Sofia Sadok n’est pas une chanteuse parmi d’autres. Elle est l’héritière d’un âge d’or de la chanson tunisienne, une époque où la voix chantait la patrie et la société avec noblesse, avant que le divertissement ne s’impose au détriment du sens.
La Presse — Le 13 août prochain, le théâtre antique de Carthage résonnera d’un timbre que les Tunisiens n’ont jamais oublié. Sofia Sadok, grande voix de la scène musicale nationale, y fera son grand retour, après plus de cinq années d’une absence ressentie, partagée et souvent interrogée.
Cette date n’a rien d’anodin : elle coïncide avec la Fête nationale de la femme tunisienne — un symbole fort pour une artiste qui incarne, depuis ses débuts, la dignité, la droiture et la puissance féminine dans l’art vocal tunisien.
Sofia Sadok n’est pas une chanteuse parmi d’autres. Elle est l’héritière d’un âge d’or de la chanson tunisienne, une époque où la voix chantait la patrie et la société avec noblesse, avant que le divertissement ne s’impose au détriment du sens. Formée dans les clubs culturels, et non dans les émissions télévisées à succès comme «Noujoum El Ghad», Sofia a bâti sa carrière sur la rigueur, la profondeur et un sens aigu de l’engagement artistique.
Ce n’est pas un hasard si, enfant, elle fut primée à trois reprises pour sa psalmodie coranique : la musicalité, chez elle, est une prière, une vocation, un acte de foi.
Ce spectacle de Carthage marquera donc un tournant. La chanteuse, que l’on n’avait plus entendue sur cette scène mythique depuis 2017, revient avec un programme inédit, riche de créations exclusives. Certaines d’entre elles verront le jour pour la toute première fois ce soir-là.
Des collaborations fécondes avec des compositeurs tunisiens tels que Naceur Sammoud et Mohamed Salah Haraketi, mais aussi avec des figures égyptiennes et libanaises de renom comme Abderrahim Charnoubi, Haythem Essayeb, et Abouar, donnent à espérer un spectacle traversé d’influences, entre enracinement national et ouverture arabophone.
L’artiste n’a jamais chanté pour les individus, mais toujours pour l’idée de la patrie, de la dignité, de la mémoire. Son répertoire, gravé dans la conscience populaire, n’a rien perdu de sa force. A ceux qui s’interrogeaient sur son silence prolongé, elle répond par la tendresse maternelle : elle a choisi d’accompagner sa fille dans ses études en France.
Mais cette pause scénique n’a jamais été une pause créative. Sofia Sadok a continué, à chanter, à produire. Elle évoque d’ailleurs trois grandes compositions signées Baligh Hamdi qu’elle enregistrera prochainement. Son engagement pour la Palestine, en refusant l’ouverture du festival de Jarash l’an dernier, ou encore en 2002 lors du massacre de Jénine, rappelle que, chez elle, le chant est un acte politique et moral.
Le public tunisien l’attend. Il la guette. Car un pays n’oublie jamais ses grandes voix. Cette soirée du 13 août ne sera pas un simple concert, mais une communion. Sofia Sadok retrouvera les Tunisiens, cette «vraie famille» comme elle aime à le dire. Et Carthage, cette arène où l’on honore les figures majeures de notre culture vivante, sera le théâtre d’un retour que l’Histoire retiendra.



