Une note technique a été élaborée par le  Centre d’études et de recherches économiques et sociales (Ceres) sous le titre «Vers l’adoption d’un modèle de ciblage optimal des pauvres par le programme d’assistance sociale en Tunisie».
Le défi de réduire (voire d’éradiquer) la pauvreté serait simple si la population pauvre était facilement identifiable, selon la note technique du Ceres. La difficulté d’identifier directement les familles incapables de subvenir à leurs besoins essentiels a souvent été à l’origine de la mise en place de programmes sociaux selon des mécanismes de ciblage imparfaits.

En effet, les faiblesses institutionnelles, la mauvaise coordination entre les différents services de l’Etat et le poids du secteur informel, qui pèse lourd dans l’économie nationale, empêchent l’existence d’une administration fiscale capable d’observer le niveau de revenu de toutes les familles.

Le ciblage de la population pauvre ne peut donc qu’être imparfait. L’un des moyens de le faire consiste à utiliser des indicateurs régionaux et sociodémographiques, fortement corrélés avec le niveau de vie des familles. L’identification des indicateurs régionaux et sociodémographiques liés au niveau de vie des familles nécessite l’exploitation des enquêtes sur le niveau de vie des ménages.

Des indicateurs fiables

Ceux-ci incluent des informations sur le niveau de dépenses et de consommation, sur les conditions de vie (type de logement, possession de biens durables…) ainsi que sur les caractéristiques sociodémographiques des familles (âge des différents membres, niveau d’éducation, statut vis-à-vis du marché du travail, catégorie socioprofessionnelle, etc.). A l’aide de ces informations, il est possible d’établir le degré d’association entre le niveau de vie (souvent mesuré par le niveau de consommation par tête du ménage), d’une part, et les indicateurs régionaux et sociodémographiques facilement observables, d’autre part.

L’utilisation des enquêtes de niveau de vie permet, ensuite, d’assigner à chaque caractéristique du ménage un poids qui permet de calculer un score qui mesure son niveau de vie. Un seuil qui délimite le score des éligibles du score des inéligibles est enfin fixé. Ce seuil dépend des ressources déployées pour le programme en question. Plus le volume de ces ressources est important, plus ce seuil est élevé.

La sélection selon un système de scores estimant le niveau de vie, connu sous la terminologie anglaise «proxy-means test», constitue la démarche proposée pour compléter le système de ciblage utilisé par le ministère des Affaires sociales afin d’identifier les bénéficiaires du Programme national d’aide aux familles nécessiteuses (Pnafn) le programme d’accès aux soins à tarifs réduits (Amgii). Cette méthode consiste à construire un score de niveau de vie (ou indice de richesse) sur la base d’un ensemble de caractéristiques des ménages. Idéalement, ces caractéristiques doivent respecter les trois critères suivants: elles doivent être facilement observables, difficilement manipulables et fortement corrélées avec le niveau de vie des ménages.

A titre d’exemple, le lieu de résidence et le type de logement sont parmi les caractéristiques les plus utilisées dans la construction d’un indicateur de niveau de vie à des fins de ciblage. Ces deux caractéristiques respectent bien les deux premiers critères. Quant au troisième critère, même s’il existe souvent une certaine association entre ces deux caractéristiques et le niveau de vie, celle-ci n’est pas suffisamment forte pour réduire les erreurs de ciblage.

Possession de biens durables

Par contre, il n’est pas très recommandé d’utiliser des variables relatives à la possession de biens durables facilement dissimulables (bijoux, œuvres d’art, etc.) à des fins de ciblage. Même si de telles variables sont souvent fortement corrélées avec le niveau de vie des ménages, elles sont faciles à dissimuler, ce qui rend leur observation aussi problématique que l’observation du revenu ou de la consommation.

Par ailleurs, le nombre de variables à utiliser ne doit pas être très élevé afin de garantir, d’une part, un minimum de transparence du processus de sélection des éligibles au programme et de réduire, d’autre part, le coût de la vérification de ces informations pour les ménages qui sollicitent l’aide du Pnafn ou de l’Amgii.

Les variables composant le score sont généralement choisies à partir d’une enquête auprès des ménages incluant des variables qui mesurent leur niveau de vie (soit leur consommation par tête dans notre cas). Cette enquête est alors utilisée pour estimer une relation qui lie, d’un côté, la consommation par tête du ménage et, de l’autre côté, l’ensemble de leurs caractéristiques retenues pour les fins de ciblage.

Les caractéristiques les plus couramment utilisées portent généralement sur la structure démographique du ménage (âge, taille, nombre d’enfants), le lieu de résidence, les caractéristiques du logement (type des murs, du toit, nombre de pièces, etc.), la connexion du logement aux services publics (eau, électricité, etc.), le mode d’occupation (propriétaire avec ou sans hypothèque, locataire, logement de fonction…). D’autres variables relatives au statut d’emploi du chef du ménage et de ses membres sont aussi souvent utilisées. Toutefois, les ménages dont les membres actifs exercent des activités informelles peuvent prétendre qu’ils sont au chômage pour maximiser leurs chances d’éligibilité au programme.  Le niveau d’éducation et la possession de certains biens durables peuvent aussi être utilisés. Néanmoins, ces dernières caractéristiques, surtout la possession des biens durables, sont les plus faciles à dissimuler.

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