Politologue, professeur à l’Institut de presse et des sciences de l’information (IPSI), Larbi Chouikha est aussi l’auteur de l’ouvrage « La difficile transformation des médias » (Tunis, 2016). Il exprime ici son opinion sur les trois débats avec les candidats à l’élection présidentielle, produits et diffusés par la télé nationale les 7, 8 et 9 septembre.

En quoi les « Munatharat » ou les débats avec les prétendants à la présidentielle présentés sous le titre de l’émission « La route vers Carthage. La Tunisie fait son choix » peuvent-ils aider le public à choisir parmi les candidats en lice ?

Tout d’abord, je suis contre la cabale qui cible ces débats. Il s’agit d’un premier exercice qui recueille les avantages et les faiblesses d’une expérience inédite en Tunisie. Ce que je retiens de ces trois soirées successives, c’est qu’elles m’ont permis de découvrir des candidats que je connaissais seulement de nom. Ils se révèlent à travers leur personne, leur posture, leur manière de répondre aux questions. Dans cet exercice, périlleux pour certains, on découvre ainsi des limites et des aptitudes, une aisance comme une timidité, un sens du pragmatisme ou une tendance à la logomachie et à la langue de bois, une clairvoyance ou un dogmatisme, une bonne maîtrise du sujet comme des confusions et une désinvolture. Bref, un exercice révélateur de cette élite qui aspire à prendre les rênes de commande du pays. Je constate également que les plus pragmatiques sont ceux qui sont passés par l’expérience du pouvoir. Autre mérite des débats : ils m’ont permis de distinguer entre ceux qui disposent d’une certaine sérénité ne s’emportant pas suivant le contexte émotionnel et ceux qui, malheureusement, perdent facilement leur self control.

Comment avez-vous trouvé la prestation des journalistes et leurs questions ?

Ils n’ont pas joué leur rôle de journalistes, se transformant plutôt en transmetteurs de questions. Pour moi, le journaliste interagit, porte la contradiction et rappelle des faits antérieurs. Voilà pourquoi je considère que le format était peu attrayant car laissant très peu de place aux journalistes. D’autre part, je suis dérangé par les questions qui ont été posées aux candidats. Je m’interroge : ont-elles été négociées au préalable par les équipes de campagne ? C’est quand même un sacré hasard que deux questions sur la Syrie aient été posées à Safi Saïd, ce dossier étant son sujet de prédilection. Alors que le plus pertinent dans ce genre de rendez-vous consiste dans le côté improvisé et spontané de ces émissions en direct.

Comment, à votre avis, améliorer cette première expérience des « Munatharat » télévisés ?

Il faudrait que cette émission devienne un sujet de débat et de réflexion entre les journalistes, mais aussi à l’Institut de presse afin de faire évoluer son format. J’imagine aussi un atelier entre journalistes et hommes politiques pour discuter de cette thématique dans un cadre associatif. Toute la gageure consiste à passer d’un format pauvre à un autre plus riche où le rôle du journaliste deviendrait déterminant.

*Politologue, professeur à l’Institut de presse et des sciences de l’information (IPSI)

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