Vacances d’été: Et si nos plages étaient accessibles aux personnes handicapées ?

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Si la Tunisie offre une longue liste des plus belles plages, toutes ou presque ne sont pas accessibles aux personnes à mobilité réduite. En France, une association, créée en 1999, avait développé un label éponyme répondant à des critères objectifs d’accessibilité et de sécurité.


La grande campagne de nettoyage et d’aménagement des plages bat son plein, en prélude à la saison de baignade et les flux massifs des vacanciers, ceux qui aiment l’été au soleil brillant de joie, d’amusement et de passions. De quoi se faire plaisir et se réjouir, installé sous un parasol ou allongé dans un lit de sable fin et chaud. Soit une échappée belle sur nos beaux rivages étendus sur un littoral pittoresque de plus de 1300 km.

Un droit qui n’existe pas !

Alors, chacun peut en profiter à sa manière  certes, mais nous n’avons pas tous  l’entière faculté de nous déplacer à notre gré et le choix de prédilection pour aller se baigner. Et là où le bât blesse, c’est que les personnes à mobilité réduite (PMR) n’ont pas, jusqu’ici, l’autonomie d’accès aux espaces publics et encore moins à nos plages. Ces dernières, à quelques exceptions près, ne sont pas aménagées à cet effet. Ce droit n’est pas tellement respecté à tel point qu’il n’existe presque pas, pourtant l’arsenal juridique et législatif tunisien regorge de lois garantissant la protection et la promotion des droits des personnes en situation de handicap. L’accessibilité de l’environnement et la facilitation des déplacements en font, d’ailleurs, partie intégrante.

De même, la Convention relative aux droits des personnes handicapées (Crdph), que notre pays avait ratifiée en 2008, ne manque pas d’instructions et de dispositions en faveur de cette catégorie à besoins spécifiques. Tout pour rendre les transports, les communications et les services accessibles à tous, en consacrant l’obligation d’éliminer les obstacles et d’assurer l’accès au milieu physique, sur quoi  insiste ladite convention. « L’Etat protège les personnes handicapées contre toute discrimination et prend toutes les mesures propres à leur garantir une entière intégration au sein de la société », ainsi stipule l’article 54 de la Constitution du 25 juillet 2022. Or, comment s’y intégrer aussi facilement si rien n’est fait, du moins au niveau de l’accès aux plages.

Une initiative fut lancée, mais !

Nos communes n’y pensent même pas, semble-t-il, d’autant qu’elles n’inscrivent pas la demande d’accès aux plages sur leur agenda estival. Leurs préparatifs engagés pour l’été se limitent, à vrai dire, au même plan d’action rudimentaire, mettant souvent en avant le fameux volet propreté et nettoyage du littoral. L’accès à la mer n’est pas toujours à la portée des handicapés, faute de moyens d’indication et d’orientation physique. Agir de la sorte est de nature à changer la donne et redonner l’espoir à une population comptant plus de 240 mille personnes en situation de handicap.

Et si la Tunisie offre une longue liste des plus belles plages, toutes ou presque ne sont pas, loin s’en faut, accessibles aux personnes à mobilité réduite. En France, une association, créée en 1999, avait développé un label éponyme répondant à des critères objectifs d’accessibilité et de sécurité. Cela requiert une infrastructure de bonne facture et des équipements spécifiques facilitant le passage de ces personnes et leur garantissant une certaine autonomie.Sous nos cieux, cette idée d’accessibilité a commencé à tenir la route et incarner l’œuvre associative. Lancée en 2015, l’association Tunisian Smart Cities s’est fixé l’objectif d’aider les handicapés à avoir droit d’accès à nos plages. Faisant suite à l’appel, Nawfel Guerfeli, acteur indépendant de la société civile, a pris le relais. Son initiative démarra, alors, à Bizerte, puis à Monastir, à Djerba, à Gabès et à La Marsa, dans la perspective  de prendre une dimension nationale et d’être dupliquée dans d’autres villes côtières tunisiennes.

Ce qu’il faut aménager

Par ailleurs, rendre accessible une plage implique, forcément, des actions d’appoint. Soit  l’aménagement du front de mer et l’installation d’équipements adaptés sur la plage et ses alentours : parc de stationnement, roulement aménagé du parking à la baignade, un sanitaire dédié aux PMR, panneaux d’information et de signalisation compréhensibles par tous les usagers, mise à disposition de  fauteuils de plage et fauteuils tout terrain permettant de rouler dans l’eau et sur tous les sols … Le but étant de permettre aux personnes porteuses de handicap de se baigner en toute sécurité.

Toutefois, cette initiative n’a pas fait du chemin. Elle aurait pu, si volonté il y avait, gagner du terrain et servir  de modèle à suivre et  transposable dans l’ensemble de nos plages. Pour donner à cette action une base légale et améliorer la prise en charge des personnes à mobilité réduite, il y a lieu de solliciter les décideurs pour la mise en vigueur des textes de loi sur l’accessibilité des établissements et tous les espaces publics, y compris les plages.

Pour aller plus loin, des voix associatives se sont élevées, proposant une loi liée à l’accessibilité des PMR aux plages.

Du reste, faut-il recourir à des campagnes de plaidoyer pour avoir gain de cause ? Pas plus tard que le mois dernier, le président de l’Association « Ibsar », Mohamed Mansouri, a appelé à la nécessité de mettre en place une stratégie nationale permettant l’accessibilité des plages aux personnes handicapées. Espérons que son appel ne sera pas voué à l’abandon.

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