Dans le cadre de la conférence organisée mardi 3 septembre au centre de Tunis, La Presse a posé en aparté trois questions au candidat à la présidentielle.

Les Tunisiens vous ont découvert  lorsque vous avez été choisi  à l’issue du dialogue national pour être chef de Gouvernement. Vous êtes l’homme du Consensus. Aujourd’hui le discours que vous avez présenté est plutôt clivant. Tentez-vous  de vous débarrasser de cette image lisse de l’homme consensuel qui vous colle à la peau ?

Il y a l’image et il y a la réalité. Effectivement, je suis consensuel dans la démarche, mais sur certaines questions, j’ai des orientations qui sont précises. Et lorsqu’on est à la tête de n’importe quelle organisation, surtout l’Etat, on se doit de prendre des décisions. Et quand on prend des décisions, on n’est pas forcément consensuel. Mais à l’époque, je voulais être à égale distance de toutes les parties, jouer l’apaisement, essayer de mener le pays vers des élections. Mais je pense aujourd’hui que la situation est différente. Il faut faire valoir ses convictions. Donc, du coup, on ne peut pas plaire à tout le monde. C’est la raison pour laquelle je parais sur certaines questions clivant. Sur la question de l’égalité, celle de la peine de mort, sur les choix économiques, mes positions sont claires. Comme je tiens à  éviter de prendre des engagements non réalistes. Or, aujourd’hui, on le constate, les gens lancent des promesses en l’air. Je suis réellement surpris de voir que ces mêmes personnes qui ont promis et qui ont failli à leurs promesses, qui ont échoué, reviennent à la charge et se lancent dans de nouvelles élections, en portant le même discours. On sait très bien ce qui adviendra. Je ne suis pas sûr que les Tunisiens les élisent, parce qu’ils ont beaucoup de bons sens. Mais le pays est exposé à de véritables risques.    

Partons du fait que vous êtes élu à Carthage, quelles sont les erreurs que vous avez commises et que vous demanderiez à votre éventuel chef de Gouvernement d’éviter ? 

Je n’ai pas eu le temps nécessaire de faire des erreurs, peut-être que si j’avais passé plus de temps, cinq ans, j’aurais eu plus d’opportunités d’en faire. Je n’ai pas eu cette chance. Si j’ai fait une erreur, c’est de croire que tout le monde a la culture de l’Etat. Les derniers mois de mon gouvernement, j’ai travaillé énormément pour offrir les meilleures conditions aux Tunisiens, pour mettre en œuvre une vision et des programmes viables et pour lancer de grandes réformes. J’ai fait le tour du monde pour trouver les financements nécessaires. Or, au même moment, ici à l’intérieur du champ politique, on se limitait au jeu politico-politicien.

A l’étranger le bruit court que les Tunisiens sont de faibles négociateurs. Avez-vous une équipe autour de vous pour mener à bien des négociations et défendre les intérêts de la Tunisie sur la scène internationale, si vous êtes élu ?

Je n’ai pas besoin de l’avis des étrangers pour émettre des jugements. Moi je constate qu’un grand nombre de responsables sont faibles en négociation aujourd’hui. Personnellement, j’ai négocié à l’international, avec les Anglais, avec les Français, les Allemands, les Américains et j’ai surtout négocié avec les Chinois. Ce qui n’est pas une mince affaire. C’est ce qui a rendu ma tâche possible dans les négociations avec les partenaires sociaux tunisiens. Un chef s’il n’a pas le leadership, s’il n’a pas de vision, s’il n’a pas des capacités de communication, de dialogue, il ne suffit pas qu’il maîtrise les langues. On peut maîtriser parfaitement les langues étrangères et être de mauvais négociateurs. Si on ne connaît pas les codes des gens avec lesquels on négocie,  ça ne passe pas, des barrières s’érigent. Je conseille à tous ceux qui se présentent de rester chez eux pour éviter le pire au pays. Les élections, ce n’est pas un combat de coqs sur les plateaux mais il s’agit de l’intérêt suprême de la Tunisie.

Propos recueillis par H.L.

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