Politique monétaire: «La croissance économique est l’objectif invisible de la BCT»

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Lors de la 21e édition du «Tunisie Investment Forum», le gouverneur de la Banque centrale, Fethi Zouhair Nouri, a souligné l’importance de la stabilité des prix et du taux de change pour la compétitivité économique de la Tunisie. Il a mis en avant les défis de l’inflation et les efforts de la BCT pour maintenir la confiance des investisseurs, tout en insistant sur le rôle crucial de l’investissement pour la croissance économique et la rétention des compétences tunisiennes.

Intervenant lors du panel «accélérer l’investissement étranger en Tunisie : réformes et opportunités», qui s’est tenu à l’occasion de la 21e édition du «Tunisia Investment Forum», le gouverneur de la Banque centrale, Fethi Zouhair Nouri, est revenu sur la politique monétaire menée par la BCT.

Il a, en somme, expliqué qu’en préservant la stabilité des prix et du taux de change, les banques centrales contribuent à assurer la compétitivité de l’économie par le prix. «Pour aller sur le marché international ou sur le marché local, il faut être compétitif. Et pour ce faire, on utilise la compétitivité de prix qui consiste en la maîtrise de l’inflation et du taux de change. C’est désormais chose faite en Tunisie actuellement», a-t-il affirmé, soulignant que l’objectif invisible de la Banque centrale est la croissance économique.

Deux épisodes difficiles avec une forte inflation

Il a rappelé, dans ce sens, qu’une inflation faible et stable renforce la confiance des investisseurs dans la prise de décision de l’investissement, contrairement à une inflation élevée qui nécessite un taux d’intérêt élevé et, donc, encourage les placements spéculatifs beaucoup plus que les investissements productifs.

Nouri a, par ailleurs, affirmé qu’au cours de la dernière décennie, l’économie tunisienne a été confrontée à deux épisodes difficiles avec une forte inflation : le premier en 2017, lorsque la lutte contre l’inflation a nécessité le recours à des instruments lourds (la baisse de 350 points de base le taux d’intérêt, mais aussi le ratio loan-to-deposit). Et la seconde période, beaucoup moins difficile, affirme-t-il, est celle qu’on connaît aujourd’hui, et qui se caractérise par la prévalence de l’inflation de l’offre. Cette inflation est une conséquence de la guerre qui s’est déclenchée en Ukraine ayant entraîné la hausse des prix de l’énergie, des engrais chimiques, etc. Cependant, elle résiste encore, entre autres, parce qu’elle était, selon ses dires, imprévisible et donc les autorités n’y étaient pas assez préparées.

La bonne nouvelle, c’est que cette inflation est inscrite sur une trajectoire en baisse marquant ainsi une période de désinflation. «C’est une baisse lente. Mais ça m’ennuie, en tant que gouverneur de la Banque centrale, même si elle est en baisse, même si on était à 10,4% et qu’on est à 7,2%. J’espère qu’elle va continuer à baisser parce qu’on continue à lutter contre l’inflation. C’est une baisse lente, mais c’est un bon résultat. Quand je la compare à ce qu’il se passe à l’échelle internationale, je vois qu’on est sur la même tendance», a-t-il affirmé, précisant que «le dernier kilomètre est toujours difficile».

«L’ancrage des anticipations»

Et le gouverneur de la BCT d’ajouter : «Nous sommes actuellement sur ce trajet-là, nous sommes en train de fournir des efforts pour éviter une dérive inflationniste parce que l’inflation est encore persistante. Si elle s’installe dans la durée et prend racine dans l’économie, cela provoque ce qu’on appelle le désencrage». Commentant le message adressé par le président de l’Utica Samir Majoul à l’occasion de l’ouverture du forum «TIF 2024» dans lequel il a affirmé sa confiance en la politique monétaire de la BCT, Nouri s’est félicité de ce qu’il a appelé «l’ancrage des anticipations».

Mettant l’accent sur l’investissement en tant que moteur de croissance, le gouverneur de la BCT a affirmé que l’Etat tunisien a toujours accordé de l’importance à cet agrégat économique qui est une composante fondamentale de la demande effective, tout en précisant que face aux difficultés auxquelles est confrontée l’économie tunisienne, il y a «des idées et de l’ambition». Il a, en outre, indiqué que baisser encore de deux points le niveau de l’inflation est un arbitrage difficile affirmant dans le même contexte que la BCT tiendra compte de la situation du pays. «La Banque centrale est indépendante, mais elle est à l’écoute des besoins du pays, du gouvernement et des investisseurs privés», a-t-il précisé. D’ailleurs, l’inflation sous-jacente qui est passée de 9,6% à 7,3% témoigne, selon ses dires de l’efficacité de la politique monétaire de la BCT qui a, également permis de réduire le déficit courant à près de 2,6% pour toute l’année, contre 8,7% une année auparavant.

Quant aux réserves de change, elles se portent bien, selon ses dires, permettant au pays de disposer «d’un petit coussin lui permettant de faire face aux difficultés futures». Nouri a conclu son intervention, en mettant en exergue l’importance de l’investissement dont la Tunisie a besoin non seulement pour renouer avec la croissance, mais aussi pour retenir les compétences qui sont en train de quitter le pays.

«Il faut investir en Tunisie. Actuellement notre seul avantage comparatif, ce sont nos compétences qui sont en train de guider la Tunisie, et qui ont guidé la Tunisie. Il faut investir en Tunisie. Il faut choisir de bons projets et toutes les opportunités. Nous avons l’intelligence, nous avons cette main-d’œuvre qualifiée qu’on n’avait pas dans les années 70 et 80. Avant, les investisseurs venaient chercher la proximité géographique et la baisse du coût de la main-d’œuvre. Aujourd’hui, nous avons une main-d’œuvre hautement qualifiée et qui est très recherchée à l’échelle internationale», a-t-il conclu.

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