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L’Observatoire national agricole a donné quelques chiffres à propos desquels il y a lieu de revenir. Fin janvier 2025 aux alentours de 9,121 tonnes d’une valeur de 104,7 millions de dinars de produits agricole biologiques ont été vendus à vingt-et-un pays.
Parmi ces produits, il y avait de l’huile et des dattes biologiques.
L’huile biologique tunisienne, très demandée, a rapporté 265 millions de dinars environ, ce qui représente d’une part 14,27 dinars le kilo et plus de 22 pour cent de la quantité totale de l’huile vendue.
Quant aux dattes biologiques, et pour les quatre premiers mois de la campagne 2024-2025, 2.922 tonnes ont été vendues pour une valeur de 27,9 millions de dinars à raison de 9,55 dinars le kilo.
Soit dit en passant, nous retrouvons ces chiffres sur le marché national pour des variétés, non biologiques, le consommateur tunisien n’est pas encore adepte de ce créneau.
Ces chiffres nous ont interpellés pour deux raisons au moins.
La première, nous avons vendu des produits agricoles mais nous avons aussi vendu de l’eau. Cette eau dont nous suivons l’évolution avec espoir et inquiétude tout au long de ces derniers mois. Certains de ces vingt et un pays ont souffert ou souffrent encore de la sécheresse. Nous mettons à leur disposition des produits de premier choix, biologiques et directement consommables. Personne n’en disconvient, notre pays a besoin de ces devises qui contribuent à assurer et consolider notre décision de compter sur nous-mêmes.
D’ailleurs, au grand dam de ceux qui écumaient les plateaux de télévision et les chaînes de radio, ces «experts», on ne les voit plus. Mais ce qui parait évident et ce qui a fini par convaincre ceux qui attendaient fébrilement notre chute, pour ne pas dire notre faillite, ont fini par reconnaître que nous affichons des résultats qui prouvent que nous sommes sur la bonne voie et que le fait de payer dans les délais nos dettes, est de nature à donner confiance à ceux qui ont accepté de travailler avec nous.
Les investisseurs sont revenus et la création d’emplois n’est plus une simple vue de l’esprit.
Certes, le prix à payer, attendu d’ailleurs, n’est plus un fardeau. Le consommateur tunisien a appris à vivre avec ces ruptures de stock de produits complémentaires. Si pour les uns, riz, café, sucre, thé, etc. sont incontournables en raison des secteurs qui les emploient, pour faire tourner leurs commerces, pour le commun des mortels, il fallait apprendre à vivre avec ces contraintes. Et ils ont réussi.
Notre économie se redresse, s’ouvre de nouveaux horizons, s’est investie dans de nouveaux créneaux qui rapportent gros et contribuent à l’effort engagés pour tenir le coup et s’en sortir.
Quand allons-nous nous en sortir ? C’est la question que l’on se pose. Et la réponse est claire : lorsque nous finirons de payer ces lourdes dettes héritées d’un système qui a plongé le pays dans cette situation qui a failli hypothéquer notre liberté d’action.
Deuxième remarque qui découle de ce qui précède : si le créneau du biologique est aussi intéressant, pourquoi ne pas s’y engager résolument et encourager les jeunes à foncer dans cette direction ?
Si nous prenons en compte qu’il y a quelques mois, on avait décidé que l’on se devait de ne pas utiliser l’eau pour un certain nombre de cultures, personne n’aurait pensé aborder ce sujet. Nous étions dans une situation peu enviable et certainement quelque part, on préparait les communiqués relatifs au rationnement de l’eau.
La manne céleste en a voulu autrement. D’après les experts, nous ne sommes pas totalement sortis de la crise, mais «ça va mieux».
C’est donc l’occasion de revoir notre stratégie et de mettre en place de nouvelles dispositions pour aller au-devant des changements climatiques constatés. En effet, indépendamment du fait que nous avons négligé nos barrages et qu’il fallait les désembourber (encore cette affaire d’entretien dans laquelle les gestionnaires des infrastructures n’ont rien compris), il fallait tenir compte des changements constatés. La pluie ne tombe plus dans les zones habituelles. Cela impose un changement de stratégie et un réaménagement de notre vision des choses. Dans l’attente qu’un certain nombre de barrages prévus entrent en activité très prochainement, il y a lieu de multiplier les barrages collinaires «que nous avons quelque peu oubliés depuis un bon bout de temps», nous a déclaré un ingénieur agronome à la retraite.
«Un certain nombre de terrains agricoles récupérés par l’État dernièrement, se trouvent dans des endroits où on pourrait mettre en place ces barrages collinaires. Les Chinois sont passés maîtres dans cette technique qu’ils maîtrisent très bien. Il ne faut pas avoir de complexe. Leur demander un coup de main, des conseils n’est pas interdit. Nos relations sont très bonnes et il faudrait profiter de leur large expérience en la matière. Nombre d’ingénieurs agronomes au chômage pourraient lancer cette culture de produits biologiques. Nous avons des terres immenses. Nous avons un Sahara où il y a de l’eau. Nos voisins l’ont mis à contribution pour atteindre l’autosuffisance. Nous avons eu la primeur en le mettant en valeur avec ces immenses plantations de palmiers dattiers de Deglet Nour. Il y a d’autres possibilités et créneaux à exploiter. C’est une idée à creuser, mais pas en confiant le dossier à une commission qui la confiera à une sous-commission, etc.»
La vie, dit-on, est un mystère qu’il faut vivre et non un problème à résoudre. Il ne faut pas perdre de temps à trop réfléchir, parce que la vie c’est un combat et dans un combat, il ne faut pas penser où, quand et comment frapper. Il faut frapper au bon moment, quand ça vient, comme ça vient, c’est là que ça fera mal, pour savourer la vie et ne pas se plier devant la fatalité. «La fatalité, c’est l’excuse des âmes sans volonté», disait Romain Rolland.