Les lauréats du Bac séduits par l’étranger : Certains préfèrent partir, d’autres décident de rester

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L’une des principales raisons pour lesquelles les lauréats du bac cherchent à étudier à l’étranger est la quête de meilleurs cursus. De nombreux jeunes brillants estiment que la qualité de la formation dispensée par l’Université tunisienne n’est pas à la hauteur de leurs attentes, ou que de nouvelles disciplines n’existent pas dans notre pays.

Les résultats ont été annoncés dimanche et les lauréats sont désormais connus. Pour cette session principale, les résultats du baccalauréat ont révélé des performances exceptionnelles, avec trois élèves de la filière mathématiques à avoir obtenu la note parfaite de 20/20.

En effet, le rideau est tombé sur la session principale des examens du baccalauréat 2024, marquant une étape cruciale dans la vie de ces jeunes bacheliers. Les résultats ont mis en lumière les lauréats qui se sont distingués par leurs performances exceptionnelles. Ce succès est, certes, le fruit de leur labeur acharné et de leur dévouement. Leurs résultats sont une source de fierté non seulement pour eux-mêmes et leurs familles, mais aussi pour le système éducatif tunisien qui continue de former de jeunes talents capables de briller sur la scène nationale voire internationale, même si des réformes profondes s’imposent.

La quête de meilleures opportunités

Si ces lauréats incarnent l’espoir et le potentiel de la jeunesse tunisienne, leur succès devra motiver les autorités mais aussi toutes les parties concernées pour améliorer la qualité de l’enseignement en Tunisie. Avec les résultats désormais en main, les lauréats se dirigent vers de nouvelles filières académiques. Les institutions universitaires tunisiennes sont prêtes à accueillir ces esprits brillants, leur offrant des opportunités pour développer leurs compétences et poursuivre leurs rêves. Pourtant, ils sont de plus en plus nombreux ceux qui cherchent à quitter le pays pour poursuivre leurs études à l’étranger. Cette tendance croissante, qui ne fait pas exception cette année, soulève des questions importantes sur les motivations profondes de ces jeunes et les défis auxquels la Tunisie est confrontée.

L’une des principales raisons pour lesquelles les lauréats du bac cherchent à étudier à l’étranger est la quête de meilleures opportunités. De nombreux jeunes brillants estiment que la qualité de la formation dispensée par l’Université tunisienne n’est pas à la hauteur de leurs attentes, ou que de nouvelles disciplines n’existent pas dans notre pays. C’est le cas de Nada Msalmani, du lycée Abdelaziz Belkhodja de Kélibia, lauréate nationale de la Section technique, avec une moyenne de 19,11. Pour elle, si le pays offre une bonne formation notamment en matière de spécialités médicales et de santé, en informatique certaines disciplines font défaut. «J’ai choisi de quitter le pays pour poursuivre mes études en génie algorithmique. Ces études n’existent pas encore en Tunisie et je serai ravie si je peux contribuer à introduire cette discipline dans notre pays. Certes les motivations financières et celles liées à la découverte de nouvelles cultures comptent, mais ce qui me motive le plus, c’est de pouvoir étudier le génie algorithmique et l’introduire en Tunisie», nous explique-t-elle.

L’environnement est motivant !

Ramez Massek, lauréat du baccalauréat 2024, s’est distingué par ses excellents résultats dans les différentes matières avec des notes impressionnantes et une moyenne générale de 20,15 au bac, session principale.

A l’instar, pratiquement, de tous les lauréats, Ramez Massek du lycée pilote de Sousse, souhaiterait poursuivre ses études en Allemagne et se spécialiser dans l’ingénierie informatique, en particulier la cybersécurité. Même si cette discipline est enseignée en Tunisie. Pour lui, c’est l’environnement des études qui le séduit. En effet, le jeune prodige nous a confié son souhait de poursuivre ses études en Allemagne pour bénéficier d’un «autre environnement, d’une autre culture et de meilleures conditions pour étudier», que notre pays ne peut pas assurer. «Je voudrais me spécialiser dans l’ingénierie informatique, notamment la cybersécurité et d’allier l’informatique aux maths. C’est un choix difficile de quitter son pays certes, mais de meilleures conditions et un autre environnement d’apprentissage me permettront de m’améliorer davantage. Ce n’est pas seulement une question d’argent, mais je voudrais aussi découvrir une autre culture», a-t-il témoigné à La Presse. Cependant, Ramez Massek promet de revenir à sa Tunisie, «pour la servir après avoir accumulé le maximum de connaissances».

Il est vrai que les programmes d’études spécifiques et les disciplines émergentes sont parfois peu représentés dans les universités tunisiennes. Les domaines tels que la technologie de pointe, les sciences biomédicales, et l’intelligence artificielle nécessitent des infrastructures de pointe et des partenariats internationaux souvent disponibles dans les universités à l’échelle internationale. Par conséquent, les étudiants désireux de se spécialiser dans ces domaines innovants préfèrent s’inscrire dans des établissements réputés à l’étranger.

Des filières d’excellence innovantes

De même, certains établissements manquent de ressources, de financements adéquats et d’infrastructures modernes, ce qui limite considérablement leur attractivité aux yeux de l’élite tunisienne. De plus, les classements mondiaux des universités placent rarement les institutions tunisiennes parmi les meilleures, incitant ainsi les étudiants à chercher des options plus attractives à l’étranger.

Il faut rappeler, cependant, que ce choix de quitter son pays n’est pas évident pour tous ces jeunes brillants. Ferdaous Ayari, lauréate de la Section Sciences expérimentales, qui a obtenu la moyenne de 19.72, au lycée pilote de Nabeul, confirme ce fait. Dans des déclarations médiatiques, elle explique que quitter la Tunisie, malgré certaines conditions difficiles est hors de question. Elle a décidé, donc, de poursuivre des études en médecine dentaire à Monastir, de quoi garder l’espoir de voir une partie de cette nouvelle génération de lauréats rester au pays.

La Tunisie fait face depuis plusieurs années à une fuite massive des cerveaux à l’instar des médecins. La situation économique et sociale joue un rôle crucial dans la décision de l’élite de quitter le pays. Le taux de chômage en particulier parmi les jeunes diplômés, ainsi que l’incertitude économique générale poussent les jeunes talents à chercher des horizons prometteurs et plus stables.

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