Une expérience rare, mais porteuse, dans la manière de vivre et de penser l’art, chez deux artistes des deux rives de la Méditerranée que rien, apparemment, ne destinait à exposer ensemble, sinon qu’ils sont des traqueurs du jamais vu.

– Frédéric Laban, de Marseille, est un photographe urbain pour qui la lumière et la couleur sont de véritables compagnons d’un long parcours commencé à la Cité radieuse de Le Corbusier où il habite depuis une cinquantaine d’années. C’est son «regard décalé» sur l’architecture qui nous interpelle.

– Mourad Harbaoui, peintre tunisien navigant entre l’art formel et informel, mais surtout jusque-là  une peinture aux nombreux effets abstraits auxquels (comme chez le photographe) l’appui presque exclusif sur la couleur n’empêche jamais sa vision de rester celle d’un figuratif sous-jacent. Comme on peut le voir à travers ses nouveaux travaux, les «Serial colors», promènent notre regard (une trentaine de toiles carrées grands formats) entre des  abstractions exubérantes de couleurs et de poésie et une série dans les nuances de gris (petits formats) où des corps à corps surgissent à peine pour indiquer le retour pernicieux de l’«Interdit figuratif» qui pèse à nouveau sur la Tunisie post-révolutionnaire.

Fredéric Laban, quant à lui, nous présente une série de toiles (de format rectangulaire), des abstractions qui sont comme des chromatismes de couleurs et non plus des vibrations colorées et qui formaient le thème de l’exposition de l’année 2018 à Firminy, à travers le regard décalé de l’artiste photographe sur l’architecture de Le Corbusier. Mais comme chez ce grand bâtisseur de l’imaginaire, il s’agit aussi, chez Frédéric Laban, de couleurs primaires, d’ombres, de rythmes et de perspectives.

«Ces images, je tiens à leur fidélité (réalisées sur Leica M.Objectif 24 mm) en favorisant le flou à la prise de vue pour traduire le mouvement des images telles que je les ai prises sur le moment». Et l’artiste d’ajouter : «Mes photos ne sont donc pratiquement pas  ‘‘retouchées’’ en laboratoire».

Chez ces deux artistes —le vieux baroudeur et le jeune éclectique en plein essor—, les regards ne sont pas pour autant décalés malgré les rives qui les séparent et leur géo-culture.

Ils vivent les mêmes problèmes de l’art en Méditerranée. Et c’est l’art qui les réunit aujourd’hui. L’art comme un combat contre l’Ordre, alors que leurs œuvres sont expressément ouvertes à l’Aventure. C’est-à-dire à leur façon de vivre et de penser comme nous le disions au début de cet Editorial qui leur est consacré. Une façon de vivre et de penser qui se rejoignent quelque part. Frédéric Laban ayant pour prédilection les lieux de re-création où il habite et qui l’habitent. Un «noctambule» averti, capteur de lumière, de rythme et de poésie.  Et Mourad Harbaoui plutôt dans ses «îles intérieures», l’aventurier et le noctambule aussi…

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