L’Association des droits de l’enfant vient de lancer un appel aux médias pour attirer leur attention que la question des droits de l’enfant ne figure pas dans les projets et les préoccupations des candidats aux élections présidentielle et municipales, ce qui constitue un net recul du niveau de la démocratie participative. Nous avons eu cet entretien avec son président.

Votre association vient de hausser le ton concernant les droits de l’enfant juste avant les échéances présidentielles et législatives. Pourquoi ?
Ce sont des échéances électorales importantes au cour les Tunisiens vont faire des choix et nous on veut attirer l’attention de tous les intervenants, que ce soit les candidats aux élections ou les médias qui vont couvrir ces évènements, sur l’importance des droits de l’enfant. Nous avons créé l’association tunisienne de défense des droits de l’enfant justement après les premières élections de la Constituante parce que tous les partis qui se sont présentés à cette constituante n’avaient aucune vision sur l’enfance tunisienne dans leur projets. Depuis la révolution et jusqu’à nos jours à chaque fois qu’on essaie de mettre en avant les préoccupations des enfants et le respect de leurs droits, la réponse est devenue stéréotypée. La question n’est pas une priorité ni pour les institutions, ni pour les politiques, ni dans la mise en œuvre des grands projets de l’Etat. Cette époque transitionnelle très fortement politisée a abouti à un comportement politicien sans véritable engagement et sans aucune vision pour ce que doit être la Tunisie dans 30 ou 50 ans et encore moins pour l’enfance tunisienne. Aujourd’hui les enfants qui sont nés après la révolution ont huit ans et se voient offrir des prestations nettement en deçà de ce qui leur a été offert pendant la dictature. A cela s’ajoute le recul inhérent aux conceptions des droits des enfants en Tunisie.

Vous parlez également d’ambiguïté dans les lois…
Ce que nous a apporté la constitution c’est l’ouverture vers une démocratie participative avec une délégation des pouvoirs aux autorités régionales. La loi pour les municipalités était très attendue et très importante. Mais cette loi a exclu les enfants alors qu’on sait qu’avant la révolution il y avait des conseils municipaux pour les enfants ce qui rentre directement dans le respect de la convention internationale des droits de l’enfant. C’était une initiation à la citoyenneté pour les enfants. Cette initiation a été exclue par la nouvelle loi qui organise les municipalités en Tunisie, chose qui nous oblige maintenant à essayer d’intégrer les conseils municipaux des enfants dans le règlement interne des municipalités. Autre stigmate : la loi de lutte intégrale contre la violence faite aux femmes. Cette loi prévoit une punition allant d’une simple amende à trois mois de prison en cas d’exploitation financière et économique des enfants. C’est le cas par exemple de l’emploi des jeunes filles dans les travaux domestiques alors que la loi de lutte contre la traite des êtres humains considère que la domesticité des enfants est passible d’une peine allant jusqu’à 15 ans de prison. Cette ambiguïté dans les textes de loi fait que jusqu’au jour d’aujourd’hui aucun procès en matière d’exploitation de petites filles dans la domesticité n’a pu aboutir. Parce que le juge a le choix entre opter vers la loi de lutte contre la traite ou vers la loi intégrale de la lutte contre la violence ou bien la loi qui réglemente le travail en Tunsie et, à ce moment-là, c’est une simple amende. Il n’y a pas d’harmonisation entre les lois qui ont été pourtant promulguées après la révolution. On se rend bien compte qu’il n’y a aucune vision pour les droits de l’enfant de la part des différents partis politiques et même au sein de la société civile qui défend les droits humains.

Que disent les statitiques aujourd’hui ?
Toutes les statistiques qui ont été faites ces derniers mois montrent une aggravation et un recul des mécanismes de protection de l’enfance. On le constate que ce soit au niveau de l’abandon scolaire et la dimunition de la qualité de l’enseignement dans les écoles, l’exploitation des enfants dans le travail avec l’enquête nationale qui a montré que près de 8% des enfants sont exploités dans le travail. Les statistiques de l’instance de lutte contre la traite a montré la première année que près de 70% des dossiers de traite étaient relatifs à des enfants (soit dans la mendicité soit dans la domesticité) et la deuxième année montre une augmentation de 400% de l’exploitation financière des enfants. On constate aussi que la pauvreté devient l’apanage des enfants : un enfant sur quatre est pauvre et dans les zones rurales ou éloignées c’est un enfant sur deux qui vit en dessous du seuil de pauvreté.
Dans tout cela il n’y a aucune vision qui se dégage de la part des partis ou des institutions. Il y a une lamentation des familles qui ne trouvent pas de conditions adéquates par rapport aux besoins de leurs enfants. Nous voulons attirer l’attention des médias et des candidats qui se présentent aux présidentielle et législatives pour dire qu’aujourd’hui nous avons besoin que les gens révèlent quelle est leur véritable vision pour les enfants en Tunisie. Je souhaite également attirer l’attention des médias pour interpeller les différents candidats lors de ces échéances électorales. Les enfants représentent plus du tiers de la population en Tunisie et derrière les enfants il y a plus d’un million et demi de familles qui sont concernées. Si la question de l’enfant continue a être traitée par le silence cela laisse la porte ouverte à tous ceux qui viendront demain assumer des responsabilités d’aller dans toutes les dérives puisqu’il ne se sont pas engagés pour l’enfance dans leur programmes électoraux. La crainte que nous avons c’est que la détérioration de la condition de l’enfant continue du fait même de cette absence de maturité chez les électeurs et l’absence de vision chez les futurs élus sur la question de l’enfance.

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