Des femmes parcourent des kilomètres à pied pour vendre les faibles quantités de lait qu’elles ont collectées — et qui  ne dépassent pas le litre — au centre de collecte le plus proche
C’est dans le cadre de son projet visant à réduire les pertes et les gaspillages alimentaires en Tunisie que l’Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) a organisé des ateliers de formation destinées aux ingénieurs et aux techniciens de métier.

Deux ateliers se sont déroulés respectivement en Egypte et en Tunisie durant le mois de mars dernier autour de «la mise en place des systèmes alimentaires durables et des chaînes de valeur au Proche-Orient et en Afrique du Nord».

En ce qui concerne l’atelier de Tunis qui s’est déroulé du 25 au 29 mars dernier,  il a permis de réunir une cinquantaine de participants de la FAO ainsi que des représentants d’ organismes gouvernementaux, des centres de recherche et d’autres parties prenantes de Tunisie, et des pays du grand Maghreb à  savoir  l’Algérie, le Maroc et la Mauritanie.

A l’issue des travaux de l’atelier de Tunis, une visite de terrain a été effectuée au groupe « El Badr » à Utique et au centre de collecte et fromagerie « El Baraka » à Bazina-Mateur.

La visite a permis aux uns et aux autres de découvrir et voir de près toute la chaîne de transformation laitière, partant de la fabrication de l’aliment composé en passant par la collecte du lait jusqu’à sa transformation en produit final.

Les préjugés ont la peau dure

La tournée a débuté par la visite de l’usine de fabrication de l’aliment composé qui a permis de s’informer sur toutes les étapes de la réception et le  stockage de la matière première dans les silos et les hangars jusqu’à la formulation finale informatisée.
En fait, l’alimentation de l’animal doit assurer un équilibre entre les apports et les besoins qui dépendent de plusieurs paramètres dont le stade de développement, la race, l’âge et le niveau de production qui est le facteur sur lequel joue l’éleveur.
Toutefois, pour couvrir les besoins de l’animal et surtout améliorer sa production, sa ration doit être équilibrée en lui fournissant l’énergie, les matières azotées, les minéraux et les vitamines.
Ces éléments de base étaient présents dans l’aliment préparé qui se compose essentiellement de maïs et de soja,  riches respectivement en énergie et en protéine, ainsi que du son de blé et de l’orge riche en fer et en fibre avec le CMV (composé minéral vitaminé) pour garantir l’apport vitaminique.

En échangeant avec les responsables de production à l’usine, nous avons découvert beaucoup de détails qui semblent être banals mais qui peuvent constituer un vrai obstacle quant à la commercialisation de l’aliment comme les préjugés que peuvent avoir certains éleveurs par rapport à la couleur de l’aliment ; « …Parfois nous ne pouvons pas ajouter un composant qui peut améliorer la valeur nutritionnelle de l’aliment rien que pour ne pas changer la couleur du produit final; en fait l’éleveur préfère avoir un aliment de couleur claire et refuse qu’il soit sombre ! … Ces préjugés semblent être banals mais représentent une barrière pour nous quant à l’amélioration de nos produits », explique un des responsables. Le périple continue avec la visite d’une usine de production laitière. Débutant la vente en novembre 2015, cette usine est arrivée aujourd’hui à s’imposer sur le marché tunisien avec la diversification de ses produits arrivant au nombre de cinquante.  Comme l’explique le fondateur de ce projet, la spécificité de ses produits c’est qu’ils sont sans conservateur et surtout avec des colorants à cent pour cent naturel comme le ß-carotène,  évitant ainsi l’utilisation de tout produit cancérigène.

Quant à la concurrence, le PDG du groupe a mentionné qu’il travaille continuellement sur deux points importants qui sont la qualité des produits et le réseau de distribution.

Des femmes combattantes

La visite s’est poursuivie  à Bazina dans la région de Mateur, un village privé  de toute commodité où nous avons découvert le quotidien de plusieurs femmes rurales qui essayent de gagner leur vie en vendant de faibles quantités de lait atteignant seulement un litre ; « Un jour, j’ai reçu une femme qui a fait des dizaines de kilomètre pour me vendre un litre de lait… C’était très émouvant de vivre ça… », a observé Zammali, le propriétaire d’un centre de collecte.

La visite de ce centre a permis de se rapprocher un peu de la vie quotidienne des femmes rurales dans cette région démunie et de comprendre les conditions de vie éprouvantes dans certains villages.  Toutefois, l’implantation des projets agricoles comme ce centre de collecte permet de répondre au besoin de ces habitants et concilier le côté économique avec le côté social.

Cette visite sur terrain de la FAO a été aussi enrichissante que l’atelier théorique permettant non seulement de comprendre toute la chaîne de ce secteur qui commence à battre de l’aile avec l’augmentation du coût de production mais aussi pour mettre en valeur le petit éleveur et agriculteur et surtout ces femmes qui luttent pour subvenir à leurs besoins.

Il faut noter que les programmes de la FAO ne vont pas s’arrêter là mais prévoient de lancer un programme de formation au profit de ces femmes rurales… A suivre…

Sarah Ben Omrane

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