traiterons avec la plus grande sévérité ».

En opposition avec les normes du système éducatif, plusieurs facteurs poussent certains élèves à pratiquer la fraude, notamment à cause de la mauvaise gestion du temps au cours de l’année scolaire, le niveau modeste de l’élève et la crainte de l’échec surtout qu’il s’agit d’un examen national.  Dès le début de l’année scolaire, les élèves se battent pour avoir les meilleures notes possibles au cours de l’examen de baccalauréat, sauf que certains qui ont raté leur année scolaire optent pour la tricherie. « Un autre facteur est à signaler. Il s’agit notamment de la pression exercée par les parents. Certains parents vivent très mal l’échec et n’acceptent pas la défaite. Ils veulent à tout prix que leur enfant réussisse, qu’il soit brillant ou moyen. Ce stress quotidien exercé par les parents pousse certains élèves à recourir à la fraude. Donc, il faut penser à traiter ce comportement et faire comprendre aux parents la limite entre encouragement et pression », confirme notre interlocuteur.

Un problème, plutôt qu’une solution

La fraude est en fait une solution illégale qui se traduit par l’idée que tous les coups sont permis quel que soit le résultat. Une solution qui n’est pas liée seulement aux élèves du baccalauréat. Plusieurs cas de fraude ont été signalés au cours des concours nationaux comme dans celui de magistrature. Donc, contrôler et surveiller les élèves pendant les examens pour réduire le nombre des fraudeurs peut être une solution mais elle reste très limitée en termes de résultats, puisque chaque année de nouvelles techniques de tricherie sont inventées. Le grand travail doit être effectué à l’école dès les premières années de scolarité. Le ministère de l’Education doit se concentrer sur la motivation des élèves et comment améliorer les méthodes d’apprentissage.

«Dès son jeune âge, l’enfant doit comprendre que la tricherie est immorale. Il doit saisir que l’apprentissage est plus important que le résultat. De même, la première tentative de tricherie doit être prise en considération. L’élève doit être encadré et soutenu pour ne pas avoir recours à cette pratique déviante», mentionne le sociologue. «D’autre part, le ministère doit penser sérieusement à améliorer les compétences du cadre enseignant. En l’absence de volonté d’exercer le métier d’enseignant chez ceux dont la formation initiale n’est pas adaptée à ce métier, le défaut d’une formation académique et professionnelle adéquate, le niveau de l’enseignement baisse et les résultats scolaires font défaut. Ce climat pousse l’élève à pratiquer la fraude», conclut notre interlocuteur.

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