Exécutif – Réformes à tour de bras : Pas de répit pour le gouvernement Hachani

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Pour parodier Danton, on dira : «De l’audace, toujours de l’audace, encore de l’audace et la Tunisie sera sauvée !».  Et le gouvernement Hachani, qui s’est trouvé sur le front d’une guerre de libération nationale, s’escrime à faire bouger les lignes malgré un legs lourd dont il n’est pas responsable mais qu’il doit gérer au mieux… et vite.

En effet, la Tunisie est en pleine ébullition. Le pays est engagé dans un projet de transformation et de libération. Transformation d’un modèle basé sur la rente économique qui n’a profité pendant plus de soixante-dix ans qu’à quelques familles notoires, aux lobbies et aux contrebandiers et qui a creusé le lit des disparités sociales. Libération de la mainmise des puissances étrangères et de leurs bras financiers. Comme dans toute guerre, il y a une résistance au changement, il y a confrontation et il y a aussi des dommages collatéraux. Pendant plus de dix ans, le démembrement de l’Etat a conduit à une perte de pouvoir qui a profité non seulement à une montée en puissance des corps de métiers mais a aussi lâché la bride à des revendications à outrance dans tous les secteurs. Or face à un Etat faible et dépossédé de ses pouvoirs, les gouvernements successifs, depuis 2011, ont joué la carte de l’apaisement au nom du consensus. C’est ainsi qu’anges et diables ont barboté dans un bol de miel, laissant sur le bord de la route la classe sociale moyenne, qui était le ciment de la cohésion, péricliter et tomber dans la misère, sans parler de ceux dont la souffrance n’a fait que s’accentuer. Pour renverser la vapeur et remettre à flot un pays aux caisses vides, il fallait imaginer un nouveau système plus juste, plus équitable et plus inclusif. Mais chaque dossier ouvert est un champ de mines : l’assainissement de l’administration, la lutte contre la corruption, la restauration du prestige de l’Etat, le combat contre l’ingérence étrangère, le traitement d’égal à égal, la réconciliation pénale, la révision de l’arsenal juridique pour le moderniser et l’adapter aux spécificités actuelles, l’établissement de la vérité sur les assassinats politiques, l’envoi des jeunes au jihad, la lutte contre les stupéfiants, etc.

N’oublions pas que Kaïs Saïed a été élu par trois millions de Tunisiens pour mettre en œuvre un nouveau projet sociétal pour le pays. C’est un nouveau système en rupture avec les anciennes pratiques et qui vient bouleverser le paysage politique et économique. Il est tout à fait normal que pour protéger leurs intérêts, des forces, jadis disparates, se rejoignent et se serrent les coudes, quitte à défier l’Etat, ses structures. Mais de là à essayer de faire imploser l’Etat de l’intérieur, à miner la société par les drogues, à casser la chaîne de l’approvisionnement en produits alimentaires, en médicaments pour faire monter la grogne auprès des couches sociales vulnérables, cela devient une question de sécurité nationale qui exige une reddition des comptes. S’il y a un délit ou un crime, nul n’est censé être au-dessus de la loi.

Un poste cruel mais…

C’est pourquoi être un Chef du gouvernement ou l’un de ses ministres est parfois cruel tant il impose un rythme soutenu et exige des résultats.  D’ailleurs, jamais le Palais de La Kasbah n’aura connu un rythme de travail aussi imposant. Etant en parfaite harmonie avec la vision du Chef de l’Etat, c’est une vraie locomotive lancée sur les rails et que rien n’arrêtera dans sa stratégie de réformes, de relance économique et de développement.  Mais la tâche absolument immense de ce qui doit être accompli oblige cette équipe à parler moins et à faire plus…sur le terrain.

Cette équipe sait que le Président de la République a choisi le changement et qu’il porte un projet de rupture avec les idées, avec les valeurs, avec les comportements du passé. Mais pour pouvoir avancer, il ne faut rien cacher, dire la vérité mais aussi prendre tous les risques. Car, pour pouvoir avancer, il ne faut pas avoir peur. L’action politique ne supporte pas la frilosité et les attentes des Tunisiens sont fortes et grandes. Ils ne veulent plus de promesses mais de l’action. C’est l’exigence qui réunit cette équipe qui n’a d’autres choix que de réussir car le destin des Tunisiens est entre ses mains.

L’Histoire retiendra surement cette période décisive de la Tunisie où tout se joue, où l’erreur n’est pas permise parce que trop d’occasions ont été perdues. Une période que ce gouvernement doit  réussir. Certes, on demandera à ce gouvernement un effort herculéen tellement les défis sont multiples et urgents.

Mais le monde autour de nous change à une vitesse vertigineuse et ce gouvernement doit enfanter de forces nouvelles et trouver le feu sacré de l’action pour un avenir meilleur qui recèle tant d’opportunités malgré les menaces. Car rien ne serait plus périlleux que de rester immobile et rien ne serait plus terrible que le conservatisme et la frilosité qui mènent au déclin.

On est conscient que l’administration reste un boulet au pied de ce gouvernement et qui essaye de bloquer son action. C’est pourquoi il faut tout remettre à plat. Il faut une révolution des mentalités, des comportements et dans les méthodes.

Mais pour dépasser les pesanteurs et faire sauter tous les verrous, il faut du courage, beaucoup d’imagination et d’énergie. Il ne faut pas hésiter, il ne faut pas reculer. Et c’est maintenant ou jamais. Il faut agir sur tous les leviers à la fois et créer une masse critique de dynamisme, d’énergie, d’innovation et d’optimisme. C’est ce que ce gouvernement est appelé à faire dans les semaines et mois qui viennent sans perdre une minute et sans mesurer ses efforts.

Il faut donner la preuve que l’Etat n’est plus un obstacle à la croissance et au progrès mais un acteur de développement, de protection, d’équité et de justice. Il n’est plus acceptable, par exemple, que c’est dans les régions les plus riches qu’on trouve plus de misère. Il faut renverser la vapeur et trouver un meilleur équilibre régional aussi.

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