Kairouan — RAMADAN : Une grande effervescence durant la seconde quinzaine
Kairouan, reconnue pour son patrimoine historique et religieux, vit la seconde quinzaine du mois de Ramadan dans une grande frénésie où on multiplie les prières et les introspections et dont le point culminant coïncidera avec la célébration de la Nuit du Destin, marquée par l’organisation d’une cérémonie solennelle à la grande mosquée Okba, en présence d’un grand nombre de fidèles qui assisteront à une conférence religieuse et à la distribution de prix aux lauréats du concours de récitation et de mémorisation du Coran.
La Presse — Par ailleurs, les longues veillées sont animées dans les souks et dans les salons de thé qui grouillent de monde jusqu’à 2 heures du matin. Partout, dans tous les quartiers et les boulevards illuminés jusqu’à l’aube, on sent l’odeur de l’encens et de l’eau de rose dans l’air.
A côté de cela, les différentes manifestations de la 10e session du Festival de la Médina (du 4 au 16 mars) ont attiré beaucoup de monde, surtout lors des veillées consacrées à l’art soufi avec ses airs mystiques et sensoriels, une occasion de purification spirituelle, de proximité avec Dieu et de méditation.
En somme, des spectacles qui s’accordent à merveille avec la piété kairouanaise.
Autre nouveauté cette année, durant le festival de la Médina, l’organisation de projections nocturnes en plein air, à Bab Jelladine, qui retracent le riche historique de Kairouan, fondée au VIIe siècle: une vraie plongée dans l’histoire d’une ville passerelle entre l’Orient et l’Occident…
Ouverture nocturne des commerces et des boutiques de prêt-à-porter
En outre, tous les commerces et boutiques de prêt-à-porter ont été autorisés à rester ouverts la nuit, jusqu’à l’Aïd, ce qui permet aux citoyens d’acheter des vêtements, des jouets et des chaussures pour leurs enfants.
A part cela, beaucoup de mères de famille ont offert le moussem (parfums, maquillage, bijoux, sous-vêtements, services de table, etc.) aux fiancées de leurs fils…
Durant la dernière semaine du mois sacré, on prépare à domicile les pâtisseries traditionnelles, dont le makroudh, la ghraïba, la samsa, le kaâk ouarka et le bachkoutou.
En fait, chaque famille prépare suivant ses moyens financiers. Et certains jeunes couples préfèrent acheter les gâteaux de l’Aïd dans les différentes pâtisseries modernes, faute de temps, de patience et de savoir-faire.
Par ailleurs, beaucoup de visiteurs d’autres gouvernorats ont pris l’habitude, depuis des décennies, de se rendre à Kairouan pour assister à la célébration de la Nuit du Destin et en profiter pour circoncire leurs enfants portés en triomphe au son de musique traditionnelle et de youyous, et ce, au mausolée du barbier. Par la même occasion, on prépare de grandes quantités de couscous et de tagine pour les invités : un accueil hospitalier pour des visiteurs privilégiés.
Rappelons dans ce contexte que le Président de la République, Kaïs Saïed, a choisi la mosquée Okba pour présenter ses vœux de bonne fête de l’Aïd Esseghir au peuple tunisien, et ce, le soir du 30 mars 2025… Tout un symbole significatif envers Kairouan qui figure depuis 1988 sur la liste du patrimoine mondial établie par l’Unesco.
L’Aïd Esseghir toujours célébré avec éclat…
Il va sans dire que l’Aïd Esseghir est toujours célébré avec éclat, marqué notamment par la visite des parents et des proches, le partage de pâtisseries traditionnelles, l’achat de jouets aux enfants et la visite des cimetières, outre les rencontres entre amis dans les cafés et salons de thé. Et cette frénésie festive ne s’estompe qu’à la tombée du jour, cédant la place à des rues presque vides et à un silence étrange aux antipodes des veillées ramadanesques si animées.
Jamais fête religieuse n’a autant rapproché les Kairouanais, soudé les familles, réconcilié, provoqué des retours d’affection. On s’en étonne, on en parle partout, on est parfois étonné puis ravi de la visite inattendue ou le coup de fil d’un parent ou d’un ami demeuré longtemps sans nouvelles. Et malgré l’évolution des mentalités des générations actuelles, lors des fêtes religieuses notamment, les coutumes restent cependant appréciées à leur juste valeur et solidement ancrées dans les familles kairouanaises traditionnelles.
Bonne fête à tous.