A notre grand étonnement, c’est l’état-major qui s’est déplacé pour affronter les médias. Dilou mais encore Mourou et enfin Ghannouchi, la boucle est bouclée. L’idée était sans doute de faire bonne figure

Hier une conférence de presse s’est tenue dans le quartier général de campagne de Abdelfateh Mourou, situé à El Manar. Arrivé troisième, avec un score de 13,1% à l’élection présidentielle, pour lui la course à Carthage s’arrête net. Le tenant de la deuxième place, passé au deuxième, Nabil Karoui, en l’occurrence, a remporté, lui, un 15%. 2 points ont fait voler en éclats le rêve du parti Ennahdha et de son candidat d’atteindre pour une fois le palais de Carthage.

La conférence de presse a été plusieurs fois décalée pour des raisons objectives. Elle était tributaire des résultats que devaient annoncer officiellement l’ISIE, au palais des Congrès. Or, quelques fuites faisaient état d’un risque d’élimination du  2ème candidat, pour dépassement du plafond des dépenses de  campagne. Si c’était le cas, tout aurait changé pour Mourou, il aurait passé d’office au second tour. Mais ce n’était qu’une rumeur sans fondement. La conférence de l’Isie est venue confirmer ce qui avait déjà été annoncé. Au passage, Nabil Bafoun, directeur de l’Instance, n’a fait que rectifier quelques chiffres, à mesure que les résultats  des derniers centres de tri tombaient. Les statistiques manquant, est-il besoin de le dire, n’ont aucune incidence sur les résultats annoncés.

La lutte continue

On s’attendait à ce que Samir Dilou, directeur de campagne, fasse une intervention comme il sait les faire, pour annoncer la position de son parti, reconnaître les résultats avec fair-play, enjolivant le tout par quelques phrases de convenance. Or, à notre étonnement, c’est l’état major en grande pompe qui s’était déplacé pour affronter les médias. Dilou mais encore Mourou et enfin Ghannouchi. L’idée est sans doute de faire bonne figure pour  annoncer la poursuite de la lutte, malgré cet échec qui semblait bouleverser Ghannouchi davantage que le directement concerné, le candidat malheureux, Abdelfateh Mourou.

Mourou qui a retrouvé sa jebba, si joliment portée, est resté souriant, remerciant les équipes de campagne, les militants du parti, le peuple tunisien, et l’occasion qui lui a été offerte pour se présenter en tant que candidat à la présidentielle et pour exercer son droit de vote. Il n’a pas manqué de glisser au détour d’une phrase, qu’il continue de jouer son rôle sur la scène politique. Pour le moment, donc, il reprend son siège dans le perchoir en tant que président intérimaire de l’Assemblée, suppose-t-on.

Un autre rendez vous s’annonce en perspective. Les Législatives, là où Ennadha joue sur son terrain. D’ailleurs à ce titre Rached Ghannouchi n’a pas manqué d’appeler ses partisans à se mobiliser pour mettre leur confiance dans le parti, en vue de «constituer un socle solide au parlement, centre du pouvoir», a-t-il martelé.

Ghannouchi : « Je ne me présente que comme député».

Il n’a pas manqué d’ajouter que les informations qui lui parviennent ne sont pas rassurantes et augurent d’une balkanisation de l’Assemblée, avec les conséquences d’instabilité que l’on connaît. Dans son discours, il a fait  référence « à la révolution qui se poursuit et à la démocratisation du pays qui ne doit pas s’arrêter à mi-chemin». Une révolution visiblement revenue au goût du jour après 8 ans.

A la question de La Presse de savoir si après avoir perdu Carthage, Ennahdha brigue-t-il maintenant la présidence du Bardo. Rached El Ghannouchi s’est lui -même avancé pour répondre qu’il ne se présente que comme député. Samir Dilou, de son côté, a tenu à préciser qu’il ne s’agit pas d’un rêve brisé mais que c’est une élection à laquelle ils ont participé comme tout le monde.

Tout semble dire que Ennahdha ne s’attendait pas, tout comme une bonne partie des Tunisiens, à l’issue de ce scrutin qui consacre des candidats différents, c’est un euphémisme. De ce fait, on suppose que dans les nouvelles stratégies à établir, le parti de Montplaisir recherchera à se faire une nouvelle virginité révolutionnaire en désavouant un système auquel pourtant il a participé grandement à mettre en place. Un système qui vient de montrer ses limites et sa portée et lever le voile sur le peuple des mécontents.

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