Houssine Ben Ali : Le père fondateur de la dynastie husseïnite

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Le règne de la dynastie husseïnite a duré 252 ans. Dix-neuf princes se sont succédé à la tête de la régence de Tunisie —partie intégrante ottomane—et ce, du 15 juillet 1705 au 25 juillet 1957, date de la proclamation de la République.

Au début du XVIIIe siècle, juste après l’effondrement de la dynastie mouradite, Tunis fut prise d’assaut par Ibrahim Cherif, un homme d’origine turque et ancien soldat guerrier, issu de la troupe algérienne.

Le règne d’Ibrahim Cherif n’a duré que trois ans et deux mois (mai 1702- juillet 1705), période connue par une mauvaise situation sécuritaire et économique de la régence, car les soldats algériens avaient occupé le royaume de la Tunisie et toute la région nord-ouest du pays. Ibrahim Cherif venait d’être vaincu. Le pouvoir à Tunis demeurait vacant: les émeutes et la gabegie caractérisaient le pays et ce n’est qu’en juillet 1705 (le 15 juillet) que Houssine Ben Ali Ettorki fonda la dynastie husseïnite en se proclamant premier bey de cette dynastie, après avoir bénéficié du soutien et du consensus des grands notables, ulémas et dignitaires tunisiens qui lui ont proposé la régence afin de rétablir l’ordre et la sécurité sur l’ensemble du territoire, celui-ci venait de subir les affres de la guerre avec les voisins algériens.

Le bey intègre

Houssine Ben Ali était un monarque intègre, juste et honnête. Personne n’est en mesure de contester ou remettre en cause l’aspect «légal» de sa prise du pouvoir. La régence lui a été proposée par une pléiade d’hommes tunisiens, des notables de la ville alors qu’il exerçait sa tâche de commandant d’armée au fort du Kef. Houssine Ben Ali avait réussi à assurer à ses protégés (paroisse), paix, stabilité et plénitude puisqu’en fin de compte, les fauteurs de troubles et guérilleros algériens  furent vaincus et chassés hors du pays.

Cet homme, de l’avis des historiens, était un bon dirigeant et menait convenablement sa barque.

Tentative de renversement

Le bey Houssine a failli être renversé en 1715 par Med Ben Mustapha, connu sous le pseudonyme de Ben Ftima, une forte personnalité et ancien proche d’Ibrahim Cherif. La cour beylicale, composée des grand notables, ulémas et dignitaires de la capitale, a vivement protégé son bey pour mater cette tentative de renversement. La troupe de Ben Ftima fut «reçue» par des canons en signe de protestation car le bey husseïnite bénéficiait de l’amour et de la fidélité de ses protégés…

Ses œuvres

Durant le règne de Houssine Ben Ali, la régence de Tunisie a connu un certain épanouissement tant sur le plan économique que social, plusieurs terres agricoles ont été sauvées et épanouies par la construction de fontaines et de puits pour l’arrosage des plantes, plusieurs écoles et mosquées ont été construites dans les grandes villes, de même que plusieurs ponts ont été dressés tels que le pont Abi Hmida, le pont d’El Fahs, les deux ponts de Radès et le pont de la route de Sousse.

Sur le plan sécuritaire, ce bey a veillé sur l’ordre et la quiétude de ses sujets. Tunis ainsi que les autres villes ont connu une vague de prospérité où paix et joie de vivre faisaient leur charme…

Décret-loi successoral

Quelques années après son intronisation au beylicat, soit en 1710, Houssine Ben Ali annonça un supposé «décret-loi» concernant la succession au trône, celle-ci sera assurée par sa propre descendance (soulala)… fils et petits-fils, en tenant compte du seul critère de la hiérarchie de l’âge, le plus âgé des princes (parmi les frères, fils, et cousins) bénéficiera de la priorité du trône.

L’adoption du neveu Ali

Seulement du début de son règne, le bey Houssine n’avait que des filles. Il avait fait rapprocher au pouvoir son neveu Ali, fils de son frère Mohamed Ettorki.

A ce sujet, l’historien Ahmed Ibn Abi Dhiaf précise dans son œuvre «Athaf Ahl ezzamène» que Houssine Ben Ali a adopté son neveu Ali et l’a considéré comme son propre fils… et ce n’est qu’au bout de quelques années, soit en 1710, que naissait son premier fils Mohamed Errachid et en 1712 son second fils Ali.

Le règne de Houssine Ben Ali s’est étalé sur une trentaine d’années…

Ali Pacha, le magouilleur…

Seulement, le rapprochement du neveu Ali, dès son âge au trône, n’était pas passé inaperçu car ce dernier avait la mauvaise intention de se révolter contre son oncle.

Il n’avait pas du tout apprécié que son oncle Houssine ait désigné son propre fils, Med Errachid, son successeur immédiat au trône selon le décret-loi successoral annoncé auparavant.

Même le titre honorifique de Pacha décrété par son oncle et approuvé par l’Etat ottoman ne l’avait pas dissuadé à aller plus loin pour accomplir sa basse besogne et accaparer le pouvoir.

L’insurrection

En effet, en 1728, le prince Ali Pacha s’était réfugié avec quelques partisans à Djebel Oueslate pour préparer l’insurrection à l’encontre de son oncle (son père adoptif) en formant une troupe de soldats et une poignée d’hommes infidèles, cupides, sans foi ni loi.

Une lutte sans merci éclata entre le bey et l’insurgé : une véritable bataille de clans causant des répercussions fâcheuses sur les habitants des villes et des campagnes qui s’étaient divisées en husseïnites (partisans de Houssine Ben Ali) et pachawistes (partisans de Ali Pacha); cette lutte armée entre ces deux hommes et leurs clans respectifs a duré cinq longues années, se soldant en fin de compte par le triomphe de Ali Pacha qui réussit à accaparer le trône le 7 septembre 1735 et fut proclamé second bey «officiel» de Tunis.

Fin atroce de Houssine Ben Ali

Le sort de Houssine Ben Ali était fatal, puisqu’il s’était réfugié à Kairouan et c’est en mai 1740 qu’il fut tué par Youness, le fils de Ali Pacha, qui s’était chargé de sa poursuite et de son exécution.

Une fin atroce pour ce sultan fondateur et qui, de surcroît, n’était pas tyrannique, de l’avis des historiens.

Source : Athaf Ahl Ezzemène de Ahmed Ibn Abi Dhiaf

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