Alors que le mois du jeûne n’a même pas encore commencé, voilà qu’on parle déjà de flambée des prix dans certains produits, tandis que le contrôle économique contre la spéculation et la vie chère bat son plein dans les marchés tunisiens ! Des mesures d’anticipation existent pour ne pas tomber dans la frénésie acheteuse qui fait monter en flèche les prix et fragilise le budget familial durant Ramadan.
La Presse — Chaque année, à l’approche du mois de Ramadan, la même inquiétude revient dans de nombreux foyers tunisiens : comment concilier traditions, générosité et équilibre financier, dans un contexte marqué par la hausse continue des prix ?
Pour les familles au pouvoir d’achat moyen, le défi est réel. Pourtant, avec un peu d’organisation et beaucoup de bon sens, il est possible de traverser ce mois sereinement, sans se laisser submerger par les dépenses.
L’appel à la responsabilité et à la raison lors des achats et des provisions alimentaires pour Ramadan de Fathi Ben Khalifa, conseiller économique au sein de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (Utap), n’est pas tombée dans les oreilles d’un sourd.
En effet, il a appelé les consommateurs à modérer leurs achats, en particulier durant la période de Ramadan, pour réduire la pression sur le marché et préserver le pouvoir d’achat du Tunisien et par ricochet ne pas fragiliser le budget familial alimentaire.
Alors il va falloir recourir à des alternatives pour contrecarrer d’une certaine manière la hausse artificielle des prix.
Planifier pour mieux respirer
La clé réside d’abord dans l’anticipation. Préparer un menu hebdomadaire, même simple, permet d’éviter les achats impulsifs dictés par la fatigue ou l’abondance des étals. Dresser une liste avant de sortir faire les courses aide à rester concentré sur l’essentiel. Certaines familles choisissent d’acheter progressivement les produits de base comme la semoule, la farine, le riz et les conserves quelques semaines avant le Ramadan afin d’étaler les dépenses. Comparer les prix entre grandes surfaces, commerces de quartier et marchés hebdomadaires peut également faire la différence sur le budget global.
Consommer autrement, sans se priver
Ramadan ne signifie pas forcément tables débordantes. Revenir à des repas simples et équilibrés permet non seulement de préserver la santé, mais aussi le portefeuille. Les légumineuses, les légumes de saison et les plats traditionnels à base d’ingrédients accessibles peuvent remplacer avantageusement des recettes plus coûteuses.
La préparation maison, qu’il s’agisse du pain, des briks ou des pâtisseries, reste souvent plus économique et crée aussi des moments de partage en famille. Cuisiner ensemble redonne du sens au mois et limite les dépenses superflues.
Un autre point essentiel est la lutte contre le gaspillage alimentaire. Beaucoup de familles reconnaissent préparer plus que nécessaire.
Ajuster les quantités, conserver intelligemment les restes et réutiliser certains plats le lendemain peuvent générer des économies non négligeables sur l’ensemble du mois.
Réduire les charges invisibles
Le Ramadan entraîne souvent une augmentation des factures d’électricité et de gaz, en raison des longues soirées et de la concentration des activités culinaires après le coucher du soleil.
Utiliser les appareils électroménagers de manière rationnelle, regrouper les cuissons et éviter les usages inutiles contribuent à limiter ces dépenses parfois oubliées dans le calcul du budget.
Dans plusieurs quartiers, les achats groupés entre voisins ou membres d’une même famille permettent de bénéficier de prix plus avantageux. Les circuits courts, les ventes directes des agriculteurs ou les marchés municipaux peuvent aussi offrir des alternatives plus abordables.
Ramadan est également un mois de solidarité. Les initiatives locales, les paniers alimentaires et les actions associatives soutiennent les familles les plus vulnérables. Mais au-delà de l’aide matérielle, l’entraide entre proches reste souvent le meilleur filet de sécurité.
Retrouver l’esprit du mois de Ramadan
Face à la cherté de la vie, la tentation de suivre le rythme effréné de la consommation peut peser lourd. Recentrer le Ramadan sur ses valeurs de spiritualité, de partage et de modération permet d’alléger la pression financière autant que morale.
Préserver son budget ne signifie pas renoncer à la convivialité. Au contraire, c’est parfois l’occasion de redécouvrir la simplicité, la créativité et la solidarité qui font la richesse du mois saint.
Avec un peu d’organisation et beaucoup de mesure, les familles tunisiennes peuvent vivre un Ramadan apaisé, fidèle à ses valeurs, sans mettre en péril leur équilibre financier.
En combinant la vigilance des autorités face aux pratiques et manœuvres déloyales des commerçants au bon sens des consommateurs responsables et avertis, il y a de fortes chances que le mois de Ramadan se déroule sous de bons auspices et loin des surenchères quotidiennes.