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Djerba-Jemaa Louta: une mosquée enfouie sous le sol, témoin de la mémoire de l’île

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  • 2 avril 16:18
  • 3 min de lecture
Djerba-Jemaa Louta: une mosquée enfouie sous le sol, témoin de la mémoire de l’île

Seules deux coupoles discrètes enduites de chaux qui émergent du sol couleur ocre de l’île de Djerba permettent de repérer la présence de la discrète Jemaa Louta, une mosquée souterraine ibadite, nichée au centre de Mezrane, non loin de la cité berbère de Sedouikech située au sud de l’île.

Construite environ au 12ème siècle dans un style austère et minimaliste, l’aspect spartiate et rudimentaire du monument illustre fidèlement les fondements de la doctrine ibadite qui rejette la grandeur, l’apparat et l’opulence ainsi que toute forme d’ostentation et de signe d’opulence extérieure, préférant plutôt s’inspirer des principes de la discrétion, de la simplicité et de la fonctionnalité pour construire leurs lieux de culte.

Cette architecture dépouillée répond non seulement à des impératifs climatiques — la salle de prière souterraine permet de se protéger d’un climat très chaud, en offrant de la fraîcheur et un abri contre les vents forts et les tempêtes de sable en hiver — mais est inhérente, par ailleurs, à l’histoire défensive et militaire de la péninsule.

En effet, afin de protéger l’île, objet de convoitise d’assaillants de tous bords et d’envahisseurs attirés par le calme et le mystère de Djerba, les ibadites ont l’ingénieuse idée de construire des lieux de culte fonctionnels, discrets où ils peuvent pratiquer leur culte, à l’abri des regards, tout en y trouvant refuge contre des ennemis potentiels. Au centre de jemaa Louta, au milieu d’une cour centrale enduite en chaux, un escalier minaret composé de grosses marches en pierre permet de monter pour procéder à l’appel à la prière tandis que d’autres escaliers similaires conduisent à une salle souterraine obscure et fraîche, dépourvue de fenêtres et qui offre aux fidèles un espace de recueillement intime, protégé du soleil brûlant de Djerba et des vents violents.

L’association de sauvegarde de l’île de Djerba a permis de sauver de l’effacement plusieurs de ces monuments, a relevé Naceur Bouabid l’ancien Président de l’Association pour la Sauvegarde de Djerba (Assidje). “L”Etat tunisien s’est engagé à assurer la préservation et la survie de ce lieu comme témoignage d’un mode d’occupation multiséculaire.

Les monuments de Djerba réputés pour leur style unique, minimaliste et sobre représentent un laboratoire pour les architectes du monde entier”. Bien que 22 lieux de culte soient actuellement classés sur la liste du patrimoine de l’UNESCO, ce legs exceptionnel reste fragile. En effet, outre les problèmes d’urbanisation galopante et de construction anarchique, les mosquées littorales sont exposées aux effets des changements climatiques, ce qui nécessite la mise en place d’un plan de sauvegarde adéquat à mettre en œuvre de manière urgente.

Si des fonds ne sont pas trouvés pour effectuer les travaux d’entretien nécessaires, ces monuments risquent de se dégrader, ce qui risque d’être une perte pour le patrimoine insulaire, alerte Khaoula El Cadi, actuelle Présidente de l’ASSIDJE. La protection de ces monuments revient à sauvegarder l’identité de Djerba, avant que les éléments naturels n’effacent irrémédiablement un grand pan du patrimoine multiséculaire de l’île.

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Auteur

Imen Haouari

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